Le grand emprunt a déjà fait couler beaucoup d'encre. Pourtant, il n'a toujours pas été validé par le chef de l'État, qui devrait annoncer sa décision début décembre. En attendant, la commission Juppé-Rocard a estimé à 35 mds d'euros le montant nécessaire et défini sept priorités pour investir les fonds levés. De leurs côtés, les syndicats patronaux veulent aussi faire entendre leurs voix: «Oui au grand emprunt, mais uniquement si certains principes sont respectés». Medef et CGPME ont présenté leurs conditions au niveau national. Quelques jours plus tard, les chefs d'entreprises locaux, unis sous la bannière de l'Union patronale du Var, ont apporté leur soutien à l'idée d'un grand emprunt et proposé une vraie stratégie pour son utilisation. À savoir qu'il faut impérativement concentrer les efforts financiers sur des secteurs stratégiques et «éviter un saupoudrage fatal à une adaptation pérenne de notre économie à l'évolution mondiale», selon Joël Martin, président de la CGPME du Var.
Au service d'une politique industrielle ambitieuse
Plus précisément, Gérard Cerruti, au nom du Medef, propose «que les décisions soient prises en étroite concertation avec le monde des entreprises et en laissant le marché jouer son rôle». Quant à la destination du grand emprunt, le président de l'UPV a déclaré que s'il ne doit y avoir qu'une seule mesure à prendre avec l'argent ainsi dégagé, c'est «celle de renforcer les fonds propres des PME». Concernant les secteurs à viser en priorité, Joël Martin et Gérard Cerruti ont tous deux souhaité que la politique industrielle de la France soit au coeur de ce grand emprunt. «L'industrie demeure une composante clé de notre économie. Par ailleurs, les entreprises industrielles exercent, de différentes façons, un effet d'entraînement sur l'ensemble de l'activité, et 70% des entreprises de services dépendent aujourd'hui de l'industrie», a constaté Joël Martin. Il a également rappelé que «la compétitivité française ne cesse de se dégrader depuis 20 ans, la France se situant à la 28e place du dernier classement des pays les plus compétitifs en 2009, contre la 12e en 1992».
30mds pour 6 secteurs clés
Pour les deux présidents, le grand emprunt doit se mettre au service d'une vision industrielle ambitieuse. La CGPME propose donc d'injecter 30mds d'euros dans le développement des infrastructures numériques et d'un réseau électrique intelligent et performant et dans les quatre marchés du futur que sont l'e-santé, l'éco-responsabilité énergétique et l'économie verte, les routes intelligentes et la sécurisation des échanges dématérialisés. Si ces propositions sont entendues, le syndicat estime que ce sont 541.000 emplois qui pourront être sauvegardés ou créés.
Avant que le Président de la République ne prenne sa décision finale sur le grand emprunt, les syndicats patronaux apportent leurs points de vue de chefs d'entreprises et appellent au respect de certaines conditions.