2010 sera-t-elle l'année de la ruée vers le Dif (droit individuel à la formation)? Tout porte à le croire, et même à redouter un tsunami propre à désorienter nombre d'entreprises. C'est en effet à partir de l'année prochaine que les salariés ne pourront plus cumuler de nouvelles heures de formation dans le cadre de ce dispositif et qu'ils devront donc faire valoir leurs droits.
Un salarié sur 20 a utilisé son Dif
Et au vu de la faible utilisation du système jusqu'à aujourd'hui (seulement 4,7% des salariés français y auraient eu recours), un véritable ballon de baudruche d'heures de formation non consommées - estimées à plus d'un milliard! - est sur le point d'exploser. Avec des conséquences financières gigantesques: la Cour des comptes estime à 840 € le coût de vingt heures de Dif pour les employeurs... De quoi laisser planer d'énormes doutes sur la capacité des entreprises françaises, déjà bien secouées par le contexte économique morose, à financer un droit à la formation que la crise contribue en plus à populariser. «La crise a interpellé les salariés sur leur avenir au travail, notamment dans le milieu industriel où 75% des salariés n'ont pas de formation. Pourtant, c'est celle-ci qui donne les meilleures chances de retrouver un emploi si jamais on perd le sien suite aux difficultés de son entreprise. Nous voyons de plus en plus de salariés qui veulent être acteurs de leur formation pour mieux contrôler leur évolution professionnelle et sociale», souligne Didier Cozin, gérant de l'Agence pour la formation tout au long de la vie, une structure de conseil aux entreprises en parcours de formation.
Le Dif pour pallier le Cif?
Autre facteur d'appétence accrue pour le Dif: la multiplication des projets de reconversion professionnelle. Selon une étude publiée par l'Afpa, 32% des salariés français souhaiteraient ainsi changer de cap avant la fin 2010. Et le Dif risque-là aussi d'être utilisé afin de pallier le faible taux d'admission au Congé individuel de formation (Cif), outil naturel pour accompagner ce processus. «Le Cif est un dispositif coûteux et utilisé à titre exceptionnel. En gros, un seul salarié sur 500 peut finalement y accéder. Du coup, les déçus vont se tourner vers le Dif afin d'accompagner leur volonté de changement», poursuit Didier Cozin qui prévient, lapidaire: «Le problème, c'est que le système n'est pas fait pour absorber des centaines de milliers de demandes».
Tension sociale
Outre le risque financier, le Dif risque de déclencher des tensions dans les entreprises, avec les multiplications de refus de financement, qui peuvent déboucher sur des procédures prud'homales. «Les entreprises risquent d'être confrontées aux délires des lettres recommandées, de la juridiction», redoute Didier Cozin. Bref, la situation est bel et bien explosive. Et il convient donc d'anticiper et de préparer dans les plus brefs délais l'utilisation du Dif dans son entreprise afin de limiter les risques d'une déstabilisation fortement préjudiciable.
La bombe Dif menace plus que jamais d'exploser. Dopée par des facteurs multiples, crise en tête, la demande des salariés pour ce dispositif se renforce. Et cet appétit pourrait déstabiliser nombre d'entreprises.