C
onstatez-vous aussi une reprise de l'intérim régional à votre échelle ? Oui, l'intérim repart. Les chiffres sont bons. L'activité reprenant, les grands donneurs relancent leurs recrutements, le bâtiment est reparti, mais cela ne veut pas dire que tout va bien... Ça va mieux, mais la situation continue à être difficile, compte tenu du manque de visibilité, d'une main-d'oeuvre pénurique et de prix tirés. Notre problème, ce n'est pas de trouver les offres d'emploi mais les intérimaires.
Pourquoi une telle situation ?
Il y a un vrai problème de recrutement ; 15 à 18 % de nos contrats ne sont pas servis faute de profils. Il y a quelques années, il nous fallait dix minutes pour trouver un manutentionnaire ; aujourd'hui, il nous faut deux heures... C'est un vrai souci qui va crescendo depuis cinq ans. La France compte aujourd'hui quelque 500.000 intérimaires. Nous en avons perdu 200.000 !
Comment l'intérim est-il perçu aujourd'hui ?
Le travail temporaire est devenu une méthode de gestion des ressources humaines dans une entreprise. Auparavant, il était une variable d'ajustement. Les entreprises recrutent aujourd'hui par ce biais. Je ne vois pas d'entreprise en France qui n'a pas besoin, à un moment donné, d'avoir recours au travail temporaire. Notre métier est de remettre des gens dans l'emploi. Chaque année, nous transformons 10 à 12 % de nos postes intérimaires en CDI. Nous sommes une bonne marche, un tremplin, vers le monde de l'emploi.
Que faudrait-il alors pour relancer complètement la machine ? Si les démarches de recrutement étaient vraiment facilitées, nous aurions un appel d'air positif sur l'emploi. Les marchés, nous les avons ! Je pense que l'Éducation nationale n'a jamais fait son boulot non plus pour assurer des formations en adéquation avec le marché du travail.
Que pensez-vous de la loi Travail dont l'objet était justement de simplifier l'employabilité ? La première version de cette loi était intéressante... Sa nouvelle mouture n'a aucun intérêt pour les entreprises, voire même elle leur complique la tâche. Nous étions partis d'une très bonne base, mais tous les points positifs ont été retirés et le Sénat va encore la vider de sa substance. Les syndicats ont une vraie responsabilité. Une minorité fait la loi. La France est un pays « irréformable ». Tant que les lois seront faites par des gens qui ne connaissent pas les entreprises, ce pays n'avancera pas.
Quelle serait la bonne loi Travail selon votre version ? C'est la version de la libéralisation des règles. Ce sont aux entreprises de créer les règles, de définir leur temps de travail... Il faut réécrire les règles en laissant de la liberté à l'entreprise.
Quels sont les projets de votre groupe Gerinter ? Nous avons aujourd'hui 13 agences sur les quatre départements bretons. Saint-Malo est la dernière ouverte en 2012. Gerinter compte 45 salariés pour 1.050 à 1.200 ETP en intérim (Ndlr, il est descendu à 800 au plus fort de la crise, mais est aussi monté à 1.500 ETP). Nous ne nous empêchons aucun développement pour 2017-2018, mais pas à plus de 2 h 30 de voiture de la Bretagne, vers Angers, Tours, Le Mans, La Rochelle...
Vous êtes partenaire du Tour de Bretagne cycliste pour trois ans, pourquoi ce choix de sponsoring sportif ?
Je n'ai pas choisi le cyclisme mais le Tour de Bretagne, c'est différent. C'est le seul événement sportif qui passe dans tous les départements bretons, le seul sport populaire qui touche toutes les populations et qui rapproche autant. La montée de Dinan, c'est un peu notre Alpe-d'Huez... Une vraie renommée ! Il s'agit d'une institution créée par des passionnés, comme nous, et portée par des bénévoles qui s'investissent beaucoup. C'est un chaudron dans lequel il y a un intérêt à mettre les pieds, en terme de réseau notamment. Avec le Tour de Bretagne, Gerinter a un lien fort vers l'extérieur et fédère ses salariés à l'intérieur.
Propos recueillis par Géry Bertrande
ENTRETIEN Emploi, loi Travail, actualités de son entreprise... Eric du Mottay, à la tête du groupe rennais Gerinter (CA : 40 M?) leader de l'intérim en Bretagne, sort du bois et revient pour Le Journal des entreprises sur ce qui fait l'économie locale. Tour d'horizon.