Fin septembre, le marché de l'éolien offshore est entré dans une phase opérationnelle pour beaucoup de PME régionales. Vainqueur de trois des quatre champs éoliens attribués au printemps par le gouvernement, dont celui de Saint-Nazaire, le consortium mené par EDF et Alstom est venu à la rencontre des dirigeants régionaux pour leur présenter ses besoins, ses exigences en termes de qualité ou de sécurité et sa façon de travailler. Près de 400 patrons, représentant 350 entreprises, ont répondu à l'invitation tandis qu'une centaine de PME ont pu rencontrer, quelques heures plus tard, toujours à Saint-Nazaire, le futur donneur d'ordres à l'occasion de rendez-vous individuels.
1,3 milliard sous-traité
«C'est aujourd'hui le vrai point de lancement. Nous avons un an et demi pour préparer les entreprises locales», assure Yvon André, directeur général délégué d'EDF Énergies Nouvelles qui, sur la forme, prône «une démarche quasiment participative» avec les PME. Ce lancement, beaucoup d'entrepreneurs n'ont donc pas voulu le manquer. D'autant qu'en cette période de disette économique, les projets de développement ne sont pas légions. «C'est maintenant qu'il faut essayer de prendre le bon wagon. L'éolien offshore, c'est un énorme marché et j'espère qu'il représentera un vrai axe de développement», indique Fabrice Badeau, dirigeant de SA2EI à Sainte-Luce-sur-Loire, une filiale de Garos qui a d'ores et déjà réalisé l'armoire électrique du prototype d'éolienne géante d'Alstom au Carnet. L'implantation de 80 appareils au large de Saint-Nazaire représente deux milliards d'euros d'investissement. Une partie de cette enveloppe sera amenée par les membres du consortium. Principalement par Alstom qui va construire deux usines à Saint-Nazaire, l'une allant fabriquer des nacelles, l'autre des alternateurs. Les permis de construire viennent d'être déposés, l'ensemble, créateur de 300 emplois, devant être opérationnel en 2014. À l'horizon 2017, ce dispositif sera complété par un centre de R & D, qui emploiera 200 salariés en vitesse de croisière, à Nantes ou à Saint-Nazaire. La majorité des deux milliards d'investissement sera toutefois supportée par des partenaires. «Il nous faudra aller chercher les deux tiers de cette somme», dévoile ainsi Yvon André. Cela veut dire que, sur Saint-Nazaire, les entreprises partenaires et les sous-traitants du consortium vont se partager environ 1,3 milliard d'euros. Cela serait susceptible de générer plus de 2.000 emplois dans la région.
Une usine pour les fondations
Même si les études sont toujours en cours, à cause de la nature des fonds marins, Jérôme Pécresse, vice-président exécutif d'Alstom, confirme son choix d'utiliser des fondations mono-pieux plutôt que des jackets. «Une déception» pour Jean-Claude Pelleteur, président du cluster nazairien Néopolia qui réunit 150 entreprises. Avec ses 25 mètres de haut, et sa forme cubique, le jacket aurait été susceptible d'offrir beaucoup de travail aux nombreux ateliers de chaudronnerie de l'estuaire. «Mais on peut tout de même très bien réaliser des pièces pour les pieux», positive le Nazairien. Quoi qu'il en soit, étant donné leurs poids, «les fondations seront construites à Saint-Nazaire», assure Yvon André. Un site de fabrication de ces mono-pieux-activité qui n'existe pas à ce jour en France - devrait ainsi être opérationnel dans l'estuaire de la Loire à l'horizon 2018. Cette activité devrait être confiée, après appel d'offres, à un partenaire.
Lettre d'intention avec STX
Autre marché crucial pour l'industrie nazairienne, celui des navires qui serviront à la pose et à la maintenance des éoliennes. «Nous avons pas mal discuté à ce sujet avec STX», confie Yvon André qui annonce qu'une lettre d'intention a été signée avec le chantier naval pour un bateau d'installation d'une valeur de 200 millions d'euros. C'est le tiers du montant d'un gros paquebot. La flotte dédiée à la maintenance du parc nazairien est, elle, estimée à quatre navires tandis qu'une douzaine d'autres bâtiments seront nécessaires aux deux autres parcs français que pilote le consortium. La construction de tous ces navires fera l'objet d'appels d'offres début 2014. Au total, le consortium lancera des consultations portant sur une dizaine de lots. Il faudra construire des usines, exploiter les parcs et, surtout, implanter les éoliennes. Un chantier énorme au cours duquel une trentaine de navires sillonneront simultanément les 78 km² du parc. Les uns creuseront les fonds marins, les autres procéderont à la pose de câbles et à des opérations d'ensouillage. Pendant ce temps-là, à terre, les ateliers fabriqueront des sous-stations électriques de près de 200 tonnes, des aérogénérateurs, etc.
La Vendée et l'export
La plupart des appels d'offres seront lancés début 2014. Certains, concernant les usines d'Alstom, le seront dès l'an prochain, le groupe industriel comptant exporter ses turbines, avant la mise en service du champ nazairien, prévu à partir de 2018. Le duo EDF/Alstom compte aussi répondre à des appels d'offres en Europe, notamment en Angleterre, d'ici à la fin de l'année. Il confie, enfin, vouloir répondre aux deux futurs champs éoliens français, à Noirmoutier et dans le Nord, dont les appels d'offres devraient être lancés d'ici à décembre. Autant de nouvelles opportunités de business pour les entreprises régionales qui vont désormais pouvoir compter sur une nouvelle locomotive pour leur ouvrir les portes d'un vaste marché.
Sur les deux milliards d'euros nécessaires à la construction du champ éolien au large de Saint-Nazaire, plus d'un milliard sera confié à des partenaires extérieurs au consortium piloté par EDF et Alstom. La plupart des appels d'offres seront lancés en 2013 et 2014.