Les chargeurs s'avancent sur les monticules de tourbe, de pouzzolane, de fibre de coco ou d'écorce de pin de mer, tassent leurs immenses godets puis partent alimenter les trémies. Saupoudrés d'engrais, d'algues sèches et autres ingrédients, les matières premières y sont mélangées grâce à d'énormes vis transversales, pour être transformées en terreau. Les supports de culture fabriqués à Vivy - les deux tiers des quelque 450.000m³ produits chaque année en France par Falienor - viennent ensuite ravitailler les pépiniéristes, les professionnels de l'horticulture mais aussi la distribution spécialisée jardin. Un processus qui gagne peu à peu en technicité. «Il y a encore une dizaine d'années, on brassait encore les matières comme on mélange sa purée et sa viande dans son hachis parmentier, se souvient Jean-Benoît Portier le dirigeant de l'entreprise. Nous travaillons aujourd'hui sur des méthodes de mélange plus efficaces, des solutions sur-mesure, avec des calibrages et des quantités différentes, de 5 à 40mm et de 5 à 60m³, des nouveaux matériaux, etc. C'est important parce que notre activité génère encore peu de valeur ajoutée.» Un axe de croissance qui explique en partie le rapide développement de Falienor, depuis sa reprise par Jean-Benoît Portier en 1997. En moins de quinze ans, la société est ainsi passée de 17 à 130 salariés et de 3M€ (3,5 en 2000) à 20M€ de chiffre d'affaires.
Astinov, Altasys, Végépolys et autres collaborations
Pour nourrir cette croissance, Falienor a littéralement puisé dans les réseaux de compétences locaux. Dernier exemple en date: une collaboration avec le centre de transfert de technologies angevin Astinov, depuis le mois de juin dernier, pour élaborer des mélanges homogènes, reproductibles ou intégrant de nouveaux matériaux. D'autres initiatives comme un bilan carbone réalisé par le cabinet conseil Altasys et avec des aides de l'Ademe, des actions menées conjointement avec la CCI ou encore Végépolys, dont Jean-Benoît Portier est administrateur, font partie de la kyrielle de projets collaboratifs de l'entreprise. Sans oublier un partenariat, encore en discussion, avec le Canadien Premiertech pour développer un support de culture intégrant des mycorhizes (ces petits champignons qui aident au développement de la plante) afin de le distribuer en France et en Afrique. «J'ai importé la culture d'une multinationale, confie l'ingénieur en agronomie originaire de Tourcoing et ancien de chez Roussel-Uclaf, un laboratoire aujourd'hui intégré à Sanofi-Aventis. Dans ces entreprises, chaque compétence est l'affaire d'un spécialiste. Appliqué à une PME, il s'agit d'aller chercher ces mêmes compétences là où elles sont, dans chacune des problématiques que l'on rencontre.» Quitte à trouver des solutions atypiques.
Trois banquiers à la table
Pour financer le million et demi d'euros dépensé en moyenne chaque année au titre d'investissement de fonctionnement, l'entreprise a sollicité pas moins de trois banques (Caisse d'Épargne, Crédit Agricole et Banque Populaire), qu'elle réunit ensemble deux fois par an. «La première fois pour présenter nos projets. Après quoi, les banques se répartissent les investissements, un tiers chacun. Puis une seconde fois pour faire le bilan des opérations, explique le dirigeant. Grâce à ce système, nous avons établi un rapport de confiance et une transparence qui nous a permis de nous financer sans apport extérieur ni capital risque.» Incontournable dans le Grand Ouest, Falienor est aujourd'hui sous-traitant du géant Scotts, le leader mondial des produits de jardin, et fournit des enseignes comme Gamm Vert, VillaVerde ou Bricomarché. Mais aussi les grands noms de l'horticulture locale comme Minier ou Taugourdeau. Et l'entreprise saumuroise n'exclut pas de s'étendre encore avec des projets en Afrique et dans les Pays Baltes (voir interview ci-contre), pour devenir en partie son propre fournisseur et sécuriser ses approvisionnements. Jean-Benoît Portier songe même à exporter en Chine. «Pourquoi pas utiliser les containers des produits asiatiques qui repartent vides ? Ce n'est pas si coûteux...», confie son p-dg. De quoi rendre modeste les prévisions de croissance - de 5 à 10% - inscrites au dernier business plan.
Le producteur de terreau de Vivy, qui a multiplié son CA par sept en 15 ans, aime se décrire comme «une PME aux méthodes de grand groupe». Son secret : chercher ailleurs les compétences qui lui manquent, à l'instar de son prochain investissement en Afrique.
Florent Godard