French Tech : Que vaut encore le label ?
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French Tech : Que vaut encore le label ?

Le troisième appel à candidatures French Tech voit postuler Le Mans, La Roche-sur-Yon et Laval. Trois agglomérations décidées à ne pas laisser passer leur chance, après les labellisations de Nantes et Angers. Cette course au label a-t-elle encore un sens ?

Photo : Cédric Menuet - Le Journal des entreprises

S'il y a un train à ne pas rater pour les collectivités cette année, c'est bien celui de la French Tech. Le troisième appel à candidatures pour l'obtention du label a vu émerger en Pays de la Loire les candidatures du Mans, de La Roche-sur-Yon et de Laval. Trois agglomérations qui entendent exister à côté de Nantes, labéllisée en 2014, et Angers, adoubée en 2015 sur le thème des objets connectés par François Hollande en personne. Car le jeu en vaut la chandelle. Lancé en 2013 par le Ministère de l'économie, ce label entend fédérer les entreprises du numérique au sein d'un réseau à visibilité nationale et internationale. Le dispositif s'est ainsi doté d'une capacité d'investissement de 200 millions d'euros, destinée à financer l'incubation de start-up dans les territoires. 13 métropoles ont déjà obtenu le fameux sésame, ainsi que 4 territoires sous la mention écosystèmes thématiques. Les trois nouvelles candidatures ligériennes entendent ainsi valoriser leur tissu économique respectif en se positionnant sur des domaines d'expertise qui leur sont propres. Laval candidate donc sur le thème de la réalité virtuelle, La Roche-sur-Yon se positionne autour des réseaux intelligents, et Le Mans sur la question des nouvelles mobilités. Un choix dicté par la présence sur son territoire d'un tissu d'industriels liés à l'automobile et au ferroviaire ainsi qu'une filière numérique structurée. « C'est l'opportunité d'attirer de nouvelles sociétés dans le domaine de la mobilité. Des partenaires et des clients futurs pour l'industrie locale », souligne Éric Gérondeau, directeur des sites STMicroelectronics du Mans et de Rennes et membre du comité de pilotage du projet.

Un accélérateur industriel

L'entreprise d'électronique est en effet le parrain industriel du dossier French Tech sarthois, également soutenu par Le Mans Développement, la CCI et la Ruche numérique. « Pour nous, industriels, la French Tech permettra de faire le lien avec les acteurs de l'économie numérique et de développer de nouveaux partenariats avec les laboratoires locaux, notamment sur les thématiques de l'acoustique », poursuit Éric Gérondeau. La finalité étant toutefois la visibilité groupée à l'international de ce réseau French Tech. Et ça marche. Du moins à Angers où la French Tech s'est fédérée au sein d'un lieu, la Cité de l'objet connecté. « Tout le monde vient nous voir. La cité reçoit une à deux délégations étrangères par semaine venant d'Algérie, de Singapour, d'Arabie Saoudite, d'Israël ou Afrique du Sud. C'est le signe d'un vrai changement d'image du territoire, en pointe sur les technologies », s'enthousiasme Michel Perrinet, délégué territorial d'Angers French Tech.

Obligation d'y aller ?

Derrière ce concert de cocoricos, difficile de trouver une voix dissonante. Professeur en géopolitique et économie de la connaissance à l'École centrale et chercheur à l'université de Stanford et au CNRS, Idriss J. Aberkane est un opposant déclaré à la French Tech. « Ce label a tous les vices des pouvoirs publics. On clame haut et fort que l'on est les meilleurs, alors qu'il n'existe aucune évaluation du dispositif. C'est de la démagogie, d'autant que se passer de la French Tech, c'est aussi se priver de subventions. » Un point que ne dément pas Nathalie Gosselin, adjointe à l'économie numérique (LR) de la Roche-sur-Yon, à l'initiative de la candidature vendéenne. « Sans ce label, il sera plus difficile pour nos start-up de lever des fonds, en particulier de la part de Bpifrance, qui finance l'innovation. Aujourd'hui, on ne peut pas ne pas y être. D'autant qu'avec les French Tech d'Angers, Nantes et Rennes d'un côté et de Bordeaux de l'autre, c'est moins évident d'attirer un porteur de projet aujourd'hui. »

Photo : Cédric Menuet Le Journal des entreprises

Avec ces vagues de labellisation successives se pose également la question de la qualité du label French Tech. « Je m'inscris en faux. Plus il y a de territoires labellisés, plus on additionne nos forces ce qui nous apporte davantage de visibilité à l'international Beaucoup de territoires, à l'instar du Mans, ont une légitimité sur un sujet plus restreint avec donc un positionnement différenciant », souligne l'Angevin Michel Perrinet. À les entendre, les supporters de la French Tech ne comptent pas sur une guerre des territoires. Reste que l'accueil des start-up est au coeur de la stratégie d'attractivité de ces agglomérations. En cas de succès de sa candidature, Le Mans pourrait même se doter d'une cité de l'innovation. Un lieu dédié à l'incubation et à l'accélération de start-up, y compris positionnées hors des champs des nouvelles mobilités. « Cette candidature est une brique dans la politique numérique de Le Mans Métropole. Nous lancerons cette cité avec la labellisation French Tech pour booster le nombre de start-up au Mans », précise Olivier Biencourt, vice-président de Le Mans Métropole, en charge du développement économique. La liste des dix lauréats French Tech sera connue fin juin.

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