Énergie : Saint-Nazaire va carburer aux algues
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Énergie : Saint-Nazaire va carburer aux algues

Recherche Des chercheurs nazairiens espèrent concevoir un carburant à partir d'algues microscopiques. Ils disposeront pour cela en 2014 d'une plate-forme de tests, ouverte aux industriels de la filière.

Les avions de demain voleront peut-être grâce à des algues microscopiques appelées micro-algues. Plusieurs équipes de recherche planchent aujourd'hui dans le monde sur un carburant de troisième génération. Parmi elles, à Saint-Nazaire, celle du Gepea, un laboratoire de l'Université de Nantes, du CNRS, de l'école des Mines et d'Oniris qui réunit 180 personnes. Pour poursuivre leurs travaux, les chercheurs nazairiens auront à leur disposition en 2014 une nouvelle plate-forme de recherche et de développement. À mi-chemin entre le laboratoire et l'industrie, ce démonstrateur situé sur le site de Gavy, testera sur 2.000m², différents modes de production de micro-algues.




Les locaux à la rescousse

Retoqué par le programme gouvernemental des Investissements d'Avenir, le projet nécessite un budget de 3,5millions d'euros. Les trois quarts de la somme sont finalement apportés par les collectivités locales et la CCI de Nantes Saint-Nazaire ; le solde pourrait provenir de fonds européens, une demande de financement Feder ayant été déposée. « Nous avons besoin de prolonger les travaux que nous menons en laboratoire. L'objectif est de cultiver des micro-algues, en conditions réelles, en utilisant pour cela le moins d'énergie possible », résume Jack Legrand, directeur du Gepea. Dans son laboratoire, le chercheur est aujourd'hui capable de produire du carburant à partir de micro-algues. Mais avec un rendement aujourd'hui insuffisant. Il lui faut donc mettre au point un procédé permettant de produire massivement des micro-algues et ce, en utilisant un minimum de ressources, les algues microscopiques ayant besoin d'eau, de CO2, de lumière et de nutriments pour se développer.




La ville verte

Si le démonstrateur nazairien a une finalité énergétique, il pourra également être utile à d'autres secteurs économiques. « Nous avons choisi l'énergie parce que c'est un enjeu considérable pour les années à venir. Mais aussi parce que cela demande un niveau d'exigence très élevé. Étant donné ce degré d'exigence, nous pourrons résoudre d'autres problématiques, comme celles de la nutrition animale ou de la cosmétique », indique Pascal Jaouen, chercheur au sein du Gepea. La future plate-forme de R & D sera ainsi ouverte aux chercheurs et aux industriels de tous horizons. Une quarantaine d'entreprises auraient ainsi montré de l'intérêt vis-à-vis de la plate-forme. C'est notamment le cas de Séché Environnement et du cabinet d'architecte parisien X-TU qui n'attendront même pas la construction du démonstrateur pour tester, à Gavy, un prototype de nouvel équipement. Il s'agit de valider l'opportunité d'élever des micro-algues dans des photo-bioréacteurs intégrés à des façades de bâtiments. Si l'expérience se révèle concluante, Séché pourrait disposer des bioréacteurs sur une façade d'une de ses usines. « Le groupe cherche à valoriser ses ressources non utilisées émanant de ses usines, comme des effluents aqueux ou du gaz carbonique, pour élever des micro-algues », explique t-on au sein du groupe de traitement des déchets mayennais. Du côté de X-TU, les équipes de R & D imaginent même une ville entière constituée de gratte-ciel aux façades vertes. Celles-ci seraient en effet composées par des vitrages classiques ainsi que par des systèmes de culture de micro-algues, qui lui conféreraient cette couleur verdâtre.




Du bitume avec des algues

Autre entreprise intéressée par le démonstrateur : Algosource à Assérac qui cherche notamment à créer un liant routier à partir des micro-algues. « Pour passer un cap, il nous faut des équipements supérieurs à ceux des laboratoires », explique Olivier Lépine, directeur général de la PME. Globalement, ce sont toutes les entreprises régionales, regroupées au sein du réseau Atlanpole Blue Cluster, qui sont susceptibles d'être intéressées par la future plate-forme nazairienne. C'est d'ailleurs celles-là qui devraient en premier lieu tirer profit du démonstrateur. Les premiers résultats des travaux de recherche de X-TU et de Séché sont ainsi attendus au cours de l'année. Il faudra beaucoup plus de temps pour arriver à mettre au point un carburant à base d'algues. « Pour les biocarburants, on parle en dizaines d'années », glisse ainsi Jack Legrand.

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