Effimune franchit un palier essentiel de sa jeune histoire. L'entreprise de biotechnologies nantaise vient en effet de signer un accord avec Janssen, une filiale du groupe américain Johnson & Johnson. Affichant plus de 70 milliards de dollars de chiffre d'affaires, il s'agit de l'un des dix plus gros groupes mondiaux de la pharmacie. Pour les neuf salariés d'Effimune, cet accord « d'option de licence » s'avère « très important. Janssen va nous permettre de passer à la phase clinique de développement », indique Maryvonne Hiance, présidente d'Effimune. Depuis sa création en 2007, l'équipe hébergée au sein du CHU de Nantes cherche à créer un fragment d'anticorps monoclonal permettant de réguler le système immunitaire lors de transplantations ou de maladies auto-immunes comme la polyarthrite rhumatoïde ou la sclérose en plaques. « On a fait une bonne partie de la recherche. On sait produire la molécule, on a démontré que son mécanisme fonctionnait. Il nous reste encore à montrer son efficacité sur l'homme », explique la dirigeante nantaise.
Où trouver dix millions ?
Mais la recherche clinique demande du temps et coûte beaucoup d'argent. Pour les premiers tests cliniques, ainsi que des tests pré-cliniques, « il nous fallait dix millions d'euros à court terme. Nous n'avons pas les moyens de financer cela seul », assure Maryvonne Hiance. Depuis sa création, Effimune a pourtant montré sa capacité à aller chercher des fonds. La TPE nantaise a ainsi déjà collecté six millions d'euros. La moitié de cette somme émane de dispositifs publics, comme les fonds européens, Bpifrance ou l'agence nationale de la recherche. L'autre moitié est issue du privé, c'est-à-dire de business angels et de fonds ISF. « Avec la loi Tépa, on arrivait à lever un million par an ces derniers temps », précise la Nantaise. Pour aller vers la phase clinique, Effimune doit changer de braquet. Et ce n'est pas sur sa capacité d'autofinancement qu'Effimune peut compter, la TPE ayant fait le choix de se concentrer sur la recherche et de ne pas proposer des prestations de services « alimentaires ».
L'inertie du capital-risque
Quant à la piste du capital-risque, elle finit par mener à une impasse. « Dans les biotechnologies, seuls trois fonds comptent. Les autres ne font que suivre. Mais Sofinnova n'a pas investi en France depuis trois ans et Rothschild reçoit trois cents dossiers par an... », explique Maryvonne Hiance. Du coup, en plus d'aller frapper à la porte des capitaux-risqueurs, la chef d'entreprise a fait le tour de potentiels clients. « On a des contacts avec tous les groupes qui travaillent dans l'immunologie et la transplantation. Sur le plan mondial, on était en relation avec une dizaine d'entreprises », confie la dirigeante d'Effimune. Après un an et demi de négociations, elle retiendra finalement la proposition de la filiale de Johnson & Johnson. Le groupe américain « finance tout le développement et, si les résultats s'avèrent concluants, il lève l'option de licence qui porte sur tous les droits liés à la molécule ». En cas de succès, c'est-à-dire de mise sur le marché d'un médicament comprenant son fragment d'anticorps, Effimune et son partenaire pourraient se partager un gâteau estimé entre deux cents et quatre cents millions d'euros. Reste que la route vers cet éventuel jackpot est encore longue. Si médicament il y a, ce ne sera pas avant 2020.
Effimune
(Nantes) P-dg : Maryvonne Hiance 9 salariés CA 2012 : 122.000 € 02 40 41 28 34