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'agglo d'Angers a perdu un tiers de ses emplois industriels en 15 ans, soit 6.000 salariés...
Ce que l'on vit aujourd'hui est le résultat de ce qui s'est passé avant. Il y a une longue tradition industrielle à Angers avec les ardoisières, les liquoristes... Puis de très grands groupes sont arrivés dans les années 60 et 70 : Thyssen, Valeo, Artus, Bull... Il y a eu de grandes vagues de licenciement, mais ces grands groupes ont essaimé sur le territoire, notamment en sous-traitance. Ces entreprises existent toujours. Et n'oublions pas qu'Angers est ville-centre, à ce titre elle concentre désormais beaucoup d'emplois administratifs. 15 % des emplois sur l'agglo (13.390 salariés) sont industriels pour 25 % sur le reste du département. Il faut pouvoir s'adapter à ces changements brutaux. Il y a 20 ans, nous avions 20.000 salariés dans l'électronique grand public sur l'agglo. Aujourd'hui, la filière emploie environ le même nombre de gens, mais elle est devenue régionale et professionnelle.
Quelles sont les forces de l'industrie angevine ?
Nous avons la chance de ne pas être dépendant d'un secteur. Nous avons beaucoup de sous-traitants en mécanique, tôlerie fine, électronique avec une majorité d'acteurs qui sont multi-filières. Nous avons des champions du monde sur notre territoire dans les secteurs de l'aéronautique, de l'électronique, du luxe avec des PME qui de plus en plus passent de sous-traitant à " apporteur de solutions ".
Angers est-elle un territoire d'avenir pour l'industrie ?
Je dis trois fois oui ! On a toutes les conditions pour réussir à Angers, mais cela passe par la politique et de véritables visions stratégiques à long terme. Il y a une vraie volonté de la part de l'agglo de disposer de réserves foncières et immobilières. Pour moi, la bataille de l'exogène est un peu perdue d'avance, tous les territoires sont en compétition. Nous devons favoriser les entreprises existantes en les aidant à se développer. Notre avenir industriel passe aussi par la chaîne d'approvisionnement, les transports... Je suis confiant, mais nous devons rester vigilants et solidaires. Nous sommes aujourd'hui mobilisés pour travailler ensemble. Et puis, il y a de bonnes nouvelles comme l'implantation de la Cité de l'objet connecté à Angers. L'UIMM est acteur de cette Cité et on y croit dur comme fer !
Quels sont les défis auxquels sont confrontées les entreprises industrielles de l'agglo ?
Il y en a trois : la formation, le maintien des compétences en local et la zone d'influence de ces entreprises. Comment pérenniser nos savoir-faire, issus de notre passé industriel en tenant compte de la pyramide des âges ? Sur la question de la formation, nous souffrons toujours d'un déficit d'image. Les jeunes préfèrent le numérique à la mécanique... On note toutefois à ce sujet une légère amélioration. Dans notre centre de formation AFPI (pôle de formation des industries technologiques) à Beaucouzé, nous avons 1.100 apprentis du CAP au BTS, dont 300 nouveaux chaque année. Notre centre de formation régional, à Nantes, l'ITII forme des ingénieurs en apprentissage. Il y a évidemment des métiers en tension sur l'agglo comme ailleurs avec des entreprises obligées de refuser des marchés faute de main-d'oeuvre. Nous devons absolument trouver des réponses en matière de formation. Enfin, nous le savons, les grands marchés du futur seront à l'international. L'enjeu pour nos entreprises industrielles est de réfléchir à la manière d'élargir leurs zones de vente. Tout en se posant la question des savoir-faire et de la masse critique nécessaires pour intéresser les grands donneurs d'ordre.
Avec la perte du tiers de ses emplois industriels en 15 ans, l'agglo d'Angers table sur le déploiement de "nouvelles" filières comme l'électronique. Rencontre avec Olivier Jeanneau, délégué général de l'Union des industries de la métallurgie de Maine-et-Loire.