La visite en Anjou de Myriam El Khomri, la ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, prévue depuis plusieurs jours, a été quelque peu chamboulée avec la présence d'un invité surprise, François Hollande. Un invité de presque dernière minute puisque la nouvelle a été annoncée seulement l'avant-veille à la Préfecture...et à Sébastien Ripoche, dirigeant de l'entreprise APMA (Atelier de précision mécanique angevine) à Trélazé qui devait accueillir la ministre pour une table ronde sur le dispositif "embauche PME". Une table-ronde et une visite d'atelier qui ont été maintenues. Mais point de rencontre avec les personnels de Pôle Emploi comme cela était initialement prévu. Question de sécurité. Et peut-être aussi le moyen d'éviter de croiser quelques dizaines de mécontents, venus manifester leur opposition à la loi travail...
Qu'est venu faire François Hollande en Anjou ?
Un an après sa venue pour l'inauguration de la Cité de l'objet connecté d'Angers, le chef de l'Etat était donc de retour dans le département pour y parler emploi, dispositifs d'aides à l'embauche et accessoirement, échanger avec la trentaine de chefs d'entreprise et représentants de syndicats patronaux angevins présents. Un déplacement qui marque sa rentrée politique et une allocution aux airs d'entrée en campagne présidentielle du "candidat" Hollande qui en a profité pour évoquer l'inflexion de la courbe du chômage, une tendance confirmée depuis le début de l'année. L'occasion de lister l'ensemble des mesures prises et lois votées en faveur des entreprises durant son mandat.
Pourquoi l'APMA à Trélazé ?
LE sujet phare de cette visite présidentielle était le dispositif "embauche PME", lancé en janvier 2016. Destiné aux entreprises de moins de 250 salariés, il permet au dirigeant qui recrute en CDI ou CDD d'au moins 6 mois de bénéficier d'une aide de 4.000 euros étalée sur 2 ans (500 euros par trimestre). Seule obligation, le salaire ne doit pas excéder 1,3 fois le SMIC, soit environ 1.900 euros brut. 600.000 de ces dispositifs ont été utilisés depuis le début de l'année par 250.000 entreprises dont 3.200 en Maine-et-Loire pour 7.500 embauches. L'APMA, sous-traitant de pièces mécaniques de précision (22 salariés, 2,12 M€ de CA), intégré au groupe de Chemillé ARBM - qui comprend Ouest Décolletage et Ouest Médica, 70 salariés pour 6,5 M€ en 2015 - présente le double avantage d'avoir recruté 4 personnes via le dispositif embauche PME et d'avoir recours au suramortissement, une mesure de soutien à l'investissement productif lancée en 2015. Sous la présidence de François Hollande donc. En outre - et c'est une explication d'un personnel de l'Elysée -, les locaux de l'APMA, bien que relativement exigüs (une centaine de m²), étaient suffisamment spacieux et sécurisables pour accueillir une visite ministérielle au départ. Difficile également de ne pas penser que la casquette de membre d'administration de l'UIMM du Maine-et-Loire de Sébastien Ripoche, dirigeant du groupe ARBM, n'ait pas fait peser la balance.
"On est là pour faire la claque !"
Une trentaine de chefs d'entreprise et membres de syndicats patronaux du département avaient été conviés à participer à la visite présidentielle. Tous espéraient participer à la table-ronde... qui n'a accueilli que quatre dirigeants locaux. La faute à un manque de place, mais aussi à une sur-représentation d'élus. S'ils étaient au départ 4 à avoir manifesté leur désir d'être présent pour la venue de Myriam El Khomri, ils étaient finalement une dizaine pour celle de François Hollande. Et tous présents autour de la table. Un choix qui a fait bondir plusieurs patrons du département. « Si l’on convie des chefs d’entreprise, c’est pour échanger, débattre. Tous les élus assistent à la table ronde, c’est scandaleux, s'est insurgé Jean-Benoît Portier, ex-dirigeant de Premier Tech Faliénor à Vivy et élu à la CCI 49. Nous, on est juste là pour faire la claque ! Pour qu'il y ait du monde quand il sortira. Si les entreprises et l'emploi sont une priorité, c'est pas ce qu'on voit ici ! » Comme lui, plusieurs autres dirigeants - NDLR conviés moins de 24 heures avant à la visite présidentielle - ont préféré quitter les lieux avant la fin de cette table-ronde, qu'ils ont qualifiée de "table fermée. « L'un deux furieux en brandissant son portable sur lequel s'affichait le compte twitter d'un élu...qui relayait en direct l'évènement de l'intérieur, photo en prime. « Il n'y a que des élus ! Par respect pour les chefs d'entreprise, il ne fallait pas les faire venir si on ne laisse pas entrer. La rencontre aurait dû être accessible à ceux qui sont mobilisés.»
Bain de foule et selfies
Malgré la grogne et l'accueil peu chaleureux réservé au chef de l'Etat lorsqu'il est sorti de l'atelier (moins de 10 personnes ont applaudi sur la centaine présente...dont une trentaine de journalistes), l'allocution du Président a redonné quelques couleurs aux "invités". Rappelant que « la tendance, c'est la baisse du chômage depuis le début de l'année avec un contexte économique plus favorable, même s'il n'est pas encore celui qu'on peut espérer », François Hollande s'est engagé auprès des dirigeants à « donner aux entreprises toutes les conditions pour réussir ». Pas d'annonces lors de cette visite mais un discours pro-entreprise avec un retour sur la Loi travail qui « renforce le dialogue social et rend possible la discussion dans les PME pour adapter l'organisation du travail et moduler le temps de travail. » Il a également évoqué sa volonté de soutenir les PME. « Ce sont dans les PME que se font les créations d'emploi. Nous devons les soutenir dans leurs projets d'innovation, d'investissement, de technologie...» Il est aussi revenu sur « cette situation paradoxale où les entreprises qui veulent recruter ne trouvent pas toujours le personnel qui répond à leurs exigences ». L'occasion de parler du plan 500.000 formations. Et de quoi séduire les dirigeants d'entreprises industrielles présents... Force est constater qu'à l'issue de son intervention, le public a été davantage conquis. Pour preuve, les applaudissements nourris. Et pour achever cette visite éclair en Anjou et confirmer un regain de popularité dans le public, le Président s'est prêté de bonne grâce au jeu des selfies (une photo avec le président de la République, ça ne se refuse pas...) avant de descendre de son estrade pour aller, cette fois, discuter quelques instants avec les chefs d'entreprises.
Retours de dirigeants
Christophe Charrais, directeur du site APMA, présent à la table-ronde s'est avoué « très agréablement surpris par la proximité et la simplicité des échanges avec Monsieur Hollande et Madame El Komhri (NDLR se faisant "voler la vedette" par le Président, la ministre du travail n'a fait aucun discours à l'issue de cet échange). On a évoqué le suramortissement, une aide qui nous permet d’investir plus rapidement dans des machines. Ce suramortissement a été prolongé (NDLR jusqu'en décembre 2017), ce qui permet aux entreprises comme la nôtre de prendre plus de temps de réflexion pour faire le bon choix de l’outil. Et aujourd’hui comme on se doit d’investir, on n’a pas le droit à l’erreur. »
Même son de cloche du côté de Philippe Mallard, P-dg du groupe saumurois Castel, également convié autour de la table. Dans cette entreprise, spécialisée dans l'interphonie professionnelle et le contrôle d'accès (80 salariés, 11 M€ de CA), 4 contrats "embauche PME" ont été signés. « Cette aide à l'emploi a été pour nous un facteur déclencheur. Dans les PME nous sommes souvent hésitants à recruter. L'aide apportée correspond à 10% du salaire, c'est très incitatif. » Seul bémol pour le dirigeant : « Dans nos métiers, nous cherchons des compétences spécifiques et le fait d'accorder l'aide à des salaires n'excédant pas 1,3 fois le SMIC tire un peu vers le bas. »
Laurent Marbach, le dirigeant de Grolleau à Montilliers, concepteur et fabricant d'armoires en aluminium destinées aux réseaux (160 salariés, 17 M€ de CA), ne faisait pas partie, lui, des participants à l'échange privilégié avec le président. Il a toutefois réussi à l'interpeller sur sa problématique : « J'ai un plan de charge qui nécessite 25 recrutements, mais je n'arrive pas à trouver les compétences. Tout le monde a le bac aujourd'hui, mais on ne forme plus d'ouvriers en France c'est un vrai problème pour les industriels. J’ai pû lui poser une question au sujet de l’apprentissage, en lui faisant remarquer qu’il ne fallait pas que des bacheliers mais aussi des opérateurs et des techniciens. Il m’a répondu que des actions sont en cours. Dans l'ensemble, j'ai trouvé son message positif. Les mesures pour faciliter l’emploi dans les PME sont là : ça prend forme. On a eu recours à 5 contrats de génération chez Grolleau et nous avons bénéficié du dispositif embauche PME pour recruter 15 personnes. C’est une bonne mesure.On peut quand même se demander pourquoi ça n’a pas été fait plus tôt... »