L
a nouvelle crise sur les marchés boursiers risque-t-elle d'affecter le recours au crédit des collectivités territoriales?
Avant la crise, Dexia assurait 40% du financement du secteur public local. Depuis 2008, nous nous sommes réorganisés et nous avons réduit la voilure. Nous assurons désormais 25% des prêts aux collectivités, et nous n'intervenons plus jamais seuls. Depuis 2008, les banques privées ont pris le relais du financement des collectivités. Mais depuis quelques mois, la machine s'est enrayée. Le "credit crunch", c'est-à-dire l'effondrement du crédit, menace les collectivités.
Comment la machine s'est-elle enrayée?
Plusieurs facteurs expliquent la frilosité des banques à prêter aux collectivités. Tout d'abord, les accords de Bâle 3, qui imposent aux banques un ratio de fonds propres de 7%, n'incitent pas les banques à prêter sur du long terme. Or, les collectivités empruntent souvent sur des périodes de 15 à 30 ans. Ensuite, les contraintes de liquidité sont de plus en plus fortes. Enfin, le discours sur l'endettement de l'Etat et des collectivités n'incite pas à leur prêter de l'argent.
Comment éviter l'effondrement du crédit aux collectivités?
Une enveloppe exceptionnelle de 3milliards d'euros a été débloquée par le gouvernement fin 2011 pour permettre aux collectivités territoriales et aux acteurs de la santé d'assurer leur financement. 50% est distribué par la Caisse des dépôts et 50% par quatre banques: Dexia, Caisse d'épargne, Crédit mutuel et Depfa. Mais cela n'assurera pas la pérennité du système. Les besoins d'emprunt des collectivités territoriales sont situés entre 20 et 25Md€ pour 2012. Or, on sait déjà qu'il manquera au moins 10Md€. Les besoins des collectivités d'Aquitaine pèsent environ pour 5% de l'ensemble.
Que faut-il attendre de 2012?
Des difficultés sont à prévoir. D'ores et déjà, certains élus ont créé une agence de financement des collectivités locales. La situation est d'autant plus préoccupante que les collectivités territoriales représentent 71% de l'investissement public. Les entreprises du BTP sont particulièrement dépendantes de ces commandes.
Quelle est la situation des collectivités en Aquitaine?
Bonne, par rapport aux autres régions. Nous sommes sur un territoire dynamique, qui a vu ses bases de recettes fiscales augmenter plus rapidement qu'ailleurs ces dernières années. Nous avons également des dépenses qui progressent peu. Les frais de personnel, par exemple, sont mieux maîtrisés que sur d'autres territoires, à 824€ par habitant, contre 850€ de moyenne nationale. On constate tout de même une progression plus importante qu'ailleurs en Aquitaine entre2009 et2010, avec 3,8% de hausse, contre 2,9% de hausse au niveau national. Au final, l'autofinancement, c'est-à-dire le solde des dépenses et des recettes, est positif, ce qui n'est pas le cas partout. C'est une donnée importante, puisque c'est ce qui va alimenter l'investissement.
Pourtant, les dépenses d'investissement sont moins importantes en Aquitaine qu'ailleurs. Pourquoi?
Les dépenses d'investissements sont fonction de l'autofinancement, mais aussi des recettes d'investissement et du recours à la dette. Or, nos élus locaux ont une gestion relativement prudente et recourent moins à l'endettement que leurs confrères d'autres régions. L'encours de dette des Aquitains se situe à 1.886€ par habitant,
contre 2.349€ par habitant au niveau national.
Quel est le niveau des dépenses d'investissement des collectivités en Aquitaine?
En 2010, ces dépenses se sont élevées à 2,7Md€, soit 8
47€ par habitant. La baisse est de 4,2% par rapport à 2009. 92% des dépenses d'investissement sont financées par des ressources propres et 8% par un recours à l'endettement. Peut-être la baisse du niveau d'investissement en Aquitaine marque-t-elle le besoin de respirer avant d'attaquer de lourds programmes: LGV, stade de Bordeaux, extension du tramway au sein de la Cub...
Quelles sont les perspectives qui se dessinent pour nos finances locales dans les prochaines années?
Nous avons établi plusieurs scenarii qui portent sur la période 2011-2014. Par exemple, si les charges de personnel ne progressaient que de 1,8% par an au lieu de 2,8% par an, comme c'est le cas actuellement, le montant des investissements augmenterait de 347M€. Si les achats et charges externes progressaient de 1,3% chaque année, au lieu de 2,3%, les investissements profiteraient de 240M€ supplémentaires. Mais nous avons également envisagé une dégradation de la situation. Si les dotations de l'État connaissaient une baisse de 1% par an, alors qu'elles sont actuellement gelées, 307M€ seraient perdus. Enfin, si les recettes fiscales ne progressent plus que de 2% chaque année, au lieu de 3%, le montant des investissement diminuera de 762M€!
Certaines collectivités aquitaines sont-elles menacées de faillite à cause des produits toxiques vendus par Dexia?
On a raconté tout et n'importe quoi au sujet des produits structurés distribués par Dexia. En Aquitaine, l'encours de dette au 9juin 2011 était de 1,7 Md€. Le hors charte, c'est-à-dire les produits toxiques, représentent 78M€, soit 4,3% du total. De plus, il faut savoir qu'aucun client n'a payé plus de 6% sur ce produit. Le taux moyen de dette qui se rapporte au hors charte atteint 3,91% pour les collectivités en Aquitaine.
Contrepartie d'un moindre recours à l'endettement, les collectivités territoriales d'Aquitaine investissent moins que la moyenne nationale
Pour Olivier Lepore, directeur régional de Dexia, un effondrement du crédit menace pour 2012