A
près les cartons jaunes l'année dernière, le Medef, la CGPME et l'UPA devaient siffler le gouvernement le 3 décembre dernier. Votre sentiment ?
Je ne leur reproche pas de râler. Je dis au Medef et au monde patronal qu'ils ont le droit de manifester mais aussi le devoir de dire la vérité. Or ils ont, en ce moment, tendance à ne pas dire tout à fait la vérité. C'est bien qu'ils manifestent, c'est mieux s'ils commencent par dire tout ce qui a été fait. Il y a eu une tempête économique majeure en France. Le sujet désormais est de faire entrer un édredon dans une valise quatre fois trop petite, donc on cherche des solutions. C'est ce que fait l'exécutif.
Ne vaut-il pas mieux "chercher sans dire" pour éviter de faire des annonces qui sont contredites le lendemain ?
Autant recueillir les réactions tout de suite et s'adapter. J'ai le sentiment que les entreprises, depuis 15 ans, n'ont jamais été aussi écoutées. Le chômage en Rhône-Alpes est de 8,6 % alors que l'on s'imagine qu'il atteint 10 ou 11%. Pourquoi ? Parce que les acteurs économiques ne voient que ce qui bloque. Même s'il existe partout en Rhône-Alpes des sujets d'attractivité incroyables, tout le monde s'en fout, la mode est de dire "ça ne va pas". Mais il y a peu de périodes dans l'histoire de cette région où l'on a comptabilisé en six mois autant de maintien de l'emploi industriel.
Mais les annonces gouvernementales insécurisent les dirigeants, qui se sentent submergés par les procédures toujours plus nombreuses.
Je m'attache aux faits, c'est ce qui me rend optimiste. Les voici : Rio Tinto est sauvé, Hexcel s'implante à Péage-de-Roussillon, Fresenius s'agrandit à l'Arbresle, les Indiens vont fabriquer Linky à Grenoble (avec près de 4 millions d'euros d'investissements, la société CG, issue du conglomérat indien Avantha, affirme qu'elle créera 200 emplois directs et indirects, pour un premier prototype annoncé en avril 2015, NDLR), UTC va racheter CIAT à Culoz et développer un centre de recherche en liaison avec Carrier...
Un gros dossier reste en suspend : celui de l'usine de textile technique Porcher, avec l'avenir de 2.000 salariés en jeu.
Le rachat in bonis de l'usine Porcher avance : un industriel lyonnais et un fonds anglais, Warwick, vont racheter cette usine. Nous en sommes au stade de la consultation des organisations syndicales. J'ai rencontré cet industriel qui en sera le P-dg, son nom sera connu fin décembre.
Le bâtiment et les travaux publics réclament un plan d'urgence pour soutenir l'activité. Que leur proposez-vous ?
Concernant le bâtiment, le gouvernement a mis en place les dispositifs fiscaux, de simplification, le zonage, le PTZ. Ce n'est pas la crise absolue et tout est prêt pour que l'activité reparte à la hausse. Dans les travaux publics, la question est beaucoup plus compliquée. Je travaille sur cinq axes pour résorber le problème. Le premier, faire sortir de terre dans la région les projets ferroviaires ou autoroutiers. Ainsi le Conseil d'État est saisi de la déclaration d'utilité publique de A89/A6, tandis que Bruxelles a donné son accord à l'A480. Pour l'A45, il y a une procédure d'appel d'offres avec deux réponses en cours d'examen et la décision interviendra sous peu. Dans le contrat de plan État/Région que j'espère signer avec la Rhône-Alpes, il y a un certain nombre de crédits routiers ou ferroviaires très importants qui vont être débloqués mais le montant reste pour l'heure strictement confidentiel car je dois encore renégocier un certain nombre de sujets. Deuxième axe, le problème du coût de l'énergie. Il est en train de baisser très vite et durablement ce qui compte beaucoup dans les TP où le transport pèse un poids important. Troisième sujet, la concurrence des travailleurs illégaux, concurrence déloyale contre laquelle les services de la Direccte luttent en renforçant le pôle chargé de débusquer les fraudeurs. Quatrième axe, je mets sur pieds un système qui permette d'orienter massivement en formation des salariés d'entreprise. Objectif : éviter les licenciements et les pertes de compétences. J'ai rencontré Philippe Meirieu vice-président en charge de la formation à la Région, mais aussi Pascal Blain directeur de Pôle Emploi Rhône-Alpes et Philippe Nicolas directeur de la Direccte. J'ai demandé à chacun de travailler sur le montage de ce dispositif. Je demande aux organismes de formation des branches professionnelles de se montrer allantes sur ce sujet. Les OPCA doivent proposer des formations aux salariés, avec maintien de tout ou partie du salaire plutôt que de les mettre au chômage. Cela concernera 3.000 à 4.000 personnes en 2015. Cinquième point, j'explore d'autres leviers d'activité. Dans ce cadre la rénovation des centrales nucléaires dans la région pèse plusieurs centaines de millions d'euros par an. Et 1Md€ pour les centrales hydrauliques d'ici 2020.
Où en est-on de la signature et des modalités d'application en Rhône-Alpes des accords de branches signés dans le cadre du Pacte de responsabilité et de solidarité ? Rien ne serait signé selon le président de la Métallurgie du Rhône (800 adhérents, pour 57.000 salariés).
La posture prise par le président de la fédération de la métallurgie est au pire de la méconnaissance, au mieux de la politique pure. À trop jouer sur les mots, on perd. Il est vrai que les négociations se font à l'échelle nationale, peut-être n'en est-il pas informé. Cinquante branches ont entrepris de négocier, et deux branches, la Chimie et la Métallurgie ont signé un accord.
Quel regard portez-vous sur la privatisation de l'aéroport ?
Si la loi le fait, on suivra. J'entends dire qu'il faut attribuer davantage de créneaux horaires (des "slots", NDLR) à des compagnies pour atterrir ou décoller. Ma position est à l'opposé: donner des slots en province aux compagnies du Golf tue tous les jours un peu plus les compagnies comme Air France, Lufthansa, et British Airway. En revanche il serait intéressant de trouver des vols de Lyon vers la Chine. Les venues successives de hauts dirigeants chinois sont plutôt de bon aloi.
Le projet de loi Macron pour l'activité présenté à la fin de l'année propose que les commerces restent ouverts le dimanche autour des grandes gares. Est-ce que cela sera le cas pour les commerces du quartier de la Part-Dieu et de Confluence ?
En tout cas j'y serai favorable. Pour d'autres zones de la ville, nous étudierons la question au cas par cas.
La loi a voté la création de 13 régions aux pouvoirs économiques renforcés, tandis qu'à Lyon la Métropole se renforce sur le même thème. Ne craignez-vous pas l'émergence d'un conflit de leadership ?
Pour avoir déjà fait des réunions avec Jean-Jack Queyranne et Gérard Collomb, je leur fais confiance pour que cela s'apaise. Mais même si cela ne s'apaise pas il n'y a pas de risque autour de cette question de leadership.
L'Europe scrute de prêt les aides reçues par Kem One, savez-vous où en est l'examen ?
Sur les trois entreprises concernées par cet examen (avec FagorBrant et Mory Ducros) nous avons le meilleur dossier des trois. Je ne suis pas inquiet, car je doute qu'à Bruxelles ils ne détruisent une entreprise de plus de 2.000 salariés.
Quels sont les projets d'implantation d'entreprise sur lesquels vous travaillez ?
Avec le directeur de l'Aderly, Jacques de Chilly, nous travaillons sur deux projets d'implantation. Parallèlement, je fais aboutir deux zones d'activité : Libertech entre Belleville et Saint-Georges-de-Reneins et nous sommes en passe d'aboutir complètement sur la ZAC des Olmes au sud de Tarare. Enfin, l'Epora (établissement public foncier de l'Ouest Rhône-Alpes) va faire passer comme priorité absolue l'achat et la rénovation de friches industrielles.
Le préfet de Région Carenco, réputé pour son appétence pour les sujets économiques, dresse un bilan de ses actions et celles à venir. Et se prononce à la fois sur le sort de l'aéroport de Lyon et sur l'ouverture le dimanche des commerces de Confluence et Part-Dieu.