Créée en 1967, la société Les Tissages de Charlieu (LTC) est spécialisée dans le tissage sur métiers jacquard et ratière (tissus unis). «On conçoit des collections exclusives pour nos clients converteurs qui travaillent dans l'habillement, l'ameublement et le tissu technique. LTC ne développe pas ses propres collections», explique Éric Boël, qui a repris l'entreprise en 1997. Impliquée depuis plusieurs années dans une démarche de développement durable, LTC a mis au point en 2007 un tissu pour les sièges d'avion, l'Alpha 3X, réalisé à partir de fibres composites. Ce tissu présente l'avantage d'être 20% plus léger, lavable à l'eau sans boulochage et émifugé dans la masse.
Constituer une filière textile durable
Pour aller plus loin dans cette démarche de développement durable, LTC a décidé de lancer, il y a quelques mois, le projet Altertex. «Aujourd'hui, le textile durable représente moins de 1% du marché dans l'habillement et l'ameublement. L'objectif du projet Altertex est d'arriver à 20, 30, 40% le plus rapidement possible», explique Éric Boël. Pour se faire, LTC a décidé de s'attaquer à deux freins majeurs: le manque de créativité et de diversité des articles mis sur le marché et le prix trop élevé pour le consommateur final. «Aujourd'hui, les produits sont soit bio, soit équitables, soit recyclés. Les contraintes liées à cette approche en silo engendrent une offre pauvre. Et puis, le bio est aujourd'hui 20 à 30% plus cher que le textile normal. Notre projet consiste à concevoir une offre diversifiée et multisectorielle adaptée à la demande du marché en mélangeant les sources durables. L'idée ce n'est pas de faire du tout bio, du tout équitable ou du tout recyclé, mais de mélanger les fibres pour se garder une marge de créativité», explique Éric Boël. Quant au prix, «l'idée est que le surcoût durable soit indiqué en pied de facture et ne supporte pas les marges de chacun. Le surcoût sera dans ce cas négligeable, puisqu'il ne sera constitué que de la différence de prix entre le fil durable et le fil normal», développe le P-dg de LTC. Porté par la PME ligérienne, ce projet labellisé par le pôle Techtera et soutenu financièrement par Oseo Innovation, dépasse le cadre d'une seule entreprise. «L'objectif est de fédérer une filière française autour du textile durable et à terme une filière européenne», commente Éric Boël.
Une charte et à terme un label
Pour y parvenir, LTC a mis au point la charte Altertex, qui compte aujourd'hui une vingtaine de signataires: filateurs, producteurs de coton, tisseurs, converteurs, ennoblisseurs, confectionneurs et distributeurs. «En signant cette charte, les entreprises se sont engagées sur 5 points. Le premier concerne les tissus et mailles, qui doivent comporter au moins 80% de fils durables (biologiques, équitables, ou recyclés). Le second concerne l'offre produits de l'entreprise. Sous cinq ans, l'entreprise s'engage à ce que 20% de son offre respecte le point1. Le troisième consiste à lever le frein du prix en s'engageant à ne pas appliquer de marge sur le surcoût durable. Enfin, sur les deux derniers points, l'entreprise s'engage à respecter l'éthique sociale et sociétale et à garantir la traçabilité de ses produits», explique Éric Boël. Au sein de LTC, la barre a été placée encore plus haut. «On s'est donné deux ans pour arriver à ce que 20% de nos produits répondent au point1. Nous fabriquons en moyenne 400 nouveaux tissus par mois. Cela veut dire que d'ici 2 ans, nous fabriqueront 80 tissus par mois qui respecteront la charte Altertex», développe le dirigeant, qui a prévu d'investir 1,4M€ sur trois ans dans cet ambitieux projet. «L'objectif est de provoquer une émulation au sein de la filière textile et de faire d'Altertex un véritable label français et européen, un palier de différenciation par rapport aux pays low cost», conclut Éric Boël.
Soucieuse des problématiques d'environnement, la société Les Tissages de Charlieu a décidé de fédérer la filière textile française, et à terme européenne, autour du projet Altertex. Projet qui vise à développer le textile durable en levant les freins du marché.