A quelques minutes de l'ouverture du portail, une quarantaine de camions et autres remorquent squattent les trottoirs environnants.Nous sommes mi-juillet et une foule de curieux attend - avec impatience - l'arrivée de Maître Tugdual Borel, commissaire-priseur judiciaire à Saint-Brieuc, qui doit procéder à la vente aux enchères de l'entreprise Sovigel à Plérin.Industriels, ferrailleurs, exportateurs ou simples voisins, etc. Tous espèrent réaliser la bonne affaire de ce qui marque l'ultime fin d'une société emblématique du paysage briochin. « Il ne faut pas se le cacher, précise Tugdual Borel. Les gens viennent ici comme on va au casino. C'est le jeu du retour maximum sur investissement. »
Un inventaire en amont
La vente commence dans la cour intérieure autour d'une table de découpe de viandes. Bacs en acier inoxydable, extincteurs, supports de poubelles, pelles, chariots élévateurs, etc. Tout est référencé, étiqueté et archivé au niveau informatique pour faciliter la vente. « En amont, je procède à un inventaire détaillé de l'ensemble des biens. L'objectif est qu'à la fin de la vente, l'entreprise soit entièrement vide. »Pour fixer un prix de vente, le commissaire-priseur fait appel à son expertise mais également... à son flair. « Autant pour des lots de balais, de caisses ou des ordinateurs, nous avons du recul, autant pour certaines machines spécifiques, comme dans le cas de Sovigel, nous n'avons pas de référentiel. On essaye alors d'en tirer le meilleur prix. »
Respect des règles
En préambule à la vente, un rappel des règles est effectué. « Les acheteurs oublient que nous vendo
ns en l'état. À eux par exemple de venir avec un groupe électrogène pour éclairer le bâtiment s'ils souhaitent démonter une machine. Idem pour les fluides, ils sont responsables de la dépollution et du recyclage. »Carte bancaire, chèque ou liquide jusqu'à 3.000 euros, tous les moyens de paiements sont acceptés. Et attention aux voleurs, Tugdual Borel prévient que « la police n'est pas loin et que tout écart sera directement signalé. Aucun cadeau ne sera fait. »
Un démarrage à 10 euros
La vente du mobilier Sovigel - un commissaire-priseur n'est pas habilité à procéder à des ventes immobilières - débute par un bas d'échelle en aluminium. Mise à prix : 10 euros. Personne ne se manifeste, Tugdual Borel est contraint de baisser l'offre à 5 euros pour trouver un acquéreur. « C'est toute la magie de notre métier. Le démarrage est toujours difficile mais parfois les ventes s'envolent. »Quelques jours plus tard, sur une autre vente aux enchères d'une entreprise de BTP de Lamballe, des équipements de voiries seront vendus plus de 60.000 euros permettant à cette vente, dont le prévisionnel tablait sur 300.000 euros de recettes, d'atteindre près de 800.000 euros.
Objectif péniblement atteint
Pour Sovigel, l'objectif final de 59.000 euros sera péniblement atteint. « Ce n'était pas une vente évidente car les machines étaient très spécifiques. Imaginez, l'une d'elles valait 90.000 euros. Elle est partie à 6.000 euros ! »Les coups de marteau s'enchaînent aussi vite que les camions et les remorques se remplissent sur le parking de l'entreprise. « Je vais essayer de revendre ces bacs à viandes sur internet, précise André qui se présente comme un récupérateur. Si cela ne fonctionne pas, je les revendrai au kilo à la ferraille. » Pour Michel et Bernard, venu de l'Oise avec un semi-remorque, « les produits achetés sont voués à une seconde vie en Afrique. »
Effet de la crise
Quatre heures après le début des hostilités, la vente prend fin. Tugdual Borel peut repartir sur un nouveau dossier. « Depuis quelques mois, nos délais administratifs ont augmenté avec l'envol des redressements judiciaire, procédure pour lesquelles je suis mandaté pour réaliser, là aussi, des inventaires précis. En effet, mon travail n'est pas que celui-ci de procéder à la vente mobilière, loin de là. Je m'en passerai d'ailleurs bien. Cela voudrait dire que l'économie va mieux. »
Conjoncture Étape ultime dans le processus de liquidation d'une entreprise, la vente aux enchères est un secteur qui ne connaît pas la crise.
Rencontre avec Tugdual Borel, commissaire-priseur judiciaire à Saint-Brieuc.