En Bretagne, la filière bois pèse 20.000 emplois, «plus que la pêche» assure Michel Cadot, le préfet de Région, venu début novembre à la rencontre «d'une interprofession très dynamique, pour voir avec elle où on met nos billes dans les prochaines années.» Avant d'écouter les doléances et solutions des acteurs de la filière Abibois, l'énarque a planté un arbre dans une forêt privée à Saint-Aubin-du-Cormier et visité la scierie Grouazel à Saint-Sauveur-des-Landes. «Nous sommes à un moment charnière. Après les investissements importants afin d'accompagner la production de bois, il existe un risque que cette croissance se ralentisse, si on ne structure pas mieux toute la filière», explique Michel Cadot.
Deux axes porteurs d'espoirs
Témoins privilégiés de ce futur aux contours flous, le groupe Grouazel, 11M€ de chiffre d'affaires, 65 salariés répartis sur trois sites, et son directeur Jean-Pierre Grouazel (54 ans). Pour le scieur, les débouchés sont de moins en moins nombreux. «Depuis quelques années, il n'y a plus en France de fabricants de meubles, regrette le dirigeant. Aujourd'hui, on est loin de remplacer le volume que cela représentait, même si on fait de l'aménagement extérieur: bardage, platelage, bord de mer, marais, hippodrome... Nous sommes en crise: pour être bien, il nous manque 15 à 20% en terme d'activités.»
Le responsable avoue qu'un credo vient d'éclore. «Aujourd'hui, les bois exotiques sont remplacés par des bois locaux. Il faut désormais en sécuriser l'approvisionnement», avance le dirigeant, inquiet du morcellement de la forêt privée bretonne. Seuls 200 propriétaires disposent d'une centaine d'hectares, les 5.000 autres n'en possèdent que trois ou quatre. L'État planche sur des «outils pour organiser ce regroupement avec les GIE», explique le préfet, qui a, aussi, ciblé deux axes porteurs d'espoirs: l'énergie et la construction. «On va mettre davantage de moyens sur l'utilisation énergétique. Aujourd'hui, une grande partie des coproduits (écorces, copeaux...) est exportée: il faut qu'on les conserve davantage en Bretagne où ils seront mieux utilisés et mieux valorisés. Sur la construction, il existe des projets sur la Maison de l'Arbre et de la Forêt. Il faut qu'il y ait autour du bois des projets structurés.»
Adaptation Avec la disparition des fabricants de meubles en France, l'interprofession se doit d'évoluer. L'État entend ne pas rater ce moment "charnière".