On connaissait le patron qui dénonce facilement la morosité ambiante, toujours prompt à évacuer les sujets sensibles des plans sociaux pour promouvoir les réussites du territoire. Après les élections du printemps, on a découvert le patron inquiet. Très inquiet même. «L'heure est grave. On est à un moment critique de notre histoire économique nationale et départementale», lâche Joël Freuchet, le président du Medef Anjou. Le réseau patronal local a choisi cette période post-législatives pour pousser ce «cri d'alarme». Le public visé? Tout le monde et principalement les députés locaux nouvellement élus. «Il faut les avertir du danger. Nous comptons sur eux pour peser sur les débats nationaux et les promesses faites aux TPE/PME.»
«Être traités différemmentdes grands groupes»
La crainte qui les anime: revivre une seconde crise économique, quatre ans après. Le sondage effectué auprès des adhérents du Medef Anjou fait état de trésoreries exsangues, de commandes publiques à la baisse dans les travaux publics ou de difficultés de financement auprès des banques.Et les patrons d'évoquer tour à tour les sujets nationaux animant leur crainte: la réévaluation du Smic, la fin de la TVA anti-délocalisation, la fiscalisation des heures supplémentaires, les différences de coût du travail en Europe, le financement des banques, la lourdeur du code du travail, la hausse de la taxe des transports, etc. «Attention danger, nous sommes sur la ligne de flottaison, avertit François Dallet, président du club des créateurs et repreneurs d'entreprises de l'Anjou (Acrea). Il y a encore des fous pour créer mais il faut les aider alors qu'il y a moins de projets.» «Il est urgent de sauvegarder la compétitivité des entreprises. On doit pouvoir grossir. On a besoin de capitaux pour l'investissement, pas pour les dividendes», poursuit Henri Mercier de Sicamus. La remarque vise à se démarquer des entreprises du CAC 40 qui cristallisent les tensions dans l'opinion publique. «On n'est pas dans le même monde. On n'a rien en commun avec eux. On subit la même réglementation alors que ce sont nos petites entreprises qui créent de l'emploi. Ce n'est plus possible. Il faut un traitement différencié.»
«On nous empêche d'oser»
On l'aura compris, les patrons en ont marre. Ils veulent se débarrasser d'images d'Épinal qui leur colleraient à la peau. «On a toujours l'impression qu'un chef d'entreprise dirige un groupe, qu'il vient de grandes écoles, etc. Mais ce n'est pas ça! C'est tout le contraire: nos salariés, on les connaît, appuie Pascal Denoël de Sapelem. Malheureusement, les lois nous poussent à rester derrière le bureau et à devenir des technocrates pour éviter le risque juridique qui fait peur. Aujourd'hui, on nous empêche d'oser! On n'aura plus envie d'entreprendre.»
Les élections nationales passées, les dirgeants de PME en appellent aux députés locaux. Ils craignent pour leur compétitivité : «L'heure est grave».