Fusion. Un mot aura peut-être suffi à changer le cours de l'histoire. Lors de la dernière assemblée générale de Bretagne International, en juillet, Jean-Yves Le Drian a ouvertement évoqué les projets de rapprochement entre CCI International et Bretagne International, les deux opérateurs oeuvrant au développement de l'export breton. Quand on connaît la bataille - pour ne pas dire guerre - à laquelle se mènent les deux structures depuis des années, on mesure le poids de ce mot, fusion. L'interprétation des propos du président de Région par les différents acteurs montre d'ailleurs à quel point le chemin menant à une réconciliation reste sinueux. Interrogé par nos soins, Alain Daher, président de la toute nouvelle CCI régionale évoque ainsi «un rapprochement qui peut aller jusqu'à la fusion. Je ne renie pas ce nom, mais on verra bien jusqu'où on peut aller.» Dans l'entourage de Bretagne International - bras armé rappelons-le de la Région en matière d'export - on commente plutôt «un mot malheureux de Jean-Yves Le Drian, qui a parlé trop vite.»
Vraie gaffe ou coup politique?
On le voit, dans cette affaire, tout le monde marche sur des oeufs. Pour autant, vraie gaffe ou réel coup politique, Jean-Yves Le Drian a dévoilé au grand jour, et certainement accéléré, un mouvement qui se trame depuis quelque temps déjà. «Cela fait quatre ou cinq mois que nous avons entamé des pourparlers avec Jean-Yves Le Drian, partant de la logique que deux outils qui se font concurrence pour la Bretagne à l'international, c'est tout sauf ce que souhaitent les entreprises», explique Alain Daher. «On se parle pour voir comment construire un système commun, créer une structure entre les deux structures confirme Bernard Angot, président de Bretagne International. C'est de la cuisine juridique mais l'objectif principal c'est qu'on se mette d'accord sur la volonté commune de travailler ensemble. Et cette volonté existe.»
Influence du Medef
Mais qu'a-t-il bien pu se passer pour que, d'un coup de baguette magique politique, on arrive à un tel processus? Lors de l'AG de Bretagne International, Jean-Yves Le Drian a évoqué «une fenêtre de tir». Et c'est vrai que, en cette année 2011, les conditions semblent être réunies. D'abord, ce n'est pas qu'un détail, Jean-Yves Le Drian n'est pas en fin de mandat. Il a donc une marge de manoeuvre pour faire pression. Ensuite, les CCI sont en pleine réforme. Et dans la même veine, l'accord de partenariat en Bretagne entre Ubifrance (structure étatique d'aide à l'export) et CCI International doit être reconduit en fin d'année. Enfin, Bernard Angot, président de Bretagne International depuis dix ans, n'a jamais caché son souhait de passer le témoin. Un autre élément à ne pas négliger aura permis de renouer les fils du dialogue: le Medef Bretagne et son président Patrick Caré. «C'est le Medef qui a convaincu Bernard Angot d'accepter», confie un bon connaisseur du dossier. Patrick Caré ne renie pas son rôle. «J'ai participé dans différentes rencontres à faire en sorte que cela oeuvre dans ce sens-là, nous indique le président du Medef Bretagne. Je fais partie de Bretagne International et j'ai la chance de connaître Alain Daher. Avant qu'il soit élu (à la CCIR, ndlr), on en avait parlé.»
45 collaborateurs, 5 à 7M€
Quant au terme de fusion, Patrick Caré, comme les autres, veut rester prudent. «Que Jean-Yves Le Drian soit allé plus loin en parlant de fusion, c'est sa façon de faire à lui. Mais on était tous d'accord pour des rapprochements. Et au final, c'est bien qu'il l'ait dit comme ça. Même si, pour moi, c'est un peu tôt.» Quoi qu'il en soit, l'ambition de construire une superstructure rassemblant toutes les forces bretonnes de l'international semble désormais partagée par tous. Et c'est vrai que, sur le papier, le projet fait rêver. Quarante-cinq collaborateurs (25 pour BI et 20 pour CCI International) pour un budget que l'on peut estimer à 5 ou 7M€. La Bretagne aurait, enfin, l'outil qu'elle mérite dans un domaine, l'export, qui reste son talon d'Achille. Avec un souhait pour Bernard Angot: «que chacune des CCI en Bretagne dispose à terme d'un point international totalement dédié à ce sujet, avec un chargé d'affaires.»
Équipe bretonne de l'export
Côté timing, la fin de l'année a été annoncée par Jean-Yves Le Drian pour avancer sur ce dossier. Avec l'objectif de présenter, lors de la prochaine AG de ce qui ne sera peut-être plus BI, en 2012, la nouvelle structure. D'ici là, il faudra trouver quelqu'un pour incarner l'international breton (lire encadré). Et puis aussi un nom. Un groupe de travail formé de chefs d'entreprises, dont Patrick Caré, planche sur le sujet. S'agissant du nom, Jean-Yves Le Drian leur a toutefois déjà donné des pistes de réflexion en parlant d'"Équipe bretonne de l'export". Espérons désormais que ce "Team" ne finisse pas par un fiasco à la Knysna. Du nom de l'épisode douloureux offert par l'équipe de France de football 2010...
Un coup de tonnerre. C'est l'effet suscité par Jean-Yves Le Drian lorsqu'il annonce une «fusion» entre CCI International et Bretagne International.
Voulu ou non, ce terme aura au moins une vertu: tirer un trait sur une situation que les entreprises bretonnes ne souhaitent plus voir perdurer.