Le Journal des Entreprises : Thierry Troesch, vous avez été élu en novembre 2016 à la présidence de la chambre de commerce et d'industrie des Côtes-d'Armor. Quel recul tirez-vous sur vos premiers mois ?
Thierry Troesch : « Je ne pars pas de zéro puisque j'ai participé au projet de mandature de l'équipe sortante en tant que vice-président en charge de l'industrie. Toutefois, dans mes nouvelles fonctions, je mesure encore plus qu'avant le haut niveau de compétences des collaborateurs de la chambre de commerce et d'industrie des Côtes-d'Armor. Il y a un réel attachement, voire une vocation en lien avec nos missions de service public, des salariés. Je leur tire mon chapeau car il faut reconnaître que notre organisation a été bousculée ces cinq dernières années. »
Vous voulez parler des effets de la régionalisation ?
T.T. : « Effectivement. Il y a eu un certain nombre de questionnements sur le lien entre la présence locale et la dimension régionale prise par les chambres de commerce. Toutefois, tous ont bien mesuré qu'il n'y a pas d'incompatibilité entre le niveau costarmoricain et le niveau breton. »
Le renouvellement de l'assemblée a également permis d'insuffler une dynamique nouvelle ?
T.T. : « Je ne me suis pas trompé dans le choix des 40 élus et de la dizaine de personnes qualifiées qui m'entourent. Ils sont tous unanimement animés par la volonté de servir le territoire, notamment en matière de développement économique et de création d'emplois. Le projet de mandature, construit autour de cinq thématiques (NDLR : économie circulaire, digitale, dynamisation des centres-villes, financement et attractivité) est partagé. Tous ont cette envie que la reprise de l'activité profite aux entreprises des Côtes-d'Armor à la fois en terme de business et de création d'emplois. L'emploi n'est pas vu comme un moyen mais comme une véritable finalité sociétale. »
Malgré ce contexte satisfaisant, l'équilibre budgétaire de la chambre reste relativement fragile notamment du côté du service aux entreprises avec un déficit annoncé proche de - 500.000 euros ?
T.T. : « Je voudrais d'abord me féliciter de la parfaite santé de notre pôle des établissements gérés qui va afficher un résultat net de 1,18 million d'euros minoré toutefois d'une reprise sur provision de 500.000 euros. Rien n'est acquis certes. On ne connaît pas, par exemple, les conséquences du Brexit sur la pêche hauturière. Toutefois, la chambre poursuit son engagement à investir dans les outils. Je pense à la passerelle d'Erquy, au terre-plein et au 4e quai sur le Légué. »
Cela ne réglera pas la question du déficit du pôle service aux entreprises...
T.T. : « Nous avons acté que 2017 sera une année délicate. J'espère grâce au fonds national de péréquation, pour lequel nous devrions toucher une enveloppe de 300.000 euros complémentaires, bien au-delà de notre clé de répartition budgétaire, arriver à limiter la perte sous les 300.000 euros au final. »
Sauf que le fonds de péréquation finance des projets d'investissement et pas du fonctionnement...
T.T. : « Effectivement et c'est ce qui nous amène à travailler à la digitalisation des outils de travail de nos collaborateurs pour améliorer leur efficacité et leur réactivité. Cette ambitieuse mutation numérique en interne doit permettre de les libérer de certaines tâches administratives. Elle ne réglera pas tous les problèmes mais je le réaffirme ici, mon objectif est de préserver tous les emplois dans les années à venir. Je pense que la CCI 22 est arrivée à un seuil, en nombre de salariés, en dessous duquel le niveau de services serait moins bon. »
Il va donc falloir économiser ou chercher de nouvelles ressources ?
T.T. : « La bonne tenue de notre fonds de roulement, portée à 76 jours, nous permet de disposer d'une trésorerie suffisante pour absorber le déficit de 2018. Mais l'idée n'est pas de sortir de cette période amaigrie. Nous n'avons pas attendu pour réfléchir au développement de services facturables. Nous devons soutenir par exemple, et mieux vendre, notre pôle formation en imaginant les contenus de demain. Ce travail, comme tous les projets menés par la chambre dans les 5 prochaines années, se fera collectivement avec nos partenaires. L'idée n'est pas d'aller concurrencer le service marchand. Nous discutons ainsi activement avec Côtes-d'Armor Développement pour la création d'une offre étude plus globale qu'actuellement que nous pourrions commercialiser auprès des EPCI ou d'autres structures. »
La régionalisation peut ouvrir des opportunités ?
T.T. : « Clairement mais sous un mode projet avec des missions mises en oeuvre au service de tous. La CCI 22 sera par exemple délégataire régionale dans le domaine de l'industrie. Cette position peut mener à des projets collaboratifs financés en commun avec l'UIMM. »
La fin du soutien à l'aéroport sera aussi une source d'économie...
T.T. : « Lors de la prochaine délégation, si elle a lieu, nous avons clairement acté en bureau et informé nos partenaires que la CCI 22 ne subventionnerait plus le déficit de la ligne et s'engagerait uniquement à hauteur de 5 % sur le budget de fonctionnement de l'aéroport. En tant que Trégorrois, je mesure l'importance de cette ligne mais elle a besoin d'être redimensionnée. Notre engagement financier devrait au maximum atteindre 80.000 euros, là où nous sommes montés, à une certaine époque, à 500.000 euros. Nous ne pouvons plus dépenser l'argent que l'on n'a pas. »
Avec l'arrivée de David Derré, actuel directeur régional de l'UIMM à la direction de la CCI 22, certains entrepreneurs craignent, connaissant votre appétence pour ce secteur par vos responsabilités au sein du groupe ST Industries, un penchant trop fort de la chambre pour les questions industrielles. Que leur répondez-vous ?
T.T. : « La CCI n'est pas le fait d'un seul homme mais bien d'une équipe. J'ai conscience de mon incompétence dans le domaine des services ou du commerce mais j'ai soif d'apprendre, comme le futur directeur de la CCI 22. Pour palier ce déficit, je me suis entouré d'élus référents dans chacun des domaines. Thierry Troesch n'est pas le président des entreprises industrielles mais bien celui de toutes les entreprises des Côtes-d'Armor. »
La perte par Saint-Brieuc Expo Congrès de la gestion des salles de séminaire du Carré Rosengart, qui vous appartiennent, a créé un malaise entre vous. La hache de guerre est-elle enterrée ?
T.T. : « J'assume les conséquences de la décision prise car je pense que le projet choisi, porté par Paul Barreto, est pertinent. Toutefois, je pense que la CCI et Sbec ne peuvent pas se fâcher. Nous aurions trop à perdre. Au cours des cinq années à venir, j'aurais clairement le réflexe Sbec. »