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ves Sauvestre, où en est aujourd'hui l'entreprise qui a lancé en juillet2008 un plan de sauvegarde? Nous venons de sortir de ce plan de sauvegarde. Le plan de continuation a été validé le 19 janvier par le tribunal de commerce et le procureur de la République. Nous avons réalisé 3,6M€ de chiffre d'affaires en 2010 et sommes rentables. Durant cette période, nous avons divisé le point mort par deux. Mais je ne suis pas resté le nez collé dans le tableur et nous avons continué de développer l'entreprise sur de nouvelles bases.
Quels sont vos axes de développement?
Au-delà de l'aspect économique, notre démarche est aujourd'hui résolument orientée RSE (NDLR: responsabilité sociale de l'entreprise). Ensuite, la crise nous ayant démontré la dangerosité du caractère cyclique du marché de l'événementiel, nous avons décidé de nous appuyer sur notre qualité et notre innovation produit pour développer, à côté de notre activité historique, des métiers connexes.
Lesquels?
Nous allons proposer des produits semi-finis pour de nouveaux prestataires comme la restauration haut de gamme ou les épiceries fines. Pour cela, nous allons nous appuyer sur un nouveau site. Nous quitterons en effet le centre de Nantes dans le courant du premier semestre pour La Chevrolière où nous allons investir un bâtiment de 1.800m². Cela va nous permettre de rationaliser nos process internes-nous avions trois sites à Nantes- et de réduire nos charges tout en nous laissant la possibilité d'assurer nos développements futurs.
Revenons à la RSE. N'est ce pas paradoxal de se lancer dans cette démarche dans une période de difficultés?
La RSE n'est pas coûteuse. Au contraire, elle a été une source d'économies. Le tri des déchets nous a permis d'économiser 8.000€ par an, une gestion plus fine de l'éclairage, 4.500€, etc. Autre exemple:au niveau des pains surprise, nous proposons désormais un pain carré. Cela nous permet d'économiser de la matière première, de gagner 58% en temps de travail. C'est aussi plus esthétique et ne pose plus aucun problème niveau hygiène. La RSE, c'est juste du bon sens, des recettes de grand-mère et une volonté de faire. Cela correspond à ma vision de l'entreprise et c'est clairement ça qui nous porte aujourd'hui.
Que retenez-vous de la procédure de sauvegarde?
C'est un excellent processus, malheureusement trop peu connu et trop souvent assimilé à une fermeture d'entreprise. C'est ce qui nous a privés en 2010 de plus d'un million d'euros de chiffre d'affaires. Des clients qui avaient pourtant signé avec nous se sont en effet désistés, apeurés par certains de nos confrères pour le moins inélégants. La sauvegarde, il ne faut pas croire que c'est la facilité. Dans cette procédure, on doit rendre compte à tout le monde, à l'administrateur judiciaire, au tribunal de commerce. Cela engendre une forte pression sur le dirigeant qui se retrouve encore plus seul qu'avant, même si j'ai bénéficié d'un énorme soutien du tribunal de commerce et de plusieurs conseils. J'ai dû faire un gros travail de communication en interne et en externe. J'ai par exemple appelé chacun de mes 210 fournisseurs. Il faut communiquer, expliquer. L'échange direct est toujours mieux que l'ouï-dire.
On sent que cet épisode a été éprouvant...
Cela a été une vraie épreuve. La facilité aurait été de jeter l'éponge. Sur un plan personnel, j'aurais été économiquement dans une situation plus confortable. Sauf qu'il y aurait soixante familles sur le carreau... C'est une affaire de conviction et, moi, je veux que cette boîte continue d'exister. On est loin d'être rendu, on est juste au début d'un nouveau chemin. Et les résultats en ce début d'année sont très encourageants.
RESTAURATION Événementielle Confronté à une baisse de 40% de son chiffre d'affaires en deux ans, Yves Sauvestre, P-dg de Hébel Traiteur, relève la tête.