Femmes du BTP : un groupe uni depuis vingt ans
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Véronique Daniel Véronique Daniel Femmes du BTP : un groupe uni depuis vingt ans

Le groupe des femmes du BTP d'Ille-et-Vilaine fête ses 20 ans au sein de la FFB 35. L'occasion de faire le point avec sa présidente, Véronique Daniel, également bras droit d'Alain Wolff, dirigeant de l'entreprise générale Pavoine à Bruz (90 salariés, 17 millions d'euros de chiffre d'affaires).

Le Journal des entreprises : Que représente le groupe femmes du BTP en Ille-et-Vilaine ?

Véronique Daniel : « Nous fédérons 80 inscrites et nous organisons chaque mois une réunion de travail thématique et de mise en application de bonnes pratiques, en plus d'un déjeuner informel. Chacune peut partager ses idées. L'intérêt est de rompre l'isolement de ces femmes. Toutes sont généralement seules dans l'entreprise. C'est une bouffée d'oxygène, tout en étant au travail. »

Le quotidien de la femme en entreprise du BTP est-il toujours complexe ?

V.D. : « On parle beaucoup de la législation qui simplifie, mais c'est surtout le cas dans les grands groupes. Nous, PME, devons adapter nos méthodes aux grandes entreprises. Nous n'avons pas de juriste social, de juriste fiscal, de DRH... Nous n'avons pas fait de droit des affaires, etc. Nous devons avoir toutes ces compétences ; la casquette tourne. Ces réunions nous recadrent, pour savoir si nous sommes dans le juste. Ce n'est pas facile d'avoir la bonne casquette dans tous les domaines, notamment face à une législation qui évolue. Nous rencontrons beaucoup de femmes dirigeantes d'entreprise, d'autres qui reprennent des entreprises. Il ne s'agit plus de défendre le statut de conjointe. »

Vous sentez-vous bien représentées ?

V.D. : « Ce n'est pas la question... Certaines ne se sentent pas bien à leur place. Il faut se mettre en phase avec la population avec laquelle nous travaillons, très masculine. Et réussir à créer une osmose dans l'entreprise, tout en étant suffisamment carrées. Nous devons savoir parler aux clients, aux banquiers, savoir réclamer ses sous, en étant sympas mais fermes. Beaucoup de femmes ont un manque de confiance en elles du fait d'être isolées. Certaines se sentent à un poste assez ingrat, très administratif. Les clichés ont encore la vie dure... « Quand des interlocuteurs de l'entreprise appellent pour râler, nous sommes en première ligne ! Ils se défoulent. Si nous ne savons pas les cadrer, cela peut être très désagréable. Quand on leur passe le dirigeant, au téléphone, le ton baisse généralement. Nous sommes le fusible. Les femmes sont souvent considérées comme incompétentes. Elles doivent être bien en phase avec leur dirigeant pour qu'il les défende. Il faut le dire. Pour les aider, des formations ont été proposées sur le développement personnel, l'estimation de soi, la posture, l'équilibre vie pro/vie perso... C'est aussi très utile pour celles qui travaillent à domicile avec leur mari. En terme d'image, pour l'extérieur, cela reste encore l'entreprise de monsieur. La FFB a créé ces groupes pour accompagner toutes ces femmes. »

Vous avez organisé fin juin, dans Rennes, un rallye intitulé Sensation'Elles, quel en était le but ?

V.D. : « Sans le pilier que représentent les femmes, une petite et moyenne entreprise meurt. Une entreprise ne peut plus vivre qu'avec le chantier. Vu la complexification, l'administratif complet est un pilier de l'entreprise. Nous sommes des fait-tout, en première ligne. L'idée était de mettre en avant toutes ces femmes pour les remercier et les valoriser. La reconnaissance est importante. On ne nous voit jamais à l'extérieur. À travers ce rallye convivial et connecté, qui a réuni plus de 250 femmes, nous avons relevé des défis, visité des chantiers emblématiques... Une descente en rappel a, par exemple, été organisée sur la façade de la chambre de métiers. Nous voulions montrer que nous sommes capables de faire comme les hommes... pour ceux qui en doutaient encore ! Nous avons aussi voulu laisser une trace à travers un chantier solidaire. En accord avec la ville de Rennes et Rennes Métropole, un mur a été refait avec notre aide à l'entrée du parc du Thabor. Nous avons aussi réalisé une mosaïque façon Odorico à la piscine Saint-Georges. »

La conjoncture actuelle semble favorable au bâtiment, le constatez-vous aussi ?

V.D. : « Nous constatons beaucoup d'appels d'offres qu'il n'y avait plus. Les opérations sont plus importantes aussi, de 50/60 logements contre 20/30 jusqu'alors. Nous sommes sur une phase de reprise en volume. Par contre, les prix n'ont pas bougé et nous ne parvenons pas à les relever. Les entreprises n'ont plus de matelas et les trésoreries sont exsangues. Nos entreprises sont en surcroît d'activité mais n'ont pas de visibilité sur leur carnet de commandes. L'équilibre est fragile et nous attendons les dispositifs qui seront votés par la nouvelle Assemblée Nationale. Il faut aussi faire savoir que nous avons besoin de recruter : 1.800 à 2.000 personnes par an en Ille-et-Vilaine. »

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