Christophe Josse en a toujours été convaincu. La maîtrise de l'ensemble du cycle de vie d'un produit, de sa conception à sa commercialisation, est le meilleur moyen d'asseoir son indépendance et de s'offrir la valeur ajoutée la plus forte. Un précepte que le patron de la société Raymond Josse a Plancoët n'a de cesse d'appliquer à ses nombreuses innovations... même quand celles-ci marquent une rupture avec le métier d'origine de l'entreprise. « Cette stratégie ne fonctionne que si la remise en cause est constante, précise l'intéressé. Le lancement de l'Argibrique va dans ce sens. Pour assurer notre croissance et la pérennité de nos activités, il faut développer de nouvelles niches. Je pense que cette brique d'argile non-cuite au fort pouvoir thermorégulant présente un avenir prometteur. »
Une intégration amont et aval de la filière
Fondée en 1976, l'entreprise Raymond Josse est historiquement spécialisée dans les carreaux d'art et la faïence haut de gamme. « Mon père avait d'abord fait le choix d'importer des produits. Puis en 1986, il a intégré la fabrication avec le rachat de deux usines. » Durtal et Les Rairies dans le Maine-et-Loire deviennent ainsi des outils dédiés aux gammes développées par la société de Plancoët. « Depuis, nous avons fermé l'atelier d'émail de Durtal pour le rapatrier dans les Côtes-d'Armor. » L'intégration est encore poussée plus loin avec l'acquisition d'une carrière en propre. « Cet équipement nous fournit l'ensemble de notre matière première, même pour les derniers lancements. » Cette maîtrise de la valeur ajoutée en amont - « des délais d'approvisionnement et des stocks » - s'accompagne rapidement d'une stratégie similaire en aval de la chaîne. « Mon père était passé par le secteur du négoce de matériaux. Il avait choisi de s'en passer en créant des magasins gérés en direct. Nous en comptons désormais six : Plancoët, Quimper, Vannes, Nantes, Les Rairies et un dernier dans le 15e arrondissement de Paris. »
Un brevet déposé pour le design de la brique crue
En 2009, en pleine crise du BTP, Christophe Josse réfléchit à une diversification de ses activités. « Le marché de la rénovation se portait encore bien mais je me suis dit qu'il fallait anticiper. » Né alors le concept Argibrique, brique de terre crue au design spécialement pensé pour y insérer des câbles électriques. « Le brevet a été déposé sur cette forme inédite car dans les faits, le produit est connu mais plus utilisé depuis des années. De nombreuses maisons, notamment dans les pays chauds, sont construites avec ce matériau. La teneur en eau importante lui confère des propriétés naturellement thermorégulante. » Pour Christophe Josse, l'Argibrique doit venir se positionner en complément des habitations actuelles, notamment celle à ossature bois. « L'idéal est de les utiliser pour monter des cloisons. »
Un nouveau modèlecommercial
Pour mener à bien son projet, le patron, dont la société a été labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant, a choisi d'ouvrir fin 2011 le capital familial à un associé extérieur, Arnaud Neveu. « Il nous amène notamment ses compétences en matière de distribution car contrairement aux tomettes et carreaux, Argibrique sera vendue via des réseaux de grossistes. » En interne, cette innovation, si le succès est au rendez-vous, permettra également à l'entreprise de sortir d'une certaine saisonnalité de sa production. « Nous réfléchissons à la construction d'un hangar de séchage et de stockage dans le Maine-et-Loire. L'objectif restant de proposer un package complet comprenant l'Argibrique, mortier de scellement et peinture dédiée. Du clé en main pour un produit 100 % naturel. »
Raymond Josse
(Plancoët) P-dg : Christophe Josse 20 salariés Chiffre d'affaires 2012 : 2 millions d'euros
02 96 84 03 40