Isère. : Les dessous de la reprise de la Papeterie de Voreppe par Springwater
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Isère. : Les dessous de la reprise de la Papeterie de Voreppe par Springwater

Papeterie. BPI entre au capital de Springwater au sein d'une joint-venture, Ecocis, qui chapôte désormais l'ex-Papeterie de Voreppe. Les deux partenaires annoncent un plan de réinvestissement de 24,5 millions d'euros assorti d'une réorientation des marchés.

La papeterie de Voreppe revient de loin, et s'appelle désormais Ecocis. Après deux placements en liquidation judiciaire, et une acquisition par la Communauté de communes du Pays Voironnais en 2012, une sortie de crise a émergé avec l'arrivée d'un fond suisse, Springwater en 2014. Avec 12.000 salariés dans le monde - et un portefeuille de 25 sociétés pour une valeur de 2,5Md?-, ce fonds d'investissement a été séduit par « la qualité des actifs, du management et de la vision de reconversion portée ». A l'époque, plusieurs groupes tels que Veolia ou le suisse Activapro AG, avaient regardé le dossier, « mais ils n'étaient pas prêts à supporter le risque industriel. Le facteur clé pour la réussite, c'était de pouvoir effectuer une réorientation stratégique de l'activité, et d'y injecter le financement nécessaire », estime Jules Domenichini, le directeur France du fonds, qui a déboursé 5,4 millions d'euros en 2014 pour cet achat. Voilà, en trois étapes, comment cette entreprise industrielle devrait renouer avec la rentabilité.

Etape 1 : les bons interlocuteurs
Fondé en 2002 avec une majorité de family offices, Springwater est connu pour sa haute tolérance au risque. « Nous ne travaillons pas comme un fonds d'investissement classique, puisque nous engageons directement notre bilan jusqu'à ce que le projet obtienne un profil de risque acceptable pour des co-investisseurs », explique Jules Domenichini. Une recette gagnante puisqu'un an après son arrivée à Voreppe, Springwater vient de créer une nouvelle joint-venture, Ecocis, avec le fonds SPI de la BPI. Dotée de 24,5 millions d'euros (45% BPI, 55% Springwater), Ecocis assurera une direction conjointe du site. « Une seconde étape de 8,5 millions d'euros pourra être débloquée en fonction de l'avancement de projets annexes », glisse-t-il.

Etape 2 : miser sur l'opérationnel
Le fonds revendique un « style d'investissement impliqué et opérationnel ». « C'est moi qui négocie les contrats d'approvisionnement et de vente, mais nous n'avons pas vocation à nous substituer au management. Nous nous plaçons plutôt en support, pour gérer les activités de back-office », précise Jules Domenichini. « Springwater a une vision industrielle, qui s'est matérialisée par sa capacité à s'approprier les enjeux stratégiques et à aller chercher un homme clé comme Jean-Carlos Fernandez, à la direction du site », constate Magali Joessel, directrice du pôle d'investissement dans les projets industriels chez Bpifrance. Après être monté jusqu'à 230 salariés en 2008, le site de Voreppe compte aujourd'hui une dizaine de salariés, qui pourraient être rejoints par une soixantaine de recrutements dans les prochains mois.

Etape 3 : Réorientation du site Plutôt que de continuer à fabriquer du papier, la nouvelle SCI produira de la pâte à papier recyclée à base de résidus de vieux papiers, une niche qui représente un marché de 60 millions de papiers à recycler. « Avec son niveau de blancheur élevé, ce produit pourra même entrer en concurrence directe avec les fabricants de papier à pate vierge », annonce Jules Domenichini. L'évolution des règlementations européennes, qui contraint les états à utiliser toujours plus de papier recyclés, pourrait aussi tirer la demande. Le fonds vise à développer un portefeuille de 15 à 20 clients issus de l'industrie du papier, du carton et des papiers d'hygiène en Europe. Autre débouché potentiel : la valorisation des résidus boueux issus du processus de fabrication, afin de produire de l'isolant pour le bâtiment et du fertilisant pour l'agriculture, ramenant ainsi la proportion de déchets ultimes de 30% à 2%. Deux options s'offrent à Ecocis : développer une activité annexe, ou s'associer à une entreprise existante dans une nouvelle joint-venture. Rien ne serait encore décidé.


Des étapes cruciales

La nouvelle SCI devra d'abord réussir l'installation de ses nouvelles machines, et notamment d'un sécheur pour conditionner la pate à papier. La machine, démontée, est arrivée chargée de Finlande dans 110 camions et se trouve désormais en cours de remontage pour un démarrage de la production prévu début 2016. « C'était l'un de nos plus gros facteurs de risques », analyse Jules Domenichini, qui estime qu'il faudra quelques mois pour monter à plein régime. La SCI vise un chiffre d'affaires de 55 à 60 millions d'euros en 2016, puis de 80 millions d'euros en 2017, avec un pari d'atteindre la rentabilité dès la première année. « Les clients sont là. Notre défi est plus de réaliser l'adéquation dans le processus industriel, afin de pouvoir produire 140.000 tonnes de pâte en 2017 », ajoute-t-il. Sous réserve d'investissements additionnels, la production pourrait monter dans un second temps jusqu'à 200.000 tonnes en fonction de la demande. « C'est une option que l'on étudiera le moment venu ».

Marie Lyan

Ecocis


(Voreppe) Dirigeant : Jean-Carlos Fernandez 10 salariés CA (prévisions 2016) : 55 M?

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