Dominique Teyssier : Un ticket pour l'espace

Dominique Teyssier : Un ticket pour l'espace

Dirigeant de Satsys, PME toulousaine spécialisée dans les télécoms par satellite, Dominique Teyssier fait partie des cinq premiers Français qui réaliseront d'ici à 2012 un «baptême de l'espace», à bord du vaisseau spatial du milliardaire Richard Branson. Marie Lepesant

200.000dollars pour quelques minutes en apesanteur. Si la somme peut paraître exorbitante pour certains, il est des hommes pour qui réaliser son rêve n'a pas de prix ! Dominique Teyssier est de ceux-là. À la tête de Satsys, PME de 10 salariés qui réalise un chiffre d'affaires de 500.000euros, il n'a pas hésité à mettre la main au portefeuille. Et si des internautes lui reprochent de gaspiller son argent, il assume et rétorque: «Il me semble qu'en France, l'argent a toujours été un sujet tabou. Beaucoup de personnes achètent des voitures de luxe, des bateaux, des maisons de campagne pour des montants bien supérieurs. Je pourrais faire pareil mais cela ne m'intéresse pas. Je suis plus interpellé par "l'être" que par "l'avoir". C'est pour cela que j'ai choisi de participer à cette aventure». Discours sans équivoque qui dispense de tout commentaire.




Un rêve de gosse

«Lorsque j'avais huit ans, je me rappelle de la projection unique, dans un tout petit village d'Ardèche où mon père était instituteur, du film "Le jour où la terre s'arrêta" (de Robert Wise). Nous n'étions pas nombreux, peut-être 10 ou 15 élèves. C'était la première fois que j'allais au cinéma. Ce film est resté gravé dans ma mémoire et me donnait déjà envie de faire au moins ce que Gagarine avait fait en 1961», raconte Dominique Teyssier. En 1969, il regarde, subjugué, les images en noir et blanc d'Aldrin marchant sur la Lune sur le poste de télévision que son père avait mis à l'extérieur de l'unique échoppe du village qui appartenait à sa grand-mère. Souvenirs impérissables. Et pourtant, quand vient le temps de choisir sa voie, il ne sait pas vraiment ce qu'il veut faire comme métier. Il entreprend d'abord des études de physique-chimie, avant d'entrer dans une école de commerce, guidé par son envie de travailler à l'international. Au début des années 80, tout juste diplômé, il monte à Paris et travaille dans une agence de voyages. Un pied dans les voyages et bientôt un autre dans l'aéronautique... En 1991, il passe une licence de pilote privé en France, puis la qualification de vol aux instruments (IFR, en anglais pour Instrument Flight Rules) ainsi que la licence de pilote professionnel à Miami. Il touche du doigt son rêve d'enfant: devenir pilote. Mais le destin en décidera autrement. À l'époque, «sur 2.000 pilotes diplômés, la moitié était au chômage», se rappelle Dominique Teyssier. Pendant deux ans, malgré une conjoncture défavorable, il cherchera un poste. En vain.




Saisir sa chance

«Beaucoup d'enfants rêvent d'être pilote d'avion, pompier ou astronaute. Le plus difficile, c'est de concrétiser ses rêves. J'ai la chance de pouvoir le faire», peut-il dire aujourd'hui, assis à son bureau, qui regorge de maquettes d'avions et d'hélicoptères. S'il n'a pas fait carrière en tant que pilote d'avion, il pourra, l'espace d'un instant, être dans la peau d'un astronaute. En mars dernier, il découvre par hasard que des billets sont en vente pour monter à bord du vaisseau spatial du milliardaire et P-dg du groupe Virgin, Richard Branson. Il multiplie, sans se décourager, les appels téléphoniques auprès de Virgin en Angleterre puis de Voyageurs du monde, qui commercialise ces voyages spatiaux en France, mais sans succès. Il devra attendre trois mois pour recevoir un coup de fil de Jean-Luc Wibaux, consultant pour Voyageurs du Monde. Ensuite, «un chèque suffit», raconte Dominique Teyssier, empreint d'une lucidité qui ne gâte en rien son enthousiasme. En septembre, son rêve devient un peu plus réalité quand il reçoit un courrier lui signifiant qu'il a une place réservée dans le Space Ship Two (avion-fusée qui sera lancé par le planeur White Knight Two) et un livre géant rempli d'images de son futur voyage. «Pour l'instant, mes proches ne réalisent pas et mes collaborateurs s'en amusent. Quant à mes clients qui sont au courant, ils trouvent ça bien. Certains sont même jaloux», constate Dominique Teyssier. Pour lui, c'est «l'aboutissement, la concrétisation des efforts fournis depuis 2001, lorsqu'il a travaillé sans relâche pour faire vivre ses produits et sa société». Aujourd'hui, il attend avec impatience le moment où il pourra «déboucler sa ceinture de sécurité pour ressentir l'apesanteur, flotter dans l'espace, se rapprocher des étoiles, admirer la beauté de la Terre vue d'en haut».