Certes, la reprise était fragile mais elle avait suffi, ces derniers mois, à redonner un peu de baume au coeur aux chefs d'entreprise les plus démotivés. En cette rentrée, l'optimisme est moins palpable... Entre la dégradation de la note des États-Unis, l'effondrement des bourses, la crise de la dette des États, les prévisions de croissance revues à la baisse et l'annonce de mesures budgétaires en France, l'été n'a pas brillé par ses bonnes nouvelles. Les derniers chiffres du chômage ont encore assombri le tableau: +4,3% de demandeurs d'emploi (catégories A, B et C) en France métropolitaine entre fin juillet 2010 et fin juillet 2011; +6% en région; +5,1% en Haute-Garonne. Malgré tout, en local, l'heure est plus à l'expectative qu'à la sinistrose.
Des secteurs protégés
«Nous n'avons pas encore enregistré d'alarme sur nos clients», indique Laurent de Calbiac, le directeur régional d'Oseo. Difficile pour autant d'en déduire que la région ne sera pas touchée par le ralentissement mondial. «Son impact pourrait varier selon les secteurs et la taille des entreprises.» Il reste néanmoins confiant, compte tenu de la reprise des investissements enregistrée ces derniers mois et du dynamisme de certaines filières. L'aéronautique, en premier lieu, grâce à des carnets de commandes d'Airbus qui assurent une bonne visibilité à toute la filière. De façon générale, l'industrie et les services à l'industrie ne semblent pas manifester de signe de faiblesse. À Pinsaguel, la société d'ingénierie et de services Airod Technologies (1,9M€ de CA en 2010) connaît une bonne année 2011. «Les relations avec les banques sont bonnes, je n'ai pas eu de mal à obtenir, début août, un crédit de 32.000€ pour financer du matériel», affirme son dirigeant Laurent Latorse. Il a également pu embaucher un directeur technique cette année et a signé de nouveaux contrats dans l'automobile, l'énergie et la santé. Sa recette anti-crise: diversifier sa clientèle et se positionner sur plusieurs secteurs. Une stratégie également adoptée par la société d'instrumentation médicale Innopsys (Carbonne), dont le CA est en hausse de 25% par rapport au même semestre l'an dernier. «Nous sortons régulièrement de nouveaux produits que nous vendons dans de plus en plus de pays (une trentaine, ndlr) et nous avons ouvert, en début d'année, une filiale aux États-Unis.» Si elle se dit bien sûr préoccupée par la situation économique américaine, il est encore trop tôt pour dire si sa filiale sera touchée.
Volatilité des marchés
Jacques Soumeillan n'a quant à lui même pas eu le temps de se poser la question: cotée sur le marché NYSE Euronext, sa PME Cameleon Software a vu son cours chuter de presque 25% entre le 1er et le 7 août! «La valeur actuelle de notre société équivaut à peine à la valeur du cash que nous avons, c'est déprimant... Ce qui est terrible, c'est que l'entreprise ne s'est jamais aussi bien portée», regrette le dirigeant. De fait, la société vient d'annoncer un retour à la rentabilité au terme du 1er semestre. Cette volatilité des marchés, Alain Condaminas, directeur général de la Banque Populaire Occitane, la déplore également et insiste sur son origine. «Le problème, c'est la dette et il n'est pas nouveau. Il faut que les États se prennent en main en arrêtant la démagogie électorale.» Un point de vue que partage la présidente de la CGPME31: «Il est grand temps de s'y attaquer et je suis convaincue que les PME ont conscience que des mesures doivent être prises. Après, tout est une question d'arbitrage...»
Appréhension du bâtiment
Ce qu'Anouk Dequé craint tout particulièrement, ce sont les conséquences de la réforme des exonérations de charges sociales pour les entreprises qui utilisent les heures supplémentaires. Même appréhension dans le bâtiment, très consommateur d'heures supplémentaires. Un secteur également impacté par le coup de rabot supplémentaire sur le dispositif Scellier. À la direction du groupe immobilier Akerys, «le sentiment n'est pas bon», exprime Hervé de Galbert. «La profession enregistre déjà une baisse d'activité allant de 20 à 35% depuis le début de l'année, marqué par un coup d'arrêt des réservations. Ces mesures budgétaires, ajoutées au ralentissement économique, ne vont pas aider les particuliers et les investisseurs à avoir suffisamment confiance en l'avenir pour s'endetter ou défiscaliser...» La réaction des investisseurs est également au coeur des préoccupations de Midi Capital. Que les souscriptions au capital des sociétés non cotées et celles de parts de FCPI et FIP deviennent moins avantageuses, cela ne surprend guère la société de gestion. Mais, selon son président Rudy Secco, «le gouvernement prend le risque de tarir l'une des principales sources de financement des PME régionales.» Reste à savoir si tous ces messages seront entendus avant l'adoption du texte final...
Alors qu'une reprise se faisait sentir ces derniers mois, l'affolement des marchés boursiers, en août, a replongé le monde économique dans l'incertitude. En Haute-Garonne, la tendance est plutôt à l'attentisme.