Les visages sont souriants mais tendus. Souvent en duo, les porteurs de projet essayent d'anticiper mentalement les questions auxquelles ils vont devoir faire face. Dans le grand hall de la SMC se joue ce soir-là l'avenir de quelques entreprises du XXIe siècle, venues chercher auprès des business angels ces fonds qui leur manquent. Quelques minutes plus tard vont en effet débuter les speed meetings qui vont conclure la soirée de lancement de Capital Provence Business Angels (CPBA). Trois tables rondes ont été dressées et neuf entreprises vont ainsi rencontrer cinq business angels.
Tester les motivations et les capacités des dirigeants
Au-delà de la réalité économique et la crédibilité du projet, les business angels sont surtout là pour tester les motivations et les capacités des dirigeants. Les échanges tournent également sur les montants de prise de participation, la valorisation estimée de l'entreprise. «Je ne m'attendais pas à cela», commente Benjamin Féles, créateur de la société Carwego, site de comparateur automobile qui a récemment réalisé une levée de fonds auprès de Kima Ventures, le fonds d'investissement créé par Jérémie Berrebi et Xavier Niel. «Je cherchais un complément me permettant d'accroître la communication et la notoriété du site.» «Nous intervenons surtout durant la phase d'amorçage. La plus difficile pour les start up technologiques...», commente Guy Gensollen, vice-président des Provence business angels (PBA). Pour ces entreprises la phase d'amorçage succède à celle de la conception. Il s'agit du moment crucial où la société enclenche son activité mais où le chiffre d'affaires n'est pas encore au rendez-vous. «Il existe une sorte de vallée de la mort, passage inévitable au cours duquel se creuse un gouffre dans la trésorerie. Si beaucoup de financements existent pour soutenir les phases de développement, il n'existe que très peu de structures capables d'investir durant l'amorçage...», poursuit Guy Gensollen.
Une part de capital toujours minoritaire
Mais qui sont-ils ces hommes providentiels assez audacieux pour miser de l'argent durant la période la plus risquée de maturation de projets souvent difficiles? Le réseau national des business angels a en effet investi en 2009 près de 125millions d'euros dans des entreprises de technologie. En Paca, six structures sont affiliées à ce réseau national, les Provence business angels sont l'une d'elles. «En moyenne nous investissons 250.000euros, partagés entre six à dix business angels. Nous prenons une part du capital toujours minoritaire (de 20 à 40%) et dans ceux qui investissent, il y a toujours des spécialistes des marchés des entreprises soutenues...» Les business angels jouent souvent le rôle de déclencheurs. «Leur présence rassure. Il y a un important effet de levier et souvent des financements complémentaires se débloquent alors facilement», précise Patrick Siri, président des PBA. Bien sûr ces anges sont attirés par les avantages fiscaux, liés notamment à la loi Tepa et qui leur permettent de déduire de leurs impôts 75% des sommes investies dans les entreprises (la loi de finance 2011 envisage de donner un coup de rabot sur cet avantage et le réduit à 50%). Bien sûr, ils espèrent réussir le bon placement en misant sur le nouveau Google ou Facebook. Pourtant dans les regards, on sent une autre motivation. Les speed meetings mettent ainsi en avant une caractéristique non négligeable de ces investisseurs: leur envie de s'investir et de faire gagner leurs poulains. Afin de prolonger leur action, les business angels ont décidé de créer une structure à vocation régionale. «Nous nous sommes rendu compte qu'il manquait souvent quelques milliers d'euros pour boucler certains dossiers. Nous allions alors voir d'autres clubs de business angels de la région, mais nous perdions beaucoup de temps. Or, durant cette période le temps est précieux. Il y a huit mois nous avons songé à créer une société de capital risque qui combine des fonds issus des business angels régionaux ainsi que de la Société Marseillaise de Crédit et de Vivéris business angels», confie Patrick Siri. Géré majoritairement par les business angels ce fonds a ainsi pour but de co-investir sur les projets financés par les BA régionaux. «Nous avons d'ores et déjà réuni 1,2M€, conclut Patrick Siri et je souhaite à terme arriver aux 2M€. C'est un outil qui va véritablement renforcer les tours de table.»
Une nouvelle société de capital-risque, Capital Provence Business Angels est née en Paca. À terme 2M€ disponibles pour les entreprises.
Que recherchent ces business angels? Comment les start-up peuvent-elles les convaincre ?