Malgré une année marquée par une flambée du prix des matières grasses et une forte baisse du prix des poudres de lait, ajouté à une répercussion des prix par la GMS jugée tardive, Even a su tirer son épingle du jeu en 2017. Avec 2,2 milliards d'euros, son chiffre d'affaires cumulé est en hausse de 4 % par rapport à l'exercice précédent. De quoi permettre au groupe coopératif laitier d'augmenter de près de 15 % le prix du lait payé à ses 1 370 agriculteurs adhérents, soit 325 euros/1000 litres auxquels s'ajouteront bientôt 10 euros de retour sur résultat, soit 4,1 millions d'euros redistribués à l'échelle de la coop. Côté emploi, malgré un contexte économique difficile pour les agriculteurs et un taux de remplacement des baby-boomers de seulement un tiers, 30 jeunes producteurs ont rejoint la coopérative l'an passé. De plus, le groupe affiche 90 créations nettes d'emplois et 480 embauches en CDI, portant le nombre total de ses salariés à 6 110.
2017 a aussi été une année record en termes d'investissements dans les infrastructures et l'humain, en atteignant 90 millions d'euros. Notamment avec 20 millions d'euros investis dans la fromagerie d'emmental de Ploudaniel, 10 millions d'euros dans un nouvel atelier de conditionnement des poudres de lait à Ancenis, ou encore des investissements dans le cracking des protéines de lait à Landerneau et Yffiniac. L'ensemble de ces sites appartenant à Laïta, filiale de transformation du lait qui porte 58 % de l'activité du groupe Even.
Une étape essentielle vers l'international
2017 aura surtout vu l'inauguration de l'usine de poudres de lait infantile et premium de Créhen, autre site de Laïta construit grâce à un investissement antérieur de 80 millions d'euros. Dans le contexte d'un marché mondial en hausse constante mais aussi de forte volatilité des prix, ce site pouvant produire à 30 000 tonnes de poudres par an, « qui monte en puissance et dont on verra les effets sur notre activité d'ici deux ans », souligne Christian Couilleau directeur général d'Even, est un outil très stratégique. « C'est une étape essentielle dans le développement international d'Even et de Laïta. Cet outil high-tech doit permettre une valorisation de la protéine laitière stable et moins sensible aux variations du marché mondial. » Premiers marchés visés : la Chine et l'Asie du sud-est mais aussi l'Océanie.
Changements de stratégie
En 2017, le groupe a opéré quelques modifications de cap, notamment dans ses métiers amont et aval. Il a cédé à Sanders (groupe Avril) son usine d'Hennebont (Morbihan) mais a passé avec ce partenaire un accord pour sous-traiter une partie de la fabrication de ses aliments assurée par ses propres usines de Cobrena et Tecnor Sofac. Une manière de rationaliser les outils bretons de nutrition animale, jugés trop nombreux par Christian Couilleau.
Autre changement de stratégie avec une prise de participation de 5% dans Cocorette, un des leaders français de la production d'œufs bio et de plein air. Là encore, avec un accord de partenariat : « Cocorette progresse très vite dans le nord de la France mais n'était pas présent en Bretagne. Nous leur avons cédé notre fonds de commerce en œufs et en contrepartie, nous devenons partenaires pour alimenter et équiper leurs élevages. »
Even a également racheté le nantais Gobalpa, distributeur de produits de boulangerie et chocolaterie, renforçant ainsi ses activités dans l’Ouest. Enfin, la naissance de l’alliance Atlanterra a marqué l’été 2017, issue de l’union des professionnels du surgelé comptant notamment Kenty à Plérin.
Innovation et indépendance
Pour préparer l'avenir, Even mise également dans l'innovation : le groupe a participé fin 217 au lancement de FrenchFood Capital, un fonds d'investissement qui a déjà levé 100 millions d'euros pour accompagner la croissance des PME innovantes dans le secteur de l'alimentation. De quoi, peut-être, prendre une participation dans ceux qui seront les champions de demain, et pouvoir affronter la mondialisation en étant plus fort. Car après la récente fusion d'Aveltys et Prestor (élevage porcin) et l'annonce du rapprochement des groupes d'Aucy et Triskalia, Guy Le Bars, président d'Even s'est montré très clair quant à cette tendance à la concentration: « Ces rapprochements sont une bonne nouvelle pour nous car il s'agit de maintenir les centres de décision en Bretagne. Mais Even, coopérative spécialisée dans le lait, restera indépendante. Autrement nous n'investirions pas 5 à 7% de notre chiffre d'affaires dans l'avenir. »