«Le savoir-faire des avoués va disparaître»

«Le savoir-faire des avoués va disparaître»

Stéphane Coquerelle,
Dernier avoué à avoir prêté serment en France fin 2009


Comme le préconisait en 2008 le rapport Attali sur la «libération de la croissance», la profession d'avoué n'existera plus au 1erjanvier 2012 entraînant la fermeture de huit études à Douai. Comment appréhendez-vous la fin de votre métier? C'est évidemment une histoire difficile à accepter. Notre profession est certes méconnue, mais essentielle au bon déroulement de la justice. Dans le droit français, l'avoué est le représentant obligatoire des parties devant la cour d'appel en matière civile et commerciale. Dès l'année prochaine, cette mission pourra être assurée par un avocat. Notre personnel, soit une centaine de personnes à Douai, est spécialisé dans ce travail, qui ne représentera qu'une infime partie de l'activité d'un cabinet d'avocats. Malheureusement, tous ne pourront pas être reclassés.

Comment vous êtes-vous défendus?
Depuis 2008, les ministres de la Justice successifs nous ont ignorés. Au final, les efforts que nous avons réalisés pour informatiser nos communications avec le greffe par fichier sécurisé n'ont servi à rien, sinon à essuyer les plâtres pour les avocats qui vont reprendre notre activité. Cinq études douaisiennes vont devenir des cabinets d'avocats, faisant encore augmenter leur nombre pourtant déjà pléthorique.

Avez-vous des regrets?
Le 1erjanvier, un savoir-faire va disparaître. Les avoués portaient un regard nouveau sur les dossiers qui leur étaient confiés. Nous connaissons la jurisprudence de la cour d'appel. La cour avait une quinzaine d'interlocuteurs: bientôt, ils seront plus d'un millier. Les pouvoirs publics n'ont eu aucune considération quant au travail que nous avons réalisé pour nous adapter aux évolutions techniques.






Propos recueillis par Dominique Thomas

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