Il y a presque un an, le groupe volailler était placé en redressement judiciaire. Ce mois de mai 2013, les dirigeants du volailler avaient à nouveau rendez-vous au tribunal de commerce de Quimper afin de demander un délai pour la restructuration de la société. Dans leur décision du 24 mai, les juges ont estimé que « les éléments d'exploitation des douze derniers mois démontrent un redressement progressif de la situation tant pour le pôle export que pour le pôle élaboré ». Résultat : six mois de prolongation pour la période d'observation, avec un point d'étape le 24 septembre. Mais les dirigeants de Doux n'étaient pas venus les mains vides.
Un nouvel investisseur
En tractation depuis plusieurs mois, en lien avec le ministère de l'Économie, l'investisseur français Didier Calmels entrera au capital du groupe volailler. À travers sa holding Développement et Partenariat (D&P), il compte reprendre 67 % des créances du groupe Doux à Barclays Bank, - soit 150 millions d'euros - pour les transformer en prise de capital. La famille Doux et la BNP Paribas se partagerons le dernier tiers restant. Pour ce qui concerne la filiale brésilienne, D&P envisagerait de céder « pour un réal symbolique » la filiale de Doux au Brésil, Frangosul, au géant brésilien de la viande JBS, qui en est actuellement le locataire-gérant. En échange, JBS renoncerait aux créances sur la France, ce qui permettrait d'éliminer 60 millions d'euros de dettes supplémentaires du passif de Doux, actuellement de quelque 340 millions d'euros.
Qui est Didier Calmels ?
Le Tanneur, l'Alpine de Renault, la marque Wonder... toutes ces entreprises sont passées dans les mains de Didier Calmels. Un redresseur de société redoutable qui a réussi, en deux ans, à remmettre à flot le maroquinier Le Tanneur, pour le revendre 23 millions d'euros à un Qatari en 2011. Pour l'heure, le nouvel investisseur a prévu de rencontrer les salariés lors du prochain comité d'entreprise le 15 juin prochain.
Les syndicats prudents
Didier Calmels ne s'est pas encore prononcé sur la stratégie qu'il compte adopter. Face à ce silence, les syndicats préfèrent rester méfiants. « On sera prudents tant qu'on ne connaît pas l'investisseur, tant qu'on ne l'a pas vu, tant qu'il ne s'est pas présenté, tant qu'on ne sait pas sa stratégie, ce qu'il va faire, combien de temps il va rester », a déclaré Patricia Le Bars, déléguée centrale CFDT de Doux. « Il y a beaucoup d'inconnues, notamment sur la position de cet investisseur. Il y a des interrogations sur sa stratégie, la durée de sa présence », reconnaît Nadine Hourmant, déléguée centrale FO de Doux, souhaitant que Didier Calmels s'engage sur le long terme auprès du groupe.
Quel avenir pour le volailler ?
Doux rebat ainsi complètement les cartes en donnant la main à un investisseur étranger à l'agroalimentaire, toutefois connu comme un sérieux repreneur. Reste la question du Saoudien Al Munajem, premier client du groupe Doux, qui fut pressenti pour entrer au capital. Pas de nouvelles de ce côté-ci. En 2012, le groupe a généré un chiffre d'affaire de 650 millions d'euros (1,4 milliard d'euros en 2011). Suite à la liquidation du pôle frais, 1.000 emplois ont été supprimés, portant l'effectif de l'entreprise à 2.380 salariés.
Le site de Pleucadeuc liquidé
Le 14 mai, le tribunal de commerce de Quimper a prononcé, faute de repreneur, la liquidation judiciaire de l'abattoir de Pleucadeuc (Morbihan). 147 personnes y sont employées.
Les salariés ont toutefois eu gain de cause sur un autre tableau, après plusieurs années de bataille judiciaire. Avec les salariés de l'usine de Sérent, ils réclamaient le paiement des temps de pause par l'entreprise. Le 10 mai, la cour d'Appel de Rennes a confirmé le jugement du conseil des Prud'hommes de Vannes. Malgré la liquidation du site de Pleucadeuc, les rappels de salaires seront versés, même aux personnes ayant déjà quitté l'entreprise.
Les sommes - bloquées chez les mandataires judiciaires - iront jusqu'à 8.000 euros.
AGROALIMENTAIRE Le tribunal de commerce de Quimper a donné six mois de plus au groupe de Châteaulin pour présenter un plan de continuation. L'investisseur Didier Calmels est annoncé au capital.