Industrie : Pourquoi ils rapatrient leurs productions dans la région
# Conjoncture

Industrie : Pourquoi ils rapatrient leurs productions dans la région

Problème de qualité, manque de réactivité, volonté d'afficher du « Made in France... Plusieurs PME ont récemment rapatrié leurs productions des pays à bas coût vers les Pays de la Loire. Épiphénomène ou réelle tendance? Une chose est sûre, les arguments du retour au produire local sont légion.

« Tous les véhicules avaient un défaut »




Bellier Automobiles

Niché sur la côte vendéenne, à Talmont-Saint-Hilaire, Bellier Automobiles a lancé en février un nouveau modèle de voiture sans permis, sa spécialité depuis 1968. Sa « B8 » revendique une fabrication française, tout comme son autre produit phare, un petit utilitaire. Mais cela n'a pas toujours été le cas. Comme beaucoup d'industriels, la PME de 25 salariés (4 M€ de CA en 2013) a été séduite par les sirènes de la délocalisation. L'ancien modèle était réalisé à 85 % en Chine, avant d'arriver en Vendée où il finissait d'être monté. « Sauf qu'à l'arrivé, tous les véhicules avaient un défaut de qualité », raconte Aurélien Jardin, responsable du site de production de Talmont (photo). Il fallait reprendre intégralement la carrosserie, poncer, repeindre, donc démonter puis remonter les pièces. Cela représentait jusqu'à 20h de travail ». La direction tente de corriger le tir en envoyant quelqu'un sur place pour faire opérer des contrôles, mais à son départ, le niveau rechute. L'expérience chinoise dure environ cinq ans. En reprenant la PME en 2010, le groupe Neuvessel décide de rapatrier la production. Aujourd'hui, ses fournisseurs s'appellent Gréau Polyester (Vendée), Team Plastique ou Thermo-Ouest (Loire-Atlantique).

« Les coûts ont augmenté en Asie »




EGT Partners

Le distributeur de mobiliers et d'accessoires de jardin EGT Partners (240 salariés, 64 M€ de CA) s'est longtemps approvisionné en Chine, mais fabrique depuis peu une partie de ses produits en France. Lorsqu'il reprend l'entreprise en 1997, son codirigeant Bertrand Thomas (photo) cherche « des fournisseurs capables de livrer d'importants volumes dans des délais très courts avant la saison, afin d'éviter les difficultés de gestion et financement de stocks ». EGT Partners signe alors des partenariats en Chine. Un succès. La société passe de 18 à plus de 200 salariés. Mais en 2012, le contexte change. « Avec la baisse de la consommation en Europe, des usines chinoises ont préféré se concentrer sur leur marché intérieur, expliquait Bertrand Thomas en 2013. S'y ajoute l'augmentation des coûts : variation du taux de change, des salaires multipliés par deux à quatre, un prix du transport maritime en hausse de 30 %... ». Face à cette nouvelle donne, EGT décide de miser sur la France. Ces dernières années, la PME vendéenne a repris le fabricant de jardinières Sofradecor (54 salariés), puis un fabricant de serres dans les Deux-Sèvres. « Une démarche sociétale »




Sirena Voile

En 2014, le constructeur de catamarans de sport Sirena Voile a rapatrié en Loire-Atlantique la fabrication des trampolines équipant ses bateaux, dont la production était auparavant réalisée en Asie. Il a ainsi créé cinq emplois à Guérande. « Alors que nous sous-traitions 100 % de notre production, notre objectif, dans les cinq années à venir, est d'en rapatrier 50 % sur notre territoire pour créer de l'emploi à Guérande et dans la région. Cette relocalisation s'inscrit dans une démarche sociétale plus vaste qui vise à développer notre empreinte locale. En achetant des bateaux Sirena, les clients achètent utile et responsable. Ils favorisent ainsi la création de richesses locales et contribuent à la sauvegarde de notre modèle social », explique Pierre-Yves Robin, dirigeant de l'entreprise de onze salariés.

« Le risque de pillage»




SteamOne

Créateur parisien d'un « défroisseur de vêtements » à vapeur, SteamOne a lui aussi commencé par sous-traiter sa production en Chine... Avant de faire appel aux services de Variance Technologies, sur l'ancien site de FagorBrandt à Aizenay (Vendée), afin de sortir un premier modèle Made in France. Objectif : atteindre une production 100 % française d'ici trois à cinq ans. « Au départ, il fallait un prix très abordable pour attirer un distributeur français », indique David Gabison, confondateur de SteamOne. Ses arguments ? Il cite l'envie du Made in France, « un label international de qualité », le besoin de réactivité ou la variation du taux de change « qui a fait bondir le prix de revient de 25 % ces six derniers mois ». Mais même sans cela, le rapatriement s'imposait : « Si vous misez sur la R & D comme nous, vous risquez de vous faire piller votre savoir-faire là-bas, en dépit de tous les brevets et enveloppes INPI possibles », assure l'entrepreneur. « Gagner en réactivité »




Neopost

Fin 2014, le fabricant de machines à affranchir Neopost a relocalisé sur son usine sarthoise des productions auparavant sous-traitées en Malaisie. Pour son directeur Philippe Jan, cette réintégration de produits est censée permettre à Neopost de « gagner en réactivité sur la demande en machines haut de gamme. » Le groupe entendant aussi consolider son unique site de production français qui réalise 30 millions d'euros de chiffre d'affaires. L'usine du Lude, qui emploie 270 salariés dans le sud de la Sarthe, a bénéficié ainsi d'un investissement de 120.000 euros dans la création d'une nouvelle ligne dédiée à ces productions. « Une question d'image »




L'Atelier du Maroquinier

Lorsqu'il reprend la marque Renaud Pellegrino en 2010, Stéphane Soulet fabrique ses sacs dans son usine tunisienne. Seuls les finitions et le contrôle qualité sont effectués dans son atelier de La Chartre-sur-le Loir. En 2013, l'intégralité de la production de la marque est rapatriée en Sarthe. « C'est une question d'image. Je veux faire de Renaud Pellegrino une marque 100 % française. Bien sûr, produire en France coûte plus cher. Mais je crois qu'aujourd'hui on peut relocaliser l'activité pour retrouver de la qualité et de la réactivité. N'oublions pas que les temps et les coûts de transport sont devenus monstrueux », expliquait à l'époque le chef d'entreprise. L'Atelier du maroquinier a ainsi gagné 775 m² supplémentaires dédiés entièrement à la fabrication de sacs Renaud Pellegrino. Une quinzaine de personnes ont également été embauchées sur place. La PME sarthoise en emploie une trentaine et réalise sept millions d'euros de chiffre d'affaires.

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