Pouvez-vous rappeler rapidement l’historique du fonds Evolem ?
Evolem est l’ex-holding du groupe lyonnais April, créé par Bruno Rousset en 1997 et cédé au fonds luxembourgeois CVC en 2019. Pour rappel, April est un courtier en protection sociale collective qui a réalisé 860 millions de chiffre d’affaires en 2024, en croissance de 36 %. Au départ, nous étions des business angels, avec l’ambition de Bruno de transmettre son expérience à d’autres entrepreneurs. Aujourd’hui, nous sommes un family office, pas un fonds d’investissement. La famille est très présente à mes côtés : la société est présidée par Guillaume Rousset, fils de Bruno et sa soeur Ingrid est à la tête du conseil de surveillance. Nous gérons plus d’un milliard d’euros.
Quelle différence faites-vous entre un family-office de taille conséquente comme le vôtre et un fonds classique ?
Nous pouvons rester 18 mois comme 18 ans au capital d’une entreprise. Nous n’avons pas d’échéance à 3-5 ans comme les fonds d’investissement. Nous avons accompagné Nutrisens pendant 12 ans, une entreprise à l’origine spécialisée dans les produits gélifiés pour personnes âgées, qui faisait 7 millions de chiffre d’affaires au départ. Nous l’avons emmenée jusqu’à 100 millions d’euros en la transformant en spécialiste de la nutrition santé, avant de la céder en 2020 au fonds d’investissement canadien Sagard. Son chiffre d’affaires atteint désormais 250 millions d’euros. Nous accompagnons aussi depuis 2019 la PME iséroise Lauralu (constructions modulaires temporaires pour les entreprises), qui est passée de 12 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018 à environ 80 millions en 2025.
Quel est le positionnement d’Evolem sur le marché du capital développement ?
Dans nos acquisitions, nos fondamentaux sont l’innovation et une marque forte.
Le cœur du réacteur d’Evolem, c’est "Plateforme", un fonds dont l’ambition est de transformer des PME en ETI. Nous gérons actuellement des participations majoritaires dans 13 entités que nous accompagnons dans leur stratégie pour les faire grandir par croissance organique et externe. Nous investissons des tickets majoritaires de 40 millions d’euros maximum en fonds propres.
Pouvez-vous illustrer votre propos avec vos dernières acquisitions ?
Nous avons commencé à bâtir un pôle numérique-cloud-gestion des données sensibles avec une première société lilloise ARD.com (environ 10 M€ de CA) acquise en mars 2025, . Basée à Marcq-en-Barœul, près de Lille (Nord), ARD. com est un hébergeur, opérateur et intégrateur, qui accompagne les PME et les administrations dans leurs activités quotidiennes. ARD. com réalise moins de 10 millions de chiffre d’affaires, revendiquant dans un communiqué "une forte profitabilité". L’entreprise compte aujourd’hui 29 salariés et plus de 150 clients récurrents actifs, représentant plus de 83 % du chiffre d’affaires sous contrat récurrent. ARD.com a été rejointe par la PME franco-suisse Hosteur et l'azuréen TAS Cloud Services. L'sensemble génère 20 millions de chiffre d'affaires.
Quels sont vos projets dans le domaine de l’automatisation industrielle ?
Nous avons récemment étoffé le pôle automatisation-robotique de précisions/IA avec Investronic (25 M€ de CA ; 100 salariés), basée dans le Doubs et acquise en juillet 2025.
Quels autres secteurs d’activité jugez-vous prometteurs ?
En 2024, nous avons lancé deux nouveaux pôles autour d’Hydroprocess, un spécialiste des équipements haute pression notamment pour la découpe par jet d’eau et Nonail Boxes, dans le secteur de l’emballage industriel réutilisable en contreplaqué et bois. En octobre 2025, nous avons repris le spécialiste de la stérilisation médicale Apperton, avec l’intention d’en faire un leader européen.
Vous intéressez-vous aussi au secteur des jeunes entreprises ?
Nous avons aussi une soixantaine de start-up en portefeuille. C’est évidemment un secteur plus risqué. Les statistiques disent que 50 % d’entre elles vont péricliter dans les 5 ans après leur création. 30 % vont pivoter ou végéter. Enfin, 20 % d’entre elles vont se développer et couvrir les pertes des autres. Nous avons récemment investi dans Ed AI (IA pour l’éducation) en avril dernier, Kolus (solution logicielle pour le support client à distance). Nous accompagnons aussi la start-up villeurbannaise Sopht porteuse d’une solution SaaS pour mesurer et réduire l’impact environnemental de l’IT (technologies de l’information), qui a levé 3,3 millions d’euros en 2024 auprès de plusieurs investisseurs.
À côté de son activité d’investisseur, Evolem exerce une activité philanthropique via deux fonds de dotation à travers les fonds de dotation Evolem Citoyen et Domorrow. Comment vos deux activités coexistent-elles ?
Au-delà de l’activité d’investisseur et de la transmission d’expérience entrepreneuriale, Bruno Rousset voulait aussi contribuer à faire émerger des initiatives durables en faveur de l’emploi, de l’éducation et de l’environnement. Nous avons créé Evolem Citoyen en 2014 et Domorrow en 2020. Ces fonds sont abondés par nos plus-values de cession, à hauteur de 20 % de leur montant.
Ces véhicules sont une composante de notre politique RSE. Evolem Citoyen accompagne des jeunes vulnérables de l’orientation à l’emploi, en soutenant notamment l’association villeurbannaise Weavers (recrutement de personnes exilées) ou Caracol (colocation solidaire). Domorrow soutient des acteurs de la transition écologique et solidaire comme Terre de liens, Générations futures ou le site d’information Inf’OGM.