Ferroviaire : Au Nord, la filière sur les rails du changement
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Ferroviaire : Au Nord, la filière sur les rails du changement

Le business de la première région ferroviaire de France est-il si porteur que l'on veut bien le vendre? La concurrence est rude et vient aujourd'hui de Chine. Les acteurs nordistes changent, s'adaptent, s'organisent et gagnent encore, malgré des mois difficiles.

Quand certaines manifestations spécialisées tardent à retrouver leur public et leur santé d'antan, le salon international de l'industrie ferroviaire (Sifer), lui, enregistre des records d'affluence (4.400 visiteurs le mois dernier) et gagne du terrain à Lille Grand Palais (+25% de surface par rapport à 2009). «Nous avons accueilli 400 exposants cette année contre 350à l'édition précédente, confirme Fabienne Taylor, responsable des ventes France pour le salon. Il y a aussi une véritable dimension internationale avec un visitorat composé de 25% d'étrangers.»




La présence d'Alstom

Outre ces records, un autre constat s'est dégagé du salon: le rapprochement d'un constructeur auprès de ses prestataires et fournisseurs. «C'est exactement la première édition où un constructeur est présent», précise la responsable des ventes du Sifer. La présence d'Alstom dans les allées du salon lillois sonne comme «une évidence» pour Jérôme Wallut, DG d'Alstom Transport France. Et ce dernier d'ajouter: «Nous faisons 80% de notre R & D en France. Dans le Nord, nous embauchons 1.300 personnes sur le site de Petite-Forêt. Après une période de forte croissance, soit l'embauche d'une personne par jour, nous allons continuer à avancer tranquillement et avec nos prestataires. Avec le projet de la boucle d'essais ferroviaires et du Technopôle valenciennois, on va dans le bons sens.» Outre cette bonne santé apparente, la présence du géant français dans les allées (1,6Md€ de chiffre d'affaires en France) est aussi sûrement due à l'arrivée d'un concurrent inattendu et très remarqué: la Chine.






Concurrence ou opportunité chinoise?

En effet, pour la première fois, les Chinois sont venus à Lille, au Sifer, notamment «draguer» nos sous-traitants. Le représentant de la province de Changehun les a ainsi exhortés à venir tenter l'aventure, mettant ses avantages fiscaux dans la balance. Là-bas, un parc ferroviaire de 50km² attend les équipementiers français. «Avec le développement du TGV en Chine, les sous-traitants qui vont s'y implanter gagneront», promet-on. Héric Manusset, de l'AIF, analyse: «Les Chinois estiment que le savoir-faire est chez nous. Il faut se grouper pour être plus forts et y aller, pourquoi pas en créant une joint-venture avec une société chinoise.»




La donne a changé

Gagner ensemble, c'est aussi le mot d'ordre d'Indureg, association de neuf PME nordistes dont Laborex France à Erquinghem-Lys, expert des outils de maintenance. «J'ai le sentiment que ça reprend après une année 2010 tristoune et 2009 pas si mal», constate son porte-parole Bertrand Beaune. Le business est là et il tend à se développer, surtout sur la partie «voyageur» pour les sous-traitants nordistes. Mais la donne a changé. Fini le carnet de commandes à 24mois! Aujourd'hui, la tendance se joue à trois mois. Le fret, lui aussi, n'a plus le vent en poupe avec une baisse de 30% de son business depuis 2007. «Les États commandent juste ce qu'ils ont en budget», décrypte Patrick Gerome, 20ans de métier et responsable de production des Forges de Fresnes, dans le Valenciennois. Du coup, le leader européen des triangles de freins forgés et sertis à chaud, qui exporte 80% de sa production axée sur le fret, se tourne vers le marché «voyageur» plus porteur, avec son savoir-faire dans les systèmes antiroulis.




Prendre le wagon voyageur

En terme de diversification, des équipementiers automobiles ont tenté leur chance dans le ferroviaire, souvent en vain. À quelques exceptions près, comme Toyota Tsusho, à Onnaing. En deux ans et demi, la part du ferroviaire a grimpé à 30% dans son métier de logisticien. «On se lance aussi dans l'aéronautique avec un nouveau contrat pour Dassault», confie Samuel Mernici, chargé d'affaires du département machinerie où le ferroviaire atteint 70% de l'activité. Chez Abylsen à Lille, même vent porteur. Le leader du conseil en ingénierie vient de passer de 50 à 120consultants dont un peu moins de la moitié dédiée au ferroviaire. «Nous avons fait le bon choix stratégique de nous orienter vers Bombardier Transport, explique David Savary, responsable de l'activité ferroviaire. Nous avons fait une très belle année avec 40% de croissance.»




Export et low cost

Chez Valoutil, PME de 156salariés, axée sur la fourniture industrielle, le ferroviaire représente 20% du business qui doit s'internationaliser. «Nous n'avons pas beaucoup de contrats en France et le peu qui reste part à l'étranger en low cost. Nous avons commencé à attaquer ces marchés fin 2010 par obligation et par défi, explique Michel Blairon, chargé d'affaires. Nous apportons une plus-value technique. Le but est d'aller chercher un marché qui nous échappe, pour continuer à fabriquer en France.»







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