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Fort de Briançon : Ce Stéphanois qui veut créer un gigantesque complexe touristique
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Fort de Briançon : Ce Stéphanois qui veut créer un gigantesque complexe touristique

Le Fort des Têtes, à Briançon, fortification Vauban classée au patrimoine mondial de l'Unesco pourrait connaître une nouvelle vie. Et c'est un Stéphanois, Ludovic Arnaud, qui porte ce projet pesant quelque 75 millions d'euros.

« Depuis des années, on nous a présentés je ne sais combien de projets, certains complètement farfelus, d'autres plus sérieux mais aucun n'a tenu la route ». Gérard Fromm est le maire de Briançon, petite commune située dans le département des Hautes-Alpes (Paca). Avec seulement 13 000 habitants, Briançon est connue pour les domaines skiables voisins mais aussi pour ses fortifications Vauban (enceinte de la Ville, Forts des Salettes, des Têtes, du Randouillet, l'ouvrage de communication en Y et le pont d'Asfeld) inscrites depuis 2008 au patrimoine mondial de l'Unesco aux côtés de onze autres sites majeurs de Vauban. « Aujourd'hui, même si on accueille quelques centaines de visiteurs chaque année, le Fort des Têtes est une coquille vide qui coûte énormément d'argent aux collectivités et à l'État. Chaque année, le Département, la Région, la Ville, la Drac, l'Europe... investissent 1,5 millions d'euros pour le maintenir en état. Sans compter l'argent dépensé par l'Armée qui est le propriétaire du Fort ».

Le sauveur du Fort ?

Après avoir écouté un certain nombre d'idées plus ou moins rocambolesques pour redonner vie au site, l'édile reconnaît avoir d'abord prêté une oreille plutôt distraite, voire méfiante, au jeune homme venu lui présenter, il y a deux ans et demi, un gigantesque projet de complexe touristique pour son Fort des Têtes. « Puis il a persévéré, il est allé voir la Banque Européenne d'investissement. Il a convaincu la Drac, les Architectes de France, l'Armée. Petit à petit, son projet a gagné en crédibilité. Aujourd'hui, nous y croyons tous ! En tout cas, cela ne me fait pas peur. Le contribuable ne mettra pas un sou dans cette aventure. Il n'y a donc aucun risque pour la collectivité si ce n'est celui d'être déçue s'il ne débouchait pas ». Ce projet de réhabilitation du Fort des Têtes, ce projet à 75 millions d'euros qui fait aujourd'hui rêver Gérard Fromm, est porté par un Stéphanois, Ludovic Arnaud. Âgé de 39 ans, il est à la tête du modeste cabinet créé en 2009, CFA Assurances (2 salariés ; CA 2015 : NC, 181.000? en 2013). Profil atypique, courtier en assurances et conseiller en gestion de patrimoine formé chez Axa après une carrière de coureur cycliste de haut niveau (vice-champion de France de course aux points sur piste en 1995, champion régional à 13 reprises), il apparaît comme peu implanté localement mais revendique des clients principalement chefs d'entreprise à travers la France.

Un projet à 75 millions d'euros

« Je suis tombé amoureux de Briançon en allant skier là-bas. Le panorama architectural est significatif. Aujourd'hui, la difficulté des monuments historiques est de trouver des fonds pour leur réhabilitation », explique-t-il. « Mon métier de conseiller en gestion de patrimoine consiste justement à trouver des solutions ou à en fabriquer sur mesure. Alors j'ai commencé à plancher sur le sujet ». Ludovic Arnaud a donc imaginé un gigantesque complexe touristique, prenant place sur les 41 hectares du Fort des Têtes, avec la création de deux hôtels, d'un centre de congrès, de commerces et de logements. « Je travaille sur ce projet depuis longtemps maintenant, j'ai compilé plus d'une dizaine d'études de marché. Cet espace devrait créer plus de 200 emplois et générer suffisamment de retombées pour financer les travaux ». Le tout, pour la modique somme de 75 M?. « Évidemment, je ne peux pas investir cette somme mais j'emmène derrière moi un pool d'investisseurs ». Interrogé sur le nom de ses partenaires, l'homme d'affaires garde le silence. Tout juste comprend-on, entre les lignes, qu'une bonne partie d'entre eux pourrait être issue de son réseau sportif, avec l'engagement notamment d'un « ex-champion olympique ». « Pour l'instant, je n'ai pas encore les fonds puisqu'il reste encore beaucoup d'étapes administratives à franchir, mais j'ai un accord pour une trentaine de millions. Il faut maintenant aller chercher le reste ».

Le calendrier

Son arme pour les convaincre ? Un dispositif attrayant de défiscalisation, qui « doit encore être validé par l'administration fiscale ». Sur le détail du montage, Ludovic Arnaud préfère rester discret, craignant des susceptibilités. Le maire de Briançon est, lui, moins réservé sur le sujet : « Le montage proposé reposerait sur la loi de 1907, plus avantageuse que la loi Malraux pour les investisseurs en recherche de défiscalisation ».

Pour le bon déroulement du projet, l'Armée (qui semble convaincue par le projet du Stéphanois) devra vendre le Fort à la Ville de Briançon. Cette dernière la cédera ensuite à la structure créée par Ludovic Arnaud. Décidément extrêmement précautionneux sur sa communication, le porteur de projet parle d'une réalisation, dans une (très) large fourchette de 5 à 10 ans. Tandis que Gérard Fromm, probablement pressé que cette aventure démarre vraiment, table sur un début des travaux à l'automne prochain.

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