Faire revivre les anciens bassins miniers. Utiliser le fameux « grisou » qui effrayait les mineurs pour fournir un gaz local et ainsi moins dépendre des fournisseurs étrangers comme la Russie ou la Norvège. C'est le projet de la Française de l'Énergie (FDE) à Forbach. La PME d'une quinzaine de personnes vient d'entrer en bourse, sur Euronext Paris, en levant 37,5 millions d'euros par voie d'augmentation de capital. « Notre objectif était certes plus élevé, avec une fourchette haute de 50 à 66 M?, mais cela ne remet pas du tout notre projet en cause, cela modifie simplement son financement », concède Antoine Forcinal, directeur général délégué de la société forbachoise, reprise en 2009 par son actuel président Julien Moulin, à l'époque sous le nom European Gas Limited.
Rachat de Gazonor pour près de 20 M?
Leur équipe technique a en effet pu démontrer qu'il était possible d'extraire du méthane des couches de charbon. Ce premier succès, et la certification par le BEICIP (société de conseil sur l'évaluation des ressources d'hydrocarbure) d'une présence importante de gaz dans les sous-sols du Nord-Pas-de-Calais et de Lorraine leur permettent de construire un projet industriel compétitif dans les anciens bassins miniers français. « Encore relativement méconnu, le gaz de houille présente, selon les experts du BRGM (bureau de recherches géologiques et minières) et de l'INERIS, un potentiel extraordinaire. » FDE possède actuellement plus de 7.000 kilomètres de permis « et des ressources prospectives certifiées représentants 6 à 10 années de consommation française, uniquement sur 30 % de nos permis en Lorraine », ajoute Antoine Forcinal. Cette entrée en bourse a permis de financer le rachat fin juin de Gazonor dans les Hauts-de-France. « Pour un montant d'environ 20 M?. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les puits exploitent du gaz de mine, ce qui est différent du gaz de houille (le « grisou »). Il est moins riche en méthane (moins de 50 % contre 96 % pour le gaz de houille), et ne permet pas d'alimenter le réseau en gaz. L'intérêt pour nous d'acquérir Gazonor est d'utiliser le gaz pour le transformer en électricité et le revendre sur le réseau. Nous visons 5 millions d'euros d'EBITDA fin 2017, principalement avec l'activité de Gazonor. Le tarif de rachat de l'électricité étant garanti sur quinze ans, corrigé de l'inflation, cela va nous permettre d'assurer un certain cash flow, qui sera suffisant pour nous permettre de poursuivre le développement en Lorraine. »
Jusqu'à 122 millions d'euros investis d'ici à trois ans
FDE possède également le soutien de poids de RGreen Invest, fonds spécialisé dans les énergies vertes, « qui s'est engagé à financer sur une période de huit ans jusqu'à 60 millions d'euros du programme de développement du groupe. » La poursuite des programmes de développement en Lorraine et chez Gazonor représente un montant total d'investissement sur les trois prochaines années compris entre 77 millions d'euros et 122 M?. D'un point de vue technique, le gaz de houille est « complètement à l'opposé du gaz de schiste, il n'y a pas de fracturation hydraulique, nous n'injectons aucun produit chimique », appuie Antoine Forcinal. En Lorraine, ce sera donc le gaz de houille qui sera exploité : « l'extraction est réalisée par forage horizontal, nous réalisons le pompage dans les charbons vierges situés entre 700 et 1.500 mètres de profondeur. Le charbon, naturellement fracturé, permet au gaz de s'échapper librement. Il est collecté par pompage de l'eau contenue dans la veine à l'état naturel. Les puits ne dépasseront pas 2 mètres de haut, il n'y a donc pas de nuisance visuelle pour les habitants aux alentours. » L'objectif de FDE est de fournir les consommateurs locaux. « Nos clients seront dans un premier temps les régies locales comme Energis. Nous entrerons ensuite dans une phase industrielle avec plus de 100 puits, Nous voulons produire 5 % de la consommation annuelle de gaz en France à horizon 2025. L'objectif est de disposer d'ici fin 2018 de plus de 15 puits de production en activité en Lorraine, ce qui nous permettrait de générer une production de plus de 700 millions de m³ sur 12 ans à compter de cette date », ajoute Julien Moulin. Les prochaines étapes de son développement sont : « préparer la plateforme, aménager le site, finaliser les équipements et les services pour le forage. L'objectif est de commencer notre premier forage au début du mois d'octobre, avec une première plateforme de production. 2017 sera l'année de production du premier puits. Avec l'acquisition de Gazonor en tant que filiale, l'effectif à fin juin du groupe La Française de l'Énergie s'établit à près de 25 personnes. L'effectif suivra le développement du groupe, notamment dès la première phase de forage, aux alentours de 60 personnes, avec en prévision la création de 300 emplois directs. L'international, notamment l'Allemagne avec le bassin sarro-lorrain, sera également source de croissance.
FDE
(Forbach - 57) PDG : Julien Moulin Effectif : 25 www.francaisedelenergie.fr