Isopeint : Liquidée, la PME renaît sous forme d'une SCOP
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Isopeint : Liquidée, la PME renaît sous forme d'une SCOP

Liquidée en juillet dernier, Isopeint a été relancée par neuf salariés. Nouvelle stratégie, nouvel esprit d'équipe, la PME veut surfer sur la reprise dans le secteur du bâtiment

Personne chez Isopeint n'ignorait les difficultés de l'entreprise. Mais personne ne pouvait imaginer que tout aller s'arrêter si rapidement. « C'était un mardi, au mois de juillet. Nos perspectives, c'étaient les vacances... » Actuel cogérant d'Isopeint, David Violier se souvient de l'annonce de la liquidation d'Isopeint, le 19 juillet dernier : « Être mis en redressement, on pouvait s'y attendre. Mais être liquidé tout de suite, c'était vraiment un coup dur ». D'autant qu'Isopeint, malgré un printemps épouvantable comme dans tout le secteur du BTP, a un carnet de commandes encore relativement bien fourni pour environ quatre mois de travail. « La météo du printemps a accéléré notre chute », estime Constance Wortemann, cogérante d'Isopeint. « Il a fait tellement mauvais que nous n'avons rien facturé. » Une fois le choc passé, neuf salariés d'Isopeint se retrouve autour d'une idée : relancer l'entreprise. « Il y avait encore du travail, on sentait que certains marchés commençaient à repartir, il fallait le faire », soutient Constance Wortemann. « Ensuite, le choix de la SCOP s'est imposé très rapidement. »

Spirale du moins-disant

Basée à Golbey, dans les Vosges, Isopeint s'est lancée dans le second oeuvre en 1995, en se spécialisant dans la peinture et l'isolation. L'activité couvre les Vosges et le sud de la Meurthe-et-Moselle et la croissance est rapide : Isopeint se lance dans la plâtrerie, se tourne en 2010 vers les particuliers et boucle ses meilleurs exercices sur près de 3 millions d'euros de chiffre d'affaires et embauche 49 personnes. En réponse à la demande, la PME se tourne vers les marchés publics et se dote d'un bureau d'études. La crise du BTP va faucher cette belle réussite. Et Isopeint va tomber dans la spirale du moins-disant : « On parle aujourd'hui du mieux-disant, mais sur les marchés publics, seul le prix compte », estime David Violier. L'entreprise, qui travaille alors à 80 % sur les marchés publics, est contrainte de diminuer ses effectifs. Lorsque la liquidation est prononcée, 25 personnes travaillent chez Isopeint. Respectivement technico-commerciale et chargé d'affaires métreur, Constance Wortemann et David Violier sont choisis pour assurer la cogérance de l'entreprise, entourés par une équipe de sept peintres, plaquistes et façadiers. Première urgence : braver la montagne administrative qui attend l'équipe pour recréer une nouvelle société sur les bases de l'ancienne. L'union régionale des SCOP arrive très vite à la rescousse et il faut ensuite attendre que les délais légaux soient épuisés. Les neuf associés rassemblent 100 000 euros et début octobre, Isopeint ressuscite sous forme d'une SCOP. « Ces deux mois consacrés à l'administratif nous ont paru très long, mais on savait que c'était pour l'équipe que nous faisions tout ça », avance Constance Wortemann. Deuxième urgence : rappeler les clients, leur expliquer la situation, essayer de les faire patienter. Un exercice délicat, qui verra 50 % d'entre eux tourner le dos à l'entreprise. « Mais aujourd'hui, certains nous rappellent en nous félicitant », sourit David Violier.

Tous patrons, tous responsables

La nouvelle forme juridique d'Isopeint a une première conséquence : les neuf collaborateurs d'Isopeint sont autant de patrons, totalement impliqués dans la réussite de l'entreprise. « Nous l'expliquons aux clients : ils peuvent faire leurs remarques aux ouvriers, elles seront tout de suite prises en compte », souligne Constance Wortemann. « Chez nous, il n'y a pas de conducteurs de travaux, tout le monde est responsable. » Pour remplir le carnet de commandes, Isopeint compte sur trois salons régionaux, mais aussi sur le bouche-à-oreille : « Très régulièrement, nous sommes contactés par des voisins, qui ont vu nos camionnettes et observé le chantier », précise David Violier. Tournant le dos aux marchés publics au profit des particuliers dans un souci de rentabilité, Isopeint compte essentiellement sur la rénovation thermique des maisons individuelles pour se développer. « Auparavant, nous étions surtout connus pour notre activité de peinture », souligne David Violier. « Désormais, nous voulons offrir une gamme de solutions complète pour l'isolation de la maison par l'extérieur. »

Une activité lancée dès 2010 par l'ancien gérant d'Isopeint, et qui devra monter en puissance. Les projets ne manquent : investir dans des machines permettant d'isoler les combles, installer un véritable showroom dans les locaux de l'entreprise, décrocher des chantiers dans l'industrie, comme par exemple « le nettoyage de bardages extérieurs », précise Constance Wortemann. « Pour l'instant, je pense que nos concurrents s'imaginent que nous sommes dans le monde des bisounours », affirme David Violier. « Mais ce n'est pas du tout le cas : les SCOP dans le bâtiment sont rares, mais nous allons tout faire pour réussir ».

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