«Début septembre, mon entreprise générale de bâtiment que j'ai créé en 1999, a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Saint-Brieuc. C'est à ma demande que ce placement a été réalisé. Même si la décision n'a pas été facile à prendre, c'est sans doute la meilleure car elle permet désormais de mettre en oeuvre les solutions nécessaires pour redresser la barre.
Anticipation et rôle des banques
Désormais, à la société de démontrer sa capacité à regagner de l'argent dans un contexte très incertain pour notre secteur. La situation s'est singulièrement dégradée avant l'été. Le carnet de commande s'est réduit à deux mois, contre six auparavant. À cela s'est ajoutée une bataille féroce sur les marchés publics avec un fort dumping des prix vers le bas. Pourtant, nos performances n'étaient pas si catastrophiques. En 2010, notre chiffre d'affaires a atteint 575.000euros pour un résultat négatif de 66.000euros. Et des mesures d'anticipation avaient été prises comme le gel des embauches et le non-remplacement des départs à la retraite. Je n'ai pas de rancoeur mais mes deux partenaires bancaires n'ont pas joué le jeu du soutien à l'économie. D'abord le Crédit Agricole en juin qui, du jour au lendemain, a annulé notre autorisation de découvert. Et en septembre, c'est le CIC qui l'imite. Exsangue, avec les créances à payer, je n'avais pas d'autres choix que de me tourner vers le tribunal de commerce pour imaginer un plan de relance.
En observation pendant six mois
Une période d'observation de six mois, reconductible une fois nous a été accordée. Un mandataire judiciaire a été nommé, mais pas un administrateur, ce qui me permet de poursuivre la gestion en propre de la structure. Un compte RJ a été spécialement ouvert. Je continue donc à pouvoir encaisser des paiements et honorer mes traites. Même si le quotidien n'est pas évident car le bouche-à-oreille va très vite, tout comme la perte de confiance. Certains fournisseurs m'ont tourné le dos, d'autres me demandent de payer au comptant. J'ai dû prendre mon bâton de pèlerin pour rassurer les gens et leur démontrer que nous étions en vie. Je me battrais pour cette entreprise, quitte à la céder si c'est la seule solution. Car derrière moi, il y a une dizaine de collaborateurs, et autant de familles, qui travaillent ici depuis de nombreuses années.»
L'ENJEU Le nombre d'entreprises du BTP touchée par la crise n'a de cesse d'augmenter. Témoignage, sous couvert d'anonymat, d'un patron récemment placé en redressement judiciaire.