Même si éventuellement reportée d'octobre à janvier, l'écotaxe, la taxe sur les camions de plus de 3,5 tonnes voyageant sur les routes nationales, continue de provoquer la colère des patrons bretons. Ils demandent un report sine die, voire la suppression de la taxe. Ils lui reprochent d'être une « usine à gaz » et de fragiliser l'économie bretonne. Malgré la mobilisation, les professionnels du transport savent que la refacturation de l'écotaxe auprès des clients est un moyen d'étouffer la révolte dans l'oeuf. « Comme pour les hausses de carburant, on nous demande d'être collecteurs d'un impôt par un pied de facture », déplore Christian Bohelay, P-dg des Transports Bohelay (56). « Ce qu'on demande, précise Anthony Rouxel, président de la Fédération nationale des transports routiers Bretagne, c'est de repousser la taxe jusqu'à ce que l'économie aille mieux ». D'autant que le démarrage risque d'être compliqué : en juillet, « nous avons fait les demandes de boîtiers GPS, qui servent à localiser les camions aux points de contrôle pour la facturation. Mais nous ne les avons toujours pas reçus fin août », indique Jean-Jacques Le Calvez, P-dg des transports Le Calvez (29). En Bretagne, ce sont 50.000 camions que six SHT (Société Habilitée fournissant un service de Télépéage) doivent équiper.
Le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier prendra une décision le 6 septembre.
« Fragiliser l'économie bretonne »
Le principal grief fait à l'écotaxe : le timing. « Elle a été pensée au moment du Grenelle de l'environnement, en 2008. Mais depuis, la crise est arrivée, rappelle Anthony Rouxel. Cette taxe fragilise encore un peu plus la Bretagne. » Selon Pierre-François Gouineau, responsable de site des Transports Le Ray (56), « avec la crise, nous assistons à un doublement des PME du transport en difficultés ». Certains prédisent « +15 à 20 % de dépôts de bilan si la taxe avait été mise en place en octobre. »La Bretagne a pourtant déjà obtenu un rabais de 50 % sur la taxe des transports intrarégionaux. « Nous n'avons pas d'autoroutes, nous n'avons pas d'infrastructures pour une alternative aux transports routiers », soutient Jakez Bernard, président de Produit en Bretagne.Quid donc de ses solutions alternatives ? « J'ai travaillé 15 ans dans le secteur du rail-route. Il y a encore plein d'ajustements à avoir pour que ça fonctionne. Ce sont des discours politiciens bien loin du terrain », souligne Pierre-François Gouineau. Selon Jean-Jacques Le Calvez : « Quand on peut, on le fait volontiers. » Le dirigeant évalue à 8 M€ ce que sa société (780 salariés) devra verser en écotaxe sur un chiffre d'affaires de 100 M€ et un résultat d'1 M€. « Et c'est pour l'instant difficile de savoir ce que l'on va récupérer sur les factures. »