Maine-et-Loire
Horticulture : La filière prête à refleurir en Anjou
Maine-et-Loire # Agroalimentaire # Attractivité

Horticulture : La filière prête à refleurir en Anjou

Secteur emblématique de l'Anjou, l'horticulture continue à souffrir avec des entreprises historiques qui disparaissent. La filière se cherche un nouveau souffle en développant les mutualisations et en travaillant sur les attentes des consommateurs.

Activité historique de l'Anjou, l'horticulture est en crise depuis près d'une décennie. Particulièrement le secteur des pépiniéristes. Sur les derniers mois, plusieurs entreprises emblématiques du territoire ont mis la clé sous la porte : Gaignard Fleurs aux Ponts-de-Cé, les pépinières Levavasseur à Brain-sur-l'Authion... Sicamus, à Sainte-Gemmes-sur-Loire, numéro 1 de la distribution d'hortensias en Europe est en redressement depuis début janvier. Pointés du doigt, une concurrence étrangère « déloyale » avec des coûts de main-d'oeuvre bien en deçà de ceux des producteurs français, des collectivités qui investissent moins sur les végétaux, des modes de consommation qui ont changé... Toutefois, si tous les acteurs de la filière reconnaissent que la situation est difficile avec un marché français devenu compliqué, l'ensemble est hétérogène. « On ne peut pas nier que la filière est en souffrance avec une chute régulière du nombre d'entreprises, mais il y a des entreprises qui s'en sortent, tempère Gino Boismorin, directeur du pôle végétal angevin Végépolys. Je ne dis pas que la croissance est extraordinaire, mais elles résistent. » Certaines investissent même des sommes conséquentes à l'instar des pépinières Lesage (2 M€ de CA, 20 salariés) aux Ponts-de-Cé qui ont injecté en 2015 4,4 millions d'euros pour un nouveau site de production de plantes vivaces.

Disparition de 120 entreprises ligériennes en six ans

Une situation hétérogène donc mais des chiffres qui parlent d'eux-mêmes... Dans la région des Pays de la Loire, on recensait 438 entreprises horticoles en 2009 employant 4.700 personnes. En 2015, leur nombre est tombé à 318 avec une perte sèche de 800 emplois. Sur la période, le chiffre d'affaires de la filière a diminué de plus 40 millions d'euros pour atteindre 315 millions fin 2015 (chiffres Observatoire de l'horticulture et des pépinières). Un poids qui reste conséquent, notamment en Anjou où sont réalisés les 2/3 du CA et qui se revendique toujours comme « le premier département horticole français ». « Mais les choses évoluent très vite et le moral n'est pas très bon chez les producteurs, prévient Aurélie Andriot, animatrice de l'ARFHO, l'association régionale en charge de l'animation de la filière et de sa représentation auprès des institutionnels. Il y a de vrais besoins en matière d'investissements. Actuellement, les aides publiques sont essentiellement destinées à l'innovation ce qui ne répond pas à la problématique actuelle. Ces entreprises ont aujourd'hui surtout besoin de se moderniser... » Ou de repositionner leur activité. Un constat que fait Pascal Levavasseur, dirigeant des pépinières du même nom qui cessera complètement son activité dans quelques semaines.

« Nous n'étions plus dans la bonne gamme (NDLR jeunes plantes et plantes hors-sol pour les pépiniéristes). Ce qui était une mine d'or il y a 15-20 ans est devenu un poids. » Même son de cloche du côté de Gino Boismorin : « Les difficultés sont souvent liées à la nature de l'activité pratiquée. Les pépiniéristes sont les plus fragiles avec une forte concurrence européenne et la baisse du marché des grands investissements immobiliers. Les mono-producteurs souffrent aussi particulièrement. » L'enjeu est de les accompagner afin d'inverser ce processus : en les encourageant à innover notamment et en les mettant en lien avec d'autres secteurs comme le numérique par exemple pour améliorer leurs performances ou en les amenant à l'international sur quelques produits spécifiques alors qu'elles sont focalisées sur le marché national. L'avenir de l'horticulture ornementale passe aussi par des alliances, des partenariats entre ces entreprises...

Le collectif : une voie d'avenir

Au Bureau horticole régional (BHR) à Angers, on planche aussi sur des solutions collaboratives. « Avec la baisse du budget des collectivités, des habitudes de consommation qui ont changé depuis 20 ans, des jardins de plus en plus petits et un marché qui se resserre, on voit de plus en plus d'initiatives sur le territoire, notamment en terme de regroupements ou de mutualisation d'entreprises », explique Ghislain Bousseau. Des alliances qui semblent être une voie d'avenir pour l'horticulture. Du côté de la coopérative Fleuron d'Anjou (un peu plus de 20 M€ de CA) qui regroupe une centaine de producteurs essentiellement sur le Maine-et-Loire, c'est même une évidence. Leader sur le marché horticole français, la coopérative revendique sur ce volet un chiffre d'affaires 2016 (non communiqué) identique à celui de 2015 avec des surfaces cultivées en cours d'installation et annonce même une progression de son CA sur 2017. « C'est l'ensemble qui fait notre puissance, explique son président Christophe Thibault. Nous avons regroupé nos volumes, mutualisé la technique qualité, le marketing... Ça fait longtemps qu'on investit sur le long terme, c'est ce qui nous permet d'être encore sur le devant de la scène. Nous avons démarré un travail sur la logistique il y a cinq ans avec plusieurs opérateurs. Aujourd'hui, on va partout en France, 24 heures sur 24 comme de l'ultra-frais. Et puis, le système collectif nous donne la capacité d'être plus résistant grâce à nos fonds propres. »

Un consommateur longtemps oublié

Moins éduqué au végétal qu'hier, le consommateur souhaite désormais « une plante jolie et sans entretien, résume Aurélie Andriot. Et ce consommateur a finalement été identifié il y a très peu de temps... C'est un de nos axes de travail à l'ARFHO : comprendre ses attentes. » Et rentrer dans une logique de demande et non plus de simple offre. Au sein de Vegepolys, un living lab a été créé pour avancer sur ce sujet. On y réfléchit notamment sur le non-consommateur, celui qui vient en jardinerie par exemple et n'achète pas de plantes. Comment l'amener à consommer ? Quelle est sa perception des plantes ? Quel type de produit pourrait le séduire ? etc. « Il y a une mutation de la filière, il faut en être conscient et se positionner en fonction des attentes des consommateurs », avance Gino Boismorin. Et puis, il y a des choses qui marchent, des produits plus " tendance " comme les balcons en terrasse, les toits végétalisés.... « C'est un concept qui se développe et ça, c'est une bonne nouvelle pour l'ensemble de la filière », apprécie Ghislain Bousseau.

Maine-et-Loire # Agroalimentaire # Attractivité