Doux : Le match tourne en faveur de Charles Doux
# Reprise

Doux : Le match tourne en faveur de Charles Doux

En obtenant l'aval du tribunal de commerce de Quimper, Charles Doux remporte une manche face au consortium mené par le puissant Sofiprotéol. Délesté du pôle frais, le volailler doit désormais faire ses preuves pour faire accepter son plan de redressement.

«Comment une entreprise comme Doux, avec son mode de management et sa stratégie, a-t-elle pu tenir jusqu'à aujourd'hui? », s'étonne un industriel morbihannais. «Dans le monde économique breton, tout le monde se connait. Et tout le monde est surpris que Doux n'ait jamais investi dans ses usines. Charles Doux ne croit-il pas en ses salariés ?», questionne cet observateur, regrettant que derrière cette stratégie, c'est un véritable drame social qui se joue. «Avec des salariés qui parfois travaillent en couple dans la même usine, qui ont investi toute leur vie dans ce travail.» Pour cet industriel, «celui qui n'investit pas, ni dans son outil de production, ni dans ses hommes, est condamné à disparaître tôt ou tard.» C'est ce manque de vision stratégique qui a été au coeur des débats tout l'été. Au terme d'une âpre bataille, le tribunal de commerce de Quimper a finalement donné, le 1eraoût dernier, une dernière chance au volailler de redresser le groupe. Les juges ont préféré le plan de continuation de Charles Doux à l'offre de reprise considérée comme la plus sérieuse: celle du consortium mené par le puissant conglomérat Sofiprotéol qui ambitionnait, avec les poids lourds de l'industrie de la volaille (LDC, Duc, Glon Sanders, Tilly-Sabco), de mettre en place un «projet industriel pour la filière avicole française». Le tribunal a jugé cette offre irrecevable sur «la condition d'indivisibilité et d'indissociabilité».





Placé en liquidation, le pôle frais de Doux n'est pas retenu dans le plan de continuation. «Ils ont préféré couper un bras plutôt que tout sacrifier», explique une source proche du dossier qui rappelle que le pôle frais «perdait de l'argent depuis des années».




Inquiétudes à La Vraie-Croix et Sérent

D'ailleurs une incertitude pèse toujours: qu'adviendra-t-il des cadres et personnel administratif qui travaillaient pour le Brésil ou le pôle frais? Il y aurait entre 80 et 100 personnes concernées, réparties sur les sites de Châteaulin (29) et de La Vraie-Croix. «La direction nous a informés que certains ont déjà donné leur démission», apprend Nadine Hourmant, déléguée FO. Les informations concernant les restructurations seront données d'ici à début octobre. Autre coup dur aussi à Sérent (159 salariés), où l'offre de reprise de la société Le Tallec a été retirée début septembre en raison de l'impossibilité d'utiliser la marque "Père-Dodu - Le choix du Chef".




Cinq offres

Cinq offres de reprise ont donc été déposées cet été, entre autres par certaines des entreprises du consortium (Duc pour l'abattoir de Sérent, et en association avec Glon-Sanders, filiale de Sofiprotéol, celui de Boynes, Clémont et Amilly; LDC pour les sites de Sérent et Laval). Au total, ces offres permettraient de sauver au maximum 500 emplois, sur les 1.700 que compte le pôle frais, auxquels il faut ajouter les 134 salariés de l'abattoir de Pleucadeuc, repris dans le plan de continuation de Doux. Le site de Graincourt, dans le Pas-de-Calais (253 salariés), avait fait l'objet d'une offre de reprise déposée par un entrepreneur et suivi par des fonds iraniens. Après avoir été jugée irrecevable, elle a finalement été retirée. Un des plus gros sites du frais, Blancafort (Cher, 244 salariés) n'a pas non plus trouvé preneur alors qu'il faisait partie de l'offre du consortium. «La direction pensait que les candidats maintiendraient leurs offres sur tous les sites, mais là, ça ne colle plus», déplore Véronique Rives, déléguée CGT de Doux à Châteaulin. Le tribunal de commerce de Quimper s'est prononcé le 5septembre. Le 10, les sites non repris seront liquidés et les salariés licenciés. Un plan de sauvegarde de l'emploi à deux millions d'euros a été arraché par les syndicalistes lors du comité central d'entreprise, le 23août.






Manoeuvres

En coulisses, la direction de Doux avait oeuvré tout l'été pour convaincre salariés, créanciers, éleveurs et transporteurs de soutenir son plan, afin d'apporter des arguments de poids devant le tribunal. Si elle n'a jamais réussi à ranger les syndicats de son côté, elle a fini par séduire les transporteurs et éleveurs, en apportant des garanties sur le paiement de leurs créances. Des manoeuvres auxquelles ne s'est pas livré Sofiprotéol, qui avait, de son côté, la faveur du gouvernement. Autre argument, le prêt de dixmillions d'euros de la Barclays et l'apport de 20millions d'euros d'un des principaux clients de Doux, le Saoudien Al Munajem. 30millions d'euros rajoutés in extremis, qui s'ajoutent aux 19millions d'euros que le groupe a récupérés de la vente de l'usine de production d'aliments pour animaux, Stanven à Plouray. Des liquidités qui assurent les besoins en trésorerie «au moins jusqu'à la fin de la période d'observation, le 30novembre», assure Maurice Lantourne, avocat de Doux. La Barclays a par ailleurs annoncé qu'elle acceptait de transformer ses 144millions d'euros de créances en capital, prenant ainsi le contrôle de 80% du groupe. La famille Doux et l'actionnaire historique, la BNP, se partageant les 20% restant (respectivement 14 et 6%).





Si Doux a remporté cette première manche, une nouvelle mise en vente du groupe n'est pas à exclure selon l'avocat Maurice Lantourne: «Les administrateurs judiciaires pourraient proposer au tribunal les deux options». Reste à mettre au point un plan de redressement crédible, préservant les emplois et surtout financé. Grâce à la vente d'une autre usine du groupe ?

# Reprise