Goodman prépare un projet d'envergure dans les Hauts-de-France. Le spécialiste australien de l'immobilier logistique souhaite reconvertir une partie de l'ancienne friche Stora Enso, située à cheval sur les communes de Brebières et Corbehem, pour y développer un campus de data centers.
Le programme envisagé comprend quatre bâtiments d'environ 25 000 m² chacun, soit près de 100 000 m² de surfaces. Avec une hauteur pouvant atteindre une trentaine de mètres, chaque unité développerait une puissance de 60 à 72 MW.
Au total, le campus atteindrait ainsi une puissance électrique de 264 MW, ce qui placerait l'installation parmi les projets de data centers de très grande capacité.
Entre 300 et 350 emplois attendus
L'impact économique constitue l'un des principaux arguments avancés en faveur du projet. Une fois l'ensemble du campus opérationnel, Goodman prévoit la création de 300 à 350 emplois directs.
La phase de chantier pourrait également générer ou mobiliser environ 500 emplois induits.
Le projet bénéficie à ce titre du soutien de plusieurs élus locaux. Au-delà de l'emploi, ils mettent en avant la reconversion d'une ancienne friche industrielle ainsi que les nouvelles recettes fiscales susceptibles d'être générées pour le territoire, notamment à travers les taxes foncière et d'aménagement.
Le montant total de l'investissement n'est toutefois pas communiqué à ce stade. Compte tenu de la taille et de la puissance du projet, il serait tentant d'en déduire un investissement de plusieurs milliards d'euros, mais je ne mettrais aucun chiffre sans annonce officielle de Goodman.
Un important raccordement électrique à construire
Les besoins énergétiques du campus nécessiteront des infrastructures spécifiques. Le projet prévoit notamment deux lignes électriques souterraines de 225 000 volts, qui devront franchir la Scarpe.
Elles alimenteraient le campus depuis un nouveau poste électrique prévu à Noyelles-sous-Bellonne, lui-même raccordé à la ligne à très haute tension Gavrelle-Dechy.
Le calendrier du raccordement confié à RTE s'étendrait de 2027 à 2029, avec une mise en service envisagée à la fin de 2029.
Une production photovoltaïque est également envisagée. Pour garantir la continuité de fonctionnement des installations, le projet comprendrait cependant 212 groupes électrogènes de secours, associés à d'importantes capacités de stockage de carburant.
L’autorité environnementale demande des ajustements
Le projet n'est pas encore définitivement validé. Dans son avis rendu le 11 août 2026, la Mission régionale d'autorité environnementale des Hauts-de-France a demandé plusieurs compléments.
L'un des principaux enjeux porte sur la consommation énergétique et les émissions. Les émissions associées au projet sont évaluées à environ 116 050 tonnes de CO₂ par an, alors que les objectifs régionaux prévoient une réduction de 51 % des émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2031.
L'autorité environnementale demande ainsi au porteur du projet de mieux démontrer les efforts de sobriété énergétique envisagés.
D'autres réserves concernent la gestion des eaux pluviales en raison du risque de remontée de nappe et l'évaluation des conséquences du projet sur le trafic routier.
Une enquête publique est prévue à l'automne 2026.
Un développement jusqu’en 2036
Si les différentes autorisations sont obtenues, Goodman envisage un développement progressif sur près d'une décennie.
Après les travaux électriques prévus entre 2027 et 2029, le premier data center pourrait entrer en service début 2030. Les trois autres bâtiments seraient ensuite progressivement réalisés et mis en exploitation jusqu'en 2036.
Le projet constituerait ainsi une transformation majeure de l'ancienne friche Stora Enso et renforcerait le positionnement des Hauts-de-France sur le marché en forte croissance des infrastructures numériques et des data centers.
Mais son ampleur énergétique signifie également que son avenir dépendra largement des réponses apportées par Goodman aux réserves environnementales et de l'issue des prochaines procédures administratives.