Alors que Mittal veut abandonner deux fourneaux à Florange, la multinationale Tata va-t-elle venir chasser sur les terres rennaises de PSA? Le nº1 de ce conglomérat en Europe, Anwar Hasan, devait en tout cas être présent le 19octobre à la prochaine assemblée générale du comité Bretagne des conseillers du commerce extérieur (CCE) à Rennes. Mais l'intervention de Tata a été reportée à 2013. Officiellement parce que le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian et son successeur à la présidence de Région Pierrick Massiot ont d'autres obligations. Ils seront en effet présents les 18 et 19octobre au congrès de l'Association des régions de France (ARF) à Lyon.
Un contexte social explosif
Une incompatibilité d'agenda qui, d'un point de vue protocolaire et diplomatique, exclut la venue de hautes personnalités indiennes. «L'ambassadeur d'Inde en France ne se déplacera que s'il a en face de lui des représentants de l'État à la hauteur de son rang», décrypte le Morbihannais Jean-Pierre Rivery, président du comité Bretagne des conseillers du commerce extérieur en France. La venue d'un représentant d'un conglomérat aussi puissant que Tata Group (64milliards d'euros de chiffre d'affaires et 424.360 salariés) risquerait surtout d'être mal perçue, côté syndicats de salariés comme côté patronat. En particulier dans le contexte social actuel en Bretagne. Une situation explosive, avec un millier de supressions de postes chez Doux et 1.400 chez PSA Rennes-La Janais. L'équipementier automobile Cooper Standard (ex-Barre Thomas) recevait d'ailleurs fin septembre à Rennes des représentants du constructeur automobile indien Mahindra, qui vend environ 40.000 véhicules par mois dans son pays. Une confirmation de l'intérêt grandissant des Indiens pour la Bretagne. Mais l'arrivée sur le marché français de modèles de voitures ultra low-cost comme Tata Motors en a développé avec la Nano (un véhicule à 2.100euros) ne manquerait en tout cas pas de provoquer des tensions chez les constructeurs. «Au sein de notre groupe de conseillers du commerce extérieur, certains se sont demandés s'il était bien raisonnable de faire venir Tata en Bretagne, si cela n'allait pas créer un malaise», confirme le Morlaisien Jean-Claude Breton, conseiller au commerce extérieur. «Il n'y aurait en tout cas aucune gêne du côté de Tata.»
Précédents de Fiat et Jaguar
L'actuel "big boss" Ratan Tata est en effet un habitué du salon de l'auto, qui se déroule jusqu'au 14octobre porte de Versailles. Même si sa Nano s'avère un véhicule difficile à homologuer selon nos normes de sécurité. Et s'il s'est avéré un relatif échec en Inde même, où les anciens pauvres ne se rêvent pas en nouveaux riches avec un véhicule bas de gamme. Tata a en tout cas déjà prouvé son aptitude à faire des affaires avec les Occidentaux. Après une alliance industrielle avec l'italien Fiat, Tata n'a pas hésité à racheter les joyaux de la couronne Jaguar et Land Rover au constructeur américain Ford. «Il ne faut pas occulter les autres facettes du groupe Tata», tient à préciser Jean-Pierre Rivery. «On parle souvent de Mittal pour l'acier mais Tata en fait aussi, tout comme de la chimie, du thé...» Près d'une centaine de sociétés composent Tata, qui a su également croître dans les télécommunications (il est le premier fournisseur de téléphonie internationale) ou les services informatiques avec Tata Consultancy Services. «C'est vraiment plus un conglomérat qu'un groupe car la holding Tata Sons n'est jamais à 100% dans aucune pseudo-filiale etest même loin d'être majoritaire la plupart du temps, sauf dans le cas de Tata Consultancy Services», analyse un expert. L'empire est pourtant implanté dans plus de 80 pays dans le monde. En Europe, Tata est d'ailleurs très présent. Commonwealth oblige, surtout en Grande-Bretagne où ses 19 compagnies emploient 45.000 personnes. D'après Le Figaro, c'est aujourd'hui le premier industriel en Grande-Bretagne, devant British Aerospace. On retrouve aussi sa trace en France: outre une présence via Jaguar/Land Rover, Tata Steel est implanté en Lorraine, Paris accueillant Tata Elxsi (logiciels embarqués) et Tata Communications (câbles télécoms), dont le dirigeant Claude Sassoulas est français. Quant à ATC Consulting, son siège est à La Défense.
«Méconnaissance mutuelle»
Pourtant Tata n'est pas en Bretagne. «Alors que les trois grands pôles de compétitivité bretons (Ndlr: Images et Réseaux, Valorial et Mer Bretagne; l'ex-pôle automobile haut de gamme devenu ID4Car étant piloté avec Nantes) sont tout à fait pertinents pour eux», note Jean-Claude Breton. «Mais il y a une méconnaissance mutuelle entre nous et Tata. Ils ne se sentent pour l'instant pas à l'aise en France car on n'y parle pas bien anglais et ils y perçoivent les pesanteurs d'une certaine forme de bureaucratie.» Alors aventure d'un soir ou mariage sur le long terme? Dans cette union Tata/Bretagne Jean-Claude Breton joue en tout cas un rôle d'entremetteur majeur. Ancien de chez Total qu'il a représenté en Inde de 1995 à 2003, il est un interlocuteur privilégié de Ratan Tata, dont il a assisté à l'avènement international ces dernières années. Le dirigeant indien a déjà annoncé qu'il se retirait des affaires. C'est Cyrus Mistry, 43 ans, fils d'un entrepreneur irlandais d'origine indienne, qui doit lui succéder officiellement fin 2012. Célibataire, Ratan Tata n'a en effet pas de descendants pour lui succéder. Ce sera donc l'un de ses bras droits qui, en 2013, rendra visite, cette fois dans le cadre d'un évènement dédié, au monde économique breton au World Trade Center à Rennes.
COMMERCE EXTerieur La Bretagne semble intéresser le conglomérat indien Tata. Un de ses hauts dirigeants a même failli venir à Rennes en octobre. Une visite stratégique en plein big bang agroalimentaire et automobile.