« Le bâtiment se relève à peine d’une crise qui a coûté 10.000 emplois »
# BTP # Conjoncture

« Le bâtiment se relève à peine d’une crise qui a coûté 10.000 emplois »

En Bretagne comme ailleurs, les entreprises du bâtiment sortent exsangues d’une des crises les plus violentes de ces dernières décennies. Si les indicateurs s’améliorent, timidement, la reprise est variable selon les secteurs et les territoires. Le point avec Erwan Barlet, nouveau président de la Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (Capeb) Bretagne, pour qui le climat serait plus serein sans les lourdeurs administratives et réglementaires.

Dans sa récente note sur l'évolution de la conjoncture dans le secteur du bâtiment, la cellule économique de Bretagne note que le niveau de production apparaît « globalement mieux orienté » mais il « reste toutefois à un niveau bas, avec des disparités importantes selon les marchés et les départements ».

« Les carnets de commande sont très variables d’un territoire à l’autre. Idem des marges », constate Erwan Barlet, qui préside depuis le 1er novembre la Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (Capeb) Bretagne. « Là où il y a beaucoup d’entreprises, les prix sont tirés vers le bas et les entreprises souffrent. Ainsi, dans le Morbihan, le secteur de Lorient est très difficile alors que cela va mieux à Vannes ». La Capeb fédère environ 30% des 19.000 entreprises du secteur en Bretagne, de l’artisan travaillant seul à des PME de plus de 30 salariés. La moyenne tourne autour de cinq à six salariés.

Frémissement sur 2016

Après un pic d’activité en 2006, les indicateurs n’ont cessé de plonger, à de rares exceptions près. Une crise pire que celle de 1993 dans la durée. En dix ans, le secteur a perdu 10.000 emplois, malgré les efforts sur les prix pour tenter de conserver une main-d’œuvre qualifiée. « Nous assistons à un frémissement depuis les trois derniers trimestres, avec une hausse de 3% de l’activité globale », souligne Erwan Barlet. Une hausse qui concerne prioritairement le marché du logement locatif (+25%) et celui de la maison individuelle (+16%). Au total, sur le neuf, les mises en chantier ont augmenté de 16% et les autorisations de 27%. Une embellie que les professionnels expliquent à la fois par la loi Pinel et les aménagements du prêt à taux zéro. Avec toutefois un bémol pour ce qui concerne les critères de ce prêt. « C’est l’entreprise qui doit vérifier éligibilité du client au dispositif et non plus la banque, comme c’était le cas auparavant. Et si l’entreprise se trompe, elle écope d’une amende de 10% du montant », râle le président de la Capeb.

À ce titre, la fédération a lancé une vaste campagne de formation auprès de ses membres. Si le neuf, et notamment le locatif, redresse la tête, c’est l’Ille-et-Vilaine qui en profite le plus avec près de la moitié des chantiers en cours et jusqu’à 70% des logements collectifs en résidence.

Maisons en secteur groupé : encore en berne

Mais en parallèle, la construction de maisons en secteur groupé reste en berne sur toute la région, de même que l’entretien et la rénovation (+0,5%). « C’est pourtant ce qui a permis de soutenir l’activité ces dernières années. En Bretagne, il y a beaucoup de bâti ancien, donc potentiellement du travail », souligne Erwan Barlet. Mais sur ce marché, la bataille a parfois été rude. « Des entreprises ont profité de niches comme le photovoltaïque pour casser les prix, souvent au détriment de la qualité ».

Encore trop de lourdeurs administratives

La Capeb attend beaucoup des nouveaux plans locaux d’urbanisme intercommunaux (PLUI) mais le climat serait plus serein sans les lourdeurs administratives et réglementaires. « Si vous changez par exemple de salle de bains, trois taux de TVA peuvent être appliqués. Les dispositifs d’aide aux particuliers au titre de la transition énergétique restent compliqués. Ce dont nous avons besoin, c’est de simplicité et surtout de stabilité. Nous ne pouvons pas être soumis à des changements tous les trois mois », martèle Erwan Barlet. La période électorale est l’occasion pour la Capeb de sensibiliser les politiques, tant au plan national qu’au niveau local, « car c’est là qu’est le travail. Sur le terrain ».

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