«L'IRT Jules Verne, c'est un peu à l'image de la fable du lièvre et de la tortue. Certains projets d'IRT sont partis très vite mais nous avons réussi à les doubler dans la dernière ligne droite». À l'image de Patrick Chedmail, directeur de l'école Centrale de Nantes, les porteurs du projet de l'IRT Jules Verne ne cachaient pas leur satisfaction au début du mois dernier lorsque le gouvernement a annoncé qu'il faisait partie des six retenus dans le cadre des Investissements d'avenir. Une vraie bouffée d'oxygène pour la région qui était passé au travers des premiers appels d'offres lancé par l'État: le projet d'IHU n'avait ainsi été sélectionné que comme «IHU prometteur», le projet d'Idex (Initiatives d'excellence) conduits par les grandes écoles et les universités de l'Ouest n'avait tout bonnement pas été retenu et la région avait été très faiblement dotée en Laboratoires d'excellence. Ces échecs sont au final plus que compensés par l'IRT Jules Verne qui constituait le projet, de loin, le plus significatif pour la R & D régionale. L'IRT vise en effet à faire émerger un pôle de référence mondiale en matière de technologies avancées de production, composites, métalliques et structures hybrides pour les secteurs de la navale, de l'aéronautique, de l'automobile et de l'énergie. C'est cette dimension multisectorielle qui a notamment permis à l'IRT Jules Verne d'intégrer la liste des six lauréats parmi les quinze candidatures présentées au programme Investissements d'avenir.
L'expérience du Technocampus
Autre argument de poids qui a permis à l'IRT ligérien de rafler la mise: le fait qu'il fédère grands groupes industriels (EADS, DCNS, STX, Alstom, etc.), PME, collectivités territoriales et acteurs académiques (Centrale, Écoles des Mines, Polytech, universités dont celle duMans, etc.). «On a surpris le jury en démontrant que l'on travaillait déjà tous ensemble au sein du Technocampus», argumente Yves Lecointe, président de l'Université de Nantes. Après les réjouissances, reste désormais à faire émerger cet IRT. Et le projet est colossal. Son budget prévisionnel se monte à 450M€, dont 150M€ apportés les industriels, autant par l'État, 60M€ pour la Région, etc. Il verra le jour à Bouguenais (44) à proximité du Technocampus, où il nécessitera la réalisation de 60.000m² de bâtiments dédiés à une dizaine de plate-formes technologiques, le Technocampus déjà existant constituant la première d'entre elles. Le Technocéan dédié à la construction navale et aux énergies marines devrait représenter la deuxième en regroupant 300 chercheurs, principalement de DCNS et de STX.
Incubateur d'intelligence
À ces plates-formes de R & D, viendra se greffer un campus universitaire de 13.000m² où plusieurs établissements (universités, Centrale, etc.) s'installeront pour développer des activités de formations initiales et de recherche. Un millier d'étudiants seront regroupés à terme sur place dans ce qui s'appellera le West Composite Park. «Le potentiel de développement de l'IRT est bien plus fort que l'on imaginait nous-même au début. Ce sera un incubateur d'intelligence au service de l'innovation», indique Bruno Hug de Larauze, président de la CCIR des Pays de la Loire.
5.000 nouveaux emplois
Localement, l'IRT Jules Verne prévoit de générer dans les dix prochaines années 5.000 emplois qualifiés et la création d'une vingtaine d'entreprises de technologies innovantes. Pour le futur institut nantais, le premier enjeu est désormais de mettre en place sa gouvernance. Sous le statut de Fondation de coopération scientifique, cette gouvernance s'appuiera dans un premier temps sur le noyau dur du pôle de compétitivité EMC2. Les porteurs du projet l'assurent, les PME seront partie prenante de cette gouvernance; son conseil d'administration s'appuiera sur un Comité PME chargé de s'assurer que leurs besoins technologiques et scientifiques seront bien pris en compte. Autant de promesses qui attendent désormais confirmation afin de pouvoir donner un avantage compétitif aux entreprises régionales.
R & D L'IRT (Institut de recherche technologique) Jules Verne à Nantes a été retenu par l'État dans le cadre du programme Investissements d'avenir. La structure permettra l'émergence auMans du futur Institut européen d'acoustique.