La formation, rempart contre la crise? Défendue bec et ongle par les pouvoirs publics, l'idée fait son chemin dans les entreprises. En atteste une enquête de l'organisme collecteur agréé Opcalia réalisée en avril dernier qui révèle que les entreprises impactées par la crise sont aujourd'hui les plus dynamiques en matière de formation.
Former pendant la crise
Pourtant, confrontées à des difficultés économiques, les entreprises rabotent traditionnellement leurs budgets communication et formation. Aujourd'hui, «si on constate un fléchissement de l'ordre de 40% sur les contrats de professionnalisation, la formation est largement utilisée par les entreprises», constate Yves Hinnekint, directeur d'Opcalia. Avis partagé par Pascal Debordes, directeur à la Cegos: «En début d'année, une enquête que nous avons réalisée révélait que la majorité des DRH ne souhaitent pas diminuer leurs dépenses de formation.» Six mois plus tard, certaines entreprises touchées par la crise ont évidemment suspendu ou décalé des formations, «mais nous n'observons pas de chute du marché», assure Pascal Debordes.
Motivations diverses
Deux dispositifs, droit individuel à la formation et période de professionnalisation, auraient particulièrement la cote ces dernières semaines. Car, pour un certain nombre d'entreprises, en période de crise, il s'agit «d'occuper les salariés en sous-activité et de préparer le redécollage», explique Yves Hinnekint. Les exemples tendent à se multiplier ces dernières semaines. Ainsi, en proie à un nouveau creux d'activité, les chantiers navals STX de Saint-Nazaire, qui prévoient 200.000heures de chômage partiel, sont en train d'élaborer un plan de formation exceptionnel, baptisé Accel+. Celui-ci prévoit près de 300.000heures de formation jusqu'en 2010. De quoi développer les compétences de plus de 700 salariés afin d'être en mesure de positionner l'entreprise sur de nouveaux marchés, comme la réalisation de plates-formes éoliennes offshore ou la construction de nouveaux navires moins énergivores. De même, l'Opca Transports a débloqué au printemps une enveloppe de 4M€ pour aider ses entreprises adhérentes à résister à la crise. Objectif: permettre à celles-ci de financer des formations pour faciliter le reclassement des effectifs, notamment vers des métiers moins touchés (ambulancier, transporteur de fonds, etc.). Six entreprises du nord de la France spécialisées dans le verre mécanique viennent, elles, d'injecter avec Opcalia 15M€ pour former 3.450 salariés. Là encore, l'idée est d'essayer de développer les compétences des équipes durant les périodes de sous-activité, certaines de ces entreprises du verre faisant face à une chute de 60% de leur activité.
Aides publiques
Que ce soit pour préparer un nouveau positionnement ou une organisation d'après-crise, accompagner des périodes de chômage partiel ou des plans de restructuration ou de reconversion, de nombreuses entreprises ou branches misent donc sur la formation. Pour cela, elles peuvent compter sur de nouveaux soutiens financiers, que ce soit de la part de l'État, des conseils régionaux qui, à l'instar des Pays-de-la-Loire ou de Paca, débloquent des fonds anti-crise, ou encore des organismes collecteurs paritaires agréés que sont les Opca.
Les sénateurs examineront à la fin du mois le projet de loi sur la formation professionnelle. Le gouvernement veut faire de cette nouvelle réforme, inspirée par l'accord conclu en janvier dernier par les partenaires sociaux, une arme anti-crise. La formation peut en effet être utilisée par les entreprises pour amortir les effets sociauxde la crise ainsi que pour préparer la reprise.
Dossier réalisé par Stéphane Vandangeon, Sébastien Payonne et Simon Janvier