Le mandat de Frédéric Henry, le nouveau président du conseil de surveillance du Grand Port Maritime de Rouen (GPMR) qui doit être formellement intronisé dans le courant du mois de janvier, ne pouvait pas démarrer sous de meilleurs auspices! L'arrêté interpréfectoral autorisant le GPMR à démarrer les travaux d'amélioration des accès du port a été publié le 13décembre dernier. Une véritable bouffée d'oxygène pour l'autorité portuaire qui avait fait de ce dossier l'axe emblématique de son projet stratégique.
Des navires de 58.000 tonnes dès 2013 à Rouen
L'enjeu pour le port de Rouen est à la hauteur de l'investissement chiffré à près de 185millions d'euros! En procédant à l'arasement des points hauts du chenal sur près de 120km -soit 40cm en moyenne sur 17% de la surface du fleuve entre Tancarville et Rouen et 10% sur l'aval en direction de l'Estuaire- le port de Rouen veut se donner les moyens d'accueillir dès 2013 des navires vraquiers à plus fort tirant d'eau capables de transporter jusqu'à 58.000 tonnes de marchandises. Des navires dits «Handymax» de plus en plus présents dans les flottes des grands armateurs mondiaux auxquels le port de Rouen veut dérouler le tapis rouge. En termes de retombées économiques, l'autorité portuaire avance un gain potentiel de dix millions de tonnes de trafic par an, soit «40% d'activité supplémentaire d'ici 2020». Au-delà, le GPMR compte récupérer des trafics perdus faute de pouvoir accueillir des navires suffisamment importants. Philippe Deiss, le président du directoire du Grand Port Maritime de Rouen, cite en exemple les exportations céréalières: «nous avons notamment des contraintes par rapport à des clients comme l'Égypte qui réclament des navires d'une capacité de 50 à 60.000 tonnes alors que nous ne pouvons en charger que 40.000t à Rouen. Le navire doit donc transiter par Dunkerque ou LaRochelle pour compléter son chargement. Et ça, les Égyptiens n'en veulent plus! C'est pour cela que nos exportations vers cette destination se sont arrêtées en juillet dernier. Mais il y a également d'autres marchés tels le Yémen que nous ne pouvons plus assurer en l'état actuel des choses». Et la démonstration vaut pour les produits pétroliers qui représentent aujourd'hui, selon le président du directoire du GPMR, «la moitié des trafics du port».
Démarrage en janvier
Le président de l'Union Portuaire Rouennaise Philippe Dehays parle d'une «bonne nouvelle», mais dresse néanmoins un constat sévère de la situation: «si on ne réalise pas ce projet, nous sommes morts dans les dix ans qui viennent! Il ne s'agit pas que d'une question de développement, c'est tout simplement vital ne serait-ce que pour garder ce que l'on a déjà».
La première phase des travaux d'arasement des points hauts du chenal doit démarrer en janvier entre l'embouchure de la Seine et Port-Jérôme. Opération qui doit permettre dès juin prochain l'accès aux navires présentant un tirant d'eau de 11,70m. Le chantier, après appel d'offres européen, a été attribué à un groupement réunissant la filiale française du groupe Belge Deme, SDI, et le Français EMCC (Entreprises Morillon-Corvol et Courbot), filiale de Vinci Construction qui compte une agence auHavre. La société SDI, spécialiste du dragage et des travaux fluviaux et maritimes dont le siège est à Lambersart (59), compte parmi ses références normandes le chantier des digues de protection et accès maritimes de Port 2000 auHavre. Quant à EMCC, sa dernière intervention à Rouen date de 2009 avec la construction d'un quai de 250m de long à Moulineaux. La filiale de Vinci Construction compte également à son «tableau de chasse» la construction du quai nº3 du port de Honfleur en 2003, le dragage du port de Dieppe en 2008 ou encore celui du chenal d'amené de la centrale de Penly et ses quelque 101.000m³ de sédiments.
Le retraitement des sédiments
Sur la question, justement, du recyclage des sédiments de dragage, le GPMR annonce l'immersion de 2,5millions de m³ sur son site traditionnel de «clapage» de Kannik au large duHavre. Quelque 3,5millions de m³ de sédiments dragués dans le chenal amont entre Tancarville et Rouen seront, eux, valorisés par les carriers locaux dans la filière bâtiment-travaux publics (2,5millions de m³) ou utilisés «pour le comblement de ballastières et la restauration de milieux humides et de paysages». Un nouvel appel d'offres doit être lancé en début d'année pour les prochaines phases du chantier dont la seconde, menant jusqu'à Courval, doit démarrer avant la fin de l'année. Le traitement de la partie amont est quant à lui programmé à compter de 2013, ainsi que la nouvelle zone d'évitage d'Hautot-sur-Seine. Le chantier dans sa globalité devrait s'achever en 2015.
Guillaume Ducable
Le dossier du projet est consultable sur www.rouen.port.fr, rubrique Amélioration des accès maritimes et Environnement
L'arrêté interpréfectoral autorisant le démarrage du chantier de «l'amélioration des accès maritimes du port de Rouen» a été publié le 13décembre dernier. Les premiers travaux de dragage entre l'Estuaire et Port-Jérôme ont démarré dans la foulée.