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La mue de MPH1865 vers l'économie circulaire
Ardèche # Industrie # RSE

La mue de MPH1865 vers l'économie circulaire

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La PME familiale ardéchoise spécialiste de l'hygiène professionnelle a lancé un plan d'investissement de 80 millions pour produire de l'essuie-tout à base de fibres recyclées et doubler sa capacité de production. L'occasion de faire le point sur son ambitieuse politique RSE.

Marc Miribel, président de MPH et ses enfants Pierre et Laure, directeurs généraux — Photo : MPH1865

Deuxième révolution pour le fabricant de produits d'hygiène pour l'entreprise MPH1865 (330 salariés, 148 M€ de CA en 2024). Récupérateur de vieux tissus à sa création ... en 1865, la PME ardéchoise a abandonné ce métier au début des années 1990 pour devenir importateur puis transformateur de papier et enfin, un industriel du savon et l'essuie-tout (près de 90 % de son chiffre d'affaires) au cours des années 2000. Sa première révolution.

Dans un secteur du consommable jetable où hélas le gâchis guette à chaque tour de rouleau, elle se transforme pour verdir son activité. Ce qui était jeté puis enfoui ou incinéré, sera désormais recyclé et réutilisé dans de nouveaux produits. Second acte.

Made in France bas carbone

Grâce à un ambitieux plan d'investissement de 84 millions d'euros sur les années 2024-2025, la PME ardéchoise compte bien s'imposer sur le marché professionnel de l'essuie tout bas carbone et fabriqué en France.

Un projet qui a déjà séduit ses banquiers puisque MPH1865 a contracté 62 millions d'euros d'emprunt bancaire et crédits baux, soit plus de 70 % du total de l'enveloppe. Et a séduit l'Ademe, qui l'a accompagnée à hauteur de 6,8 millions d'euros dont 4,1 millions d'euros de subvention et 2,7 millions d'euros d'aide remboursable.

"Ce plan s'inscrit dans notre stratégie 2030 qui vise à augmenter la capacité de production tout en diminuant significativement l'impact carbone de la société", annonce Laure Miribel, directrice générale déléguée de MPH1865. Une feuille de route ambitieuse pour l'entreprise qui se présente comme le plus important fabricant de papier labellisé origine France.

Doubler sa production

Son objectif ? Capter une demande croissante des entreprises et collectivités locales pour les produits éco-çoncus.

Grâce à ces investissements, MPH compte bien doubler sa production de papier essuie tout à 65 000 tonnes par an de "bobines mères" – à partir desquelles sont fabriquées les produits finis, feuilles ou rouleau - contre 30 000 tonnes auparavant. Et vise un chiffre d'affaires de 200 millions d'euros à horizon 2030, notamment en développant ses ventes de savon à 30 millions d'euros dès mi-2026. Un projet qui démontre la belle résilience de l'entreprise, au bord du dépôt de bilan lors de sa reprise en 1992 par son dirigeant actuel, Marc Miribel.

Retour aux origines

A l'origine récupérateur de déchets textiles puis importateur et distributeur de papier essuie-tout, MPH1865 a progressivement remonté la chaîne de valeur en devenant distributeur-transformateur de produits fabriqués en Italie au tournant des années 2000 puis en produisant elle-même de l'essuie-tout pour les professionnels. "Nous sommes désormais fabricant intégré de la bobine mère au produit fini", résume Laure Miribel, directrice générale déléguée et fille de Marc Miribel, président de la PME familiale créée en 1865.

Implantée à Davézieux sur l'ancien site des papeteries Canson, la petite pépite industrielle gère cinq usines dans un périmètre d'une dizaine de kilomètres : trois en Ardèche aux environs d'Annonay et deux à Saint Rambert d'Albon (Drôme), dont un site pour la logistique.

26 millions d'euros pour une nouvelle machine à papier

Son site de Pupil (27 000 m2) à proximité d'Annonay vient de bénéficier de l'achat d'une deuxième machine à papier. D'un montant de 26 millions d'euros, l'investissement, qui s'accompagne du recrutement de 30 personnes, donne l'occasion à MPH1865 de passer un cap dans le domaine de l'économie circulaire. Sa matière première - la ouate de cellulose - intègre désormais des fibres recyclées provenant de chutes d'emballages de la région et d'essuie-mains "souillés". Tout un circuit d'économie circulaire mis en place dans un rayon de moins de 100 km, qui n'aurait été possible sans l'innovation maison pour le recyclages des essuie-mains souillés en papier, pour laquelle la PME a été récompensée lors des Pap'Awards 2024, trophées organisés par le media professionnel Pap'Argus.

Objectif : 50 % en papier recyclé en 2030

"Nous nous organisons pour qu'en 2030, 50% de notre production de papier soit issue de matière recyclée", déclare sa dirigeante. Plus économe en énergie que la machine actuelle et versatile quant aux énergies qu'elle utilise, la nouvelle machine issue des usines du fabricant italien Toscotec peut fonctionner au gaz, à l'hydrogène ou à l'électricité pour fabriquer du papier recyclé pour essuie-tout mais aussi du papier WC, et des mouchoirs. Elle est alimentée par sa voisine, la nouvelle unité de traitement de vieux papiers. "Nous avons conclu des contrats avec des sociétés de récupération de matière premières sous forme notamment d'essuie mains souillés et travaillons avec des industriels comme Doliprane et L'Occitane auprès desquels MPH collecte des emballages", poursuit Laure Miribel.

"30 % de CO2 en moins"

Fer de lance de la politique RSE de MPH1865, la gamme de papiers essuie-tout Renovelar, une appellation clin d'oeil aux racines ardéchoises de l'entreprise. En patois local, "renovelar" signifiant "renouveler". Il s'agit de produits issus de la collecte des essuie mains usagés pour en créer de nouveaux ("Renovelar Tissue Circle"). Ces derniers mobilisent moins d'énergie et d'eau lors de leur fabrication et leur papier "gaufré", distribué à la feuille dans des distributeurs conçus pour en limiter la consommation, génère des économies au stade de l'utilisateur final.

"Il s'agit de la solution d'hygiène avec l'empreinte carbone la plus faible sur le marché européen", déclare fièrement Laure Miribel. Les produits Renovelar génèrent "environ 30% de CO2 en moins" par feuille que la moyenne des produits similaires vendus sur le marché français et 29 % en moins de matière. La bonne idée n'a pas échappé à un de ses concurrents et néanmoins confrère, le groupe lyonnais Paredes-Orapi (1 600 salariés, 445 M€ de CA en 2023) qui distribue la gamme de produits d'hygiène écoresponsables (essuie-mains, papier toilette…).

Consommation d'eau divisée par deux

Pour transformer les bobines mères issues de ce premier investissement, MPH a également investi 25 millions d'euros dans une seconde machine pour la fabrication de produits finis. 30 % moins énergivore que la moyenne du marché, cet équipement hybride en matière d'énergies permet d'arbitrer entre elles en fonction de leurs coûts.

Dans le même temps, l'entreprise s'est attelée à la réduction de sa consommation d'eau, un poste qu'elle a réduit de moitié entre 2012 et 2023 à 6m3 par tonne de papier produite versus 12m3. " Nous avons réactivé un barrage construit par les papeteries Canson et Montgolfier qui nous procure une réserve de 55 000m3 d'eau de pluie, ajoute encore la dirigeante de MPH1865 , et amélioré le système de refroidissement de l'eau garantissant le rejet dans la rivière d'une eau traitée de haute qualité".

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