Vous êtes à Nantes pour présenter FACE. Quel est l’objet de cette visite ?
Je suis ici avant tout pour défendre la cause de FACE et remercier l’ensemble de nos partenaires. Je veux saluer les services de l’État, les collectivités locales, le club FACE Loire-Atlantique, les membres de son conseil d’administration – tous bénévoles – ainsi que l’équipe autour de sa directrice, Pauline Gohier, et de sa présidente particulièrement dynamique, Jeanne Godard.
FACE est une fondation reconnue d’utilité publique, née en 1993, il y a plus de trente ans. Je la préside bénévolement depuis l’été 2022 et je peux le dire très simplement : je m’y épanouis énormément. C’est une source de satisfaction personnelle, mais surtout une action collectivement essentielle.
Quel est le rôle spécifique de FACE dans la lutte contre l’exclusion ?
FACE est une fondation d’entreprises. C’est un point fondamental. Dans la lutte contre l’exclusion, chacun connaît le rôle irremplaçable des pouvoirs publics et celui, tout aussi essentiel, des associations caritatives. La question que pose FACE, c’est : que peut faire le monde de l’entreprise, en partenariat avec ces acteurs, pour lutter efficacement contre toutes les formes d’exclusion ? Les entreprises n’ont pas attendu FACE pour s’engager. Il existe des obligations, notamment en matière de RSE. Mais notre objectif va plus loin : il ne s’agit pas seulement de satisfaire une obligation légale ou morale, mais d’aligner l’engagement sociétal de l’entreprise avec son propre intérêt.
Que voulez-vous dire par "aligner l’intérêt de l’entreprise et l’intérêt général" ?
L’entreprise a une culture du résultat, de l’efficacité, de l’évaluation. Ce n’est pas incompatible avec l’action sociale, bien au contraire. Chez FACE, nous sommes très attachés à mesurer l’impact concret de nos actions. Lutter contre l’exclusion, ce n’est pas renoncer à l’exigence de résultats. C’est même une spécificité du monde de l’entreprise. L’idée est que nous défendons : agir dans l’intérêt des personnes accompagnées, dans l’intérêt général, mais aussi dans l’intérêt de l’entreprise. C’est cette convergence qui fait la force et la durabilité de notre modèle.
Comment FACE est-elle organisée sur le territoire ?
C’est l’une des grandes forces de la fondation. FACE fonctionne selon une logique de pyramide inversée. Il existe une structure nationale, mais le cœur battant de FACE, ce sont les clubs territoriaux, avec une très large autonomie. Chaque club définit ses priorités en fonction des réalités locales, car les problématiques d’exclusion ne sont pas les mêmes d’un territoire à l’autre, ni les réalités économiques. La Loire-Atlantique, ce n’est pas l’Ardèche. Les clubs rassemblent des entreprises de toutes tailles, des grands groupes jusqu’aux TPE-PME. Cette diversité est essentielle.
Quels sont aujourd’hui les objectifs nationaux de la fondation ?
Depuis mon arrivée à la présidence, deux grands objectifs ont été fixés.
Le premier concerne le maillage territorial. Il y a trois ans, FACE comptait une cinquantaine de clubs. Aujourd’hui, nous en avons 68. Nous couvrons près de 60 % des départements français, avec l’ambition d’être présents partout, y compris dans les territoires ultramarins. Historiquement, FACE intervenait surtout dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Or l’exclusion touche aujourd’hui tous les territoires, y compris les zones rurales. Nous nous adaptons à cette réalité.
Le second objectif ?
Il concerne le profil des entreprises engagées. À l’origine, FACE rassemblait surtout de grandes entreprises, souvent du secteur de l’énergie. Aujourd’hui, notre ambition est que tous les secteurs d’activité et toutes les tailles d’entreprise ont leur place chez FACE. Les PME et les TPE ont parfois envie de s’engager mais ne savent pas comment faire. FACE joue alors un rôle de facilitateur, de pair à pair : ce sont des chefs d’entreprise qui parlent à d’autres chefs d’entreprise, avec des solutions concrètes, éprouvées, duplicables ailleurs.
Quelles formes peut prendre l’engagement des entreprises ?
Il y en a plusieurs. Le financement de la fondation, bien sûr, faire un chèque si j’ose dire, mais aussi le mécénat de compétences, qui est l’une de nos marques de fabrique.
Concrètement, des salariés consacrent une petite partie de leur temps de travail – en moyenne 2 % – à des actions en faveur de publics éloignés de l’emploi, via FACE. C’est un effort pour l’entreprise, mais les résultats sont spectaculaires.
Quels résultats observez-vous ?
Toutes les études le montrent : plus une entreprise s’engage pour le collectif, plus elle améliore ses performances, plus elle attire et fidélise ses salariés, notamment les jeunes générations. Mais il y a plus intéressant encore. Des entreprises partenaires historiques nous expliquent que les salariés engagés dans le mécénat de compétences gagnent en motivation, en implication et en productivité dans leur travail principal. On observe un cercle vertueux : ce qui commence comme une démarche RSE devient un atout RH et managérial. Aujourd’hui, certains dirigeants mettent en avant leur engagement avec FACE comme un argument de recrutement.
Quelles sont les priorités de FACE en matière de publics accompagnés ?
Trois priorités nationales structurent notre action : les femmes, les jeunes et les seniors. Il y a un enjeu fort sur la féminisation de certaines filières, comme l’industrie.
"Le choix de diminuer le financement de l’apprentissage est une connerie."
Pour les jeunes, des dizaines de milliers d’entre eux, sont en échec scolaire. Je tiens à dire d’ailleurs que le choix de diminuer le financement de l’apprentissage est une connerie. C’est un vrai succès, cela marche très bien. Je ne comprends pas cette décision.
Au-delà de ces trois publics qui sont nos priorités, il y en a beaucoup d’autres. Nous nous intéressons, par exemple, aux personnes anciennement détenues. Quand on sort de prison, il vaut mieux retrouver une activité, une dignité, plutôt que de refaire des bêtises parce que personne ne nous a aidé à reprendre pied.
Quelle est votre philosophie pour agir ?
Notre ADN reste l’insertion par le travail et l’activité économique. Nous croyons profondément que le travail est un levier essentiel de dignité, d’autonomie et d’émancipation. Toute activité, même de quelques heures par semaine, permet cela. Cela passe par des actions très concrètes : découverte des métiers, stages, accompagnement vers les secteurs en tension, mentorat, préparation à l’emploi. Je souligne une chose très importante : quand ce sont des salariés d’entreprise qui parlent de leur métier, le message est ancré dans la réalité du monde du travail, c’est souvent plus percutant, plus efficace.
Dans un contexte économique tendu, cette action est-elle encore plus nécessaire ?
Oui, sans aucun doute. Les entreprises traversent des périodes difficiles, les financements publics se raréfient. C’est précisément pour cela que nous avons renforcé notre autonomie financière. En trois ans, la part des financements publics dans le budget national de FACE est passée de 60 % à 30 %. C’est un gage d’indépendance et de solidité. Malgré le contexte, FACE continue de se développer. Évidemment, nous préférerions ne plus avoir à exister, parce qu’il n’y aurait plus d’exclusion. Mais ce n’est malheureusement pas encore le cas.
Quel message souhaitez-vous adresser aux entreprises ligériennes ?
Nous avons besoin d’elles. FACE est une fondation qui propose des actions à la carte, capable de s’adapter aux réalités et aux contraintes de chaque entreprise. S’engager avec FACE, c’est agir concrètement contre l’exclusion, tout en créant du lien, du sens et de la valeur pour l’entreprise et ses salariés.