Ils sont une dizaine autour de la table. Des chefs d'entreprise qui prennent de leur précieux temps - entre midi et deux - pour examiner le projet d'un candidat breton. En l'occurrence deux jeunes patrons, venus présenter leur entreprise des nouvelles technologies. Quand ces derniers rentrent dans la salle, il flotte comme un air d'épreuve du bac. Costumes impeccables, noeuds de cravate bien serrés, les candidats s'assoient face à ce qui ressemble à un jury. Une assemblée présidée, pour cette édition, par un grand patron breton, qui remet l'exercice en perspective. «Pour ce dossier comme pour les autres, il y a déjà eu des étapes de prévalidation, avec un examen de la partie technique puis de la viabilité financière, économique et stratégique. À la suite de cela, cinq entretiens de validation, entre deux et trois heures chacun, ont été menés.» On le voit, le comité d'engagement est bien l'ultime étape qui doit valider ou non des conclusions déjà tirées.
Grand oral
L'heure du grand oral a sonné. Les deux créateurs ont dix minutes pour présenter leur projet, suivies d'une demi-heure de questions-réponses. L'exercice peut paraître anodin. Mais le jury, très au fait du dossier, en tire déjà des enseignements importants qui guideront, au final, leur décision. Plutôt à l'aise, les deux créateurs déroulent leur argumentaire, diapositives à l'appui. Présentation qui s'achève par la donnée capitale: quelle enveloppe financière sollicitent-ils?
«30 K€, ce serait mieux...»
«25 K€, mais c'est l'échelle basse de nos prévisions», ose avancer l'un des candidats. Mais de rajouter que «30 K€, ce serait mieux.» Le jeune créateur, persuadé de la pertinence de son projet, a beau avoir un discours bien rôdé, dès qu'il s'agit de parler d'argent, il a beaucoup moins de certitudes... S'en suit le redouté mais nécessaire jeu des questions-réponses. Interrogations sur la répartition du capital, de son montant, sur les concurrents éventuels, mode de commercialisation... Les questions des chefs d'entreprise fusent. Leurs remarques également. «La stratégie de votre entreprise n'est pas très claire», «sur ce point, vous n'avez pas droit à l'erreur», «que pouvez-vous nous dire pour nous rassurer?»... Les créateurs tentent d'apporter à chaque fois l'argument ou la précision attendus. En "grand sage", le chef de file du comité d'engagement tente, encore une fois, de prendre du recul. «Selon vous, c'est quoi votre entreprise dans dix ans?», lance-t-il aux porteurs. La réponse ne tarde pas. «On espère qu'on aura passé le seuil des trente employés», rétorque l'un d'eux. Le grand oral s'achève. Les candidats quittent la salle. Chaque chef d'entreprise est alors sollicité pour remplir une feuille A4 intitulée "Aide à la décision". Sans même avoir échangé avec les autres. Histoire d'écrire en quelques mots les impressions ressenties à chaud quelques minutes plus tôt. Un exercice très utile.
Débat d'idées
Sans se parler, les chefs d'entreprise bénévoles ont déjà des conclusions très proches. Sur ce dossier précis, c'est l'association des deux créateurs qui pose question. «Un tel décalage entre deux associés ! Le meilleur commercial, c'est quand même l'ingénieur...», «j'ai noté un leader, c'est lui qui a le savoir», «c'est leur association qui peut faire exploser le truc», diront les uns. «Ce sont deux créateurs qui sont complémentaires», «il y a de vrais ingrédients de réussite dans ce projet», «l'équipe a une capacité d'adaptation forte», diront les autres.
"Parler vrai"
Comme dans tout débat, c'est l'heure du "parler vrai". Puis du vote. Au final, après deux heures d'intenses échanges, le jury décide de leur allouer un prêt d'honneur de 35 K€, et un complément de 10 K€ s'ils obtiennent un financement bancaire au moins du même montant. Les heureux lauréats seront prévenus à l'issue par le Réseau Entreprendre Bretagne. Fin de l'exercice de démocratie participative à la sauce économique.
Expérience Pour la première fois, le Réseau Entreprendre Bretagne a ouvert les portes d'un comité d'engagement à un journaliste. Lieu ô combien secret puisque c'est là que se décide l'attribution ou non de subventions aux créateurs d'entreprise. Compte rendu d'une étape décisive dans le montage d'un dossier.