Quelle politique vous amène à vous ouvrir à l'export ? Le marché du bâtiment national est très atomisé et notre part de marché est de 0,4 %. La décision d'aller à l'international pourrait ne pas sembler évidente. En effet, pourquoi ne pas continuer à augmenter notre taux de pénétration en France ? Les grandes entreprises ne possèdent que 9 % des parts. Le marché français est très normatif et nos ingénieurs passent quasiment la moitié de leur temps à démêler les règles de construction. L'international représente finalement pour nous non seulement un champ de développement potentiel de notre chiffre d'affaires, mais aussi l'opportunité de libérer notre créativité en s'affranchissant des freins d'un bien trop lourd apparat réglementaire et de créer ainsi de la valeur ajoutée. L'ouverture sur l'international, paradoxalement, n'est d'ailleurs pas tout à fait nouvelle pour nous. Léon, mon arrière-grand-père s'était essayé en Italie et mon père, Léon, avait étudié des affaires en Jordanie et en Tunisie et avait conclu que ce n'était pas pour lui. Nous venons d'ouvrir un bureau d'ingénierie à Casablanca d'une dizaine de personnes axé sur notre coeur de métier, le génie civil pour concevoir des ouvrages d'art, des ponts... Cette implantation nous permet aussi d'étudier les besoins du marché du continent africain, en plein essor, dont le Maroc est indéniablement la porte d'entrée. Nous nous allouons six pour mois pour étudier leurs approches et leurs besoins, notamment pour des projets hydroélectriques.
Pourquoi avoir attendu ?
Mon père n'était pas prêt, cela l'effrayait. Il faut comprendre qu'il a repris l'entreprise de son père Jean dans les années 1960, fondée auparavant par son grand-père en 1881. Les temps étaient durs. La mission de mon père a été d'en assurer le développement et l'assise financière. Après les périodes de reconstruction, puis de construction des stations de sports d'hiver, sont venues les années des ouvrages fonctionnels, comme le Parlement européen et les chantiers de l'époque Mitterrand. Nous rentrons maintenant dans une ère nouvelle de développement, plus européenne, plus internationale. La conjoncture nous incite à regarder au-delà de nos frontières. Mais, depuis un an, nous entrevoyons une mutation dans les mentalités. L'État prend un virage. Cette évolution est due au travail du syndicat des entreprises intermédiaires, Asmep-ETI. Le gouvernement comprend que les entreprises de taille intermédiaire, les ETI, sont une force vive de la nation. Il constate que pas assez d'ETI ne passent le cap pour devenir de grandes sociétés. Aussi, il nous accompagne plus facilement à l'export. Nous voyons s'affirmer une diplomatie économique de qualité.
Quelle est votre force pour vous attaquer à l'export ?
Le savoir-faire des entreprises françaises est un véritable atout. Nous savons réaliser des projets complexes de qualité dans un environnement où les coûts et les délais sont tenus. Cette expertise est très appréciée. En tant que génies civilistes passionnés, nous maîtrisons les bétons spéciaux.
Quand vous parlez d'export, vous pensez Europe ?
En réalité, nous regardons plus loin que l'Europe où nous sommes tous soumis aux mêmes vicissitudes économiques et réglementaires. La concurrence des pays voisins est d'autant plus forte que le coût de leur main d'oeuvre est plus faible. Tant qu'il n'y aura pas d'harmonisation sociale en Europe, cela sera difficile.
Cela demande des investissements ?
Nous ne sommes pas une industrie lourde. Le principal investissement sera les hommes et leurs talents.
Allez-vous échanger avec d'autres structures ?
Des partenariats avec des acteurs locaux seront sans doute nécessaires, voire souhaitables. D'autre part, sur le marché africain ou moyen-oriental, nous sommes approchés par des entreprises chinoises, mais nous ne voyons pas de perspectives communes.
Combien de temps vous donnez-vous ?
Pour avoir une activité stable à l'international, nous nous donnons un horizon de trois à cinq ans. Les entreprises familiales savent prendre le temps, c'est un atout essentiel pour leur pérennité. Nous sommes toujours sur le moyen-long terme. L'objectif étant que l'international représente 10% de notre CA à horizon 2020.
DG : Olivier Grosse 3.000 salariés CA 2013 : 750 M€ 04 79 88 74 88 www.leongrosse.fr