Ils étaient mobilisés depuis plusieurs semaines, pour tenter de peser dans la bataille judiciaire. Depuis cet été, les ex-salariés d'Ecopla, rassemblés au sein de l'association Les Amis d'Ecopla, ont opté pour une méthode offensive pour se faire entendre auprès des politiques. « Les salariés avaient tout fait, en montant un dossier avec les banques, rencontré les élus députés et sénateurs, envoyé des dizaines de lettres à la région, au syndicat patronal de l'aluminium, au ministre Macron... Mais il ne se passait rien », se souvient Sylvain Laporte, journaliste à Fakir. C'est à l'occasion d'un reportage que son patron, le réalisateur François Ruffin, décide d'épauler les ex-salariés dans leur « communication de crise ».
Résultat ? Une poignée d'entre eux monte à Paris pour solliciter des rendez-vous avec des représentants politiques en l'espace de trois jours. L'histoire d'Ecopla devient un emblème, repris à la fois par les chaines de télévision, mais aussi par les politiques en pré-campagne électorale. « On n'a pas l'habitude de voir débarquer des ouvriers du fond de l'Isère : on a donc essayé de tirer ce flou à notre avantage », résume Sylvain Laporte.
Des lieux de rendez-vous insolites
Bien qu'épaulés à la fois par le journal Fakir, par un caméraman et une psychologue du travail, les choses n'ont pas été simples : « Il a parfois fallu dire que l'on resterait jusqu'à ce que l'on ait un rendez-vous, comme à Bercy où les salariés ont été reçus après au bout d'une heure et demi. Des coups de fils ont été passés en sous-marin », se souvient Christophe Chevalier, ancien délégué syndical CGT d'Ecopla. L'ex-ministre de l'Economie a préféré recevoir les salariés au QG de son mouvement, En Marche, plutôt qu'au ministère. « On l'a interpellé sans qu'il nous réponde durant 18 mois, et lorsque l'on vient, on apprend qu'il allait démissionner ».
Jean-Luc Mélenchon a quant à lui répondu trois à quatre jours en amont, tandis qu'Alain Juppé a donné rendez-vous pour le lendemain. Montebourg a reçu les salariés dans les bureaux du Made in France... Tout un symbole. Quant à Cécile Duflot, elle a rencontré les salariés dans un café alors qu'elle allait tracter place de la Sorbonne. Chez Nicolas Sarkozy, les salariés n'ont pu parler qu'à un étudiant spécialisé dans les questions du numérique. « Il y en a qui découvraient l'histoire, tandis que d'autres nous demandaient déjà ce qu'ils pouvaient faire. Tous ont finalement fait des lettres à Michel Sapin», raconte Sylvain Laporte. Les candidats du FN ainsi que Nicolas Dupont-Aignan n'ont cependant pas été approchés. « On s'en est tenus aux poids lourds ».
L'ère de la bataille politique
Ce battage politique aura eu un premier effet : un courrier, envoyé par Michel Sapin, a été lu par le commissaire au redressement productif lors de l'audience devant la Cour d'Appel de Grenoble, le 5 octobre. « Cela n'est pas tombé du ciel !», estiment les ex-salariés. Pour autant, le rejet de la demande pour des raisons de recevabilité un mois plus tard n'a pas entaché leur engagement. « C'est la bataille politique qui commence désormais », a estimé François Ruffin. En l'attente de la décision qui doit être rendue ce mois-ci par sur une dernière procédure en tierce-opposition, les Amis d'Ecopla planchent sur un projet de loi visant à favoriser les reprises par les salariés dans le cadre des liquidations et ont demandé à voir directement Michel Sapin. « Ce projet intéresse aussi des organismes comme la CGPME, avec qui nous sommes en contact », précise Sylvain Laporte. « Rien n'est perdu », veut croire l'avocat des Amis d'Ecopla, Me Pierre-Yves Cerato. Ce dernier entrevoit également une dernière option : «L'Etat a lui aussi un moyen d'action, qui n'est pas d'ordre judiciaire, en pouvant décider de favoriser la création d'une nouvelle entreprise pour aider le projet de Scop ». Il précise toutefois que dans ce cas, cela ne déferait pas la décision judiciaire, qui a déjà accordé la reprise du parc machines à l'italien Cuki.
Une enveloppe de 3 millions d'euros
La région a déjà fait savoir qu'elle accorderait un prêt de 400 000 euros au projet de Scop. « Au total, nous avons réuni 3 millions d'euros avec les prêts bancaires », précise Christophe Chevalier. Ce projet, qui permettrait de conserver 20 emplois, vise un chiffre d'affaires de 5 millions d'euros sur la première année (et 50 millions d'euros d'ici 3 ans) alors que l'entreprise réalisait 20 millions d'euros il y a quatre ans.