En 2013, le gouvernement lance les 34 chantiers de la Nouvelle France Industrielle. Les objets connectés font partie des priorités, avec déjà l'idée d'implanter en France une Cité de l'objet connecté. Rapidement, Éric Carreel, ingénieur et cofondateur de l'entreprise de conception d'objets connectés Withings, est nommé responsable de ce chantier. Ami de Thierry Sachot, le directeur général du fabricant de matériels électroniques angevin Éolane, il travaille à l'implantation de la Cité en Anjou. « Conçue comme un accélérateur industriel, la Cité s'inspire du modèle des Fab Lab, les laboratoires équipés pour la fabrication d'objets et ouverts au public, indique Philippe Ménard, directeur de la Cité et ancien d'Éolane. Elle est destinée aux professionnels désirant tester une idée d'objet connecté et met à leur disposition toutes les ressources nécessaires. » Avec un accès à des experts ingénieurs en permanence sur place, à des équipements industriels de haute technologie et à un " écosystème " de ressources financières, juridiques et de R&D gravitant autour, les porteurs de projet installés à la Cité pourront développer leur idée et vérifier sa faisabilité, avant de monter leur entreprise et de lancer le processus de fabrication. « Pour le moment, la Cité nous semble être une ressource unique en son genre sur ce modèle, en France et probablement en Europe », précise Philippe Ménard. Le rayonnement de la Cité se veut d'abord national, mais aussi international, notamment grâce à l'appui du jumelage avec la ville américaine d'Austin, au moins pour l'étape de prototypage. Actuellement, des industriels et des gouvernements se positionnent plutôt sur ce marché en créant des villes connectées (Smart Cities), comme à Wuxi en Chine ou à San José en Californie où Intel porte le projet. L'idée est là d'imaginer la ville de demain, où routes, trottoirs, transports collectifs ou services publics seront connectés et communicants, et d'anticiper les besoins industriels induits.
Les acteurs
Notamment portée par Éolane, la Cité est une Société par actions simplifiée privée au capital de 1,2 M€. Dix-huit actionnaires, dont un tiers d'industriels, portent le projet et Éolane est majoritaire à 51 %, « pour que les décisions puissent se prendre rapidement en cas de nécessité et ainsi éviter d'éventuels blocages ». Dans la région, sept entreprises spécialisées en plasturgie, en électronique, en mécanique ou en design sont impliquées officiellement pour le moment : Process et CD Plast Engineering en Vendée, Qowisio, Moul'Anjou Industrie, Éolane et Hubert Chevalier en Maine-et-Loire, ainsi que Mécaréso en Mayenne. À l'image de ces technologies qui changent très vite, le montage financier et juridique du projet s'est fait très rapidement. L'investissement de départ est de 2,1 M€, essentiellement destiné à l'acquisition de machines industrielles de pointe et au lancement de la structure. Les institutions participent à ces dépenses à hauteur de 1,5 M€, partagés à égalité entre l'État et la région, le reste étant répartis entre les actionnaires et les prêts. L'agglomération angevine participe en louant et en aménageant les locaux des anciens bâtiments de RCO à Saint-Sylvain d'Anjou.
Les utilisateurs et le fonctionnement
Tous les porteurs de projet (jeunes entrants sur le marché du travail, entreprises, indépendants, français ou étrangers), désirant tester leur idée pourront prendre un abonnement à la Cité dès le mois de mai. « Un abonnement de 300 € par mois et par personne ouvre accès à un bureau, aux outils techniques et aux équipements industriels (imprimantes 3D, laser de découpe, matériel de plasturgie...), ainsi qu'à l'équipe de dix permanents, comprenant des chefs de projets et des experts techniques, explique Philippe Ménard. Après cette première étape de conception et de prototypage, il y a une deuxième étape pour la réalisation d'un dossier de fabrication et la production
d'une pré-série avec un accompagnement personnalisé, pour un investissement qui sera chiffré en fonction du cahier des charges des porteurs avec une moyenne estimée de 30.000 € par projet. En 2017, une troisième étape devrait venir compléter ce panel : « Il s'agira d'une autre entreprise qui aura vocation à assembler les objets connectés conçus par les porteurs de projet dans les étapes précédentes et dont les pièces auront été fabriquées en sous-traitance dans les entreprises de leur choix, localement ou non. »
Les perspectives
Au total, l'idée est d'avoir d'ici à 2019 environ 150 emplois basés sur les 11.000 m² du site, dont une vingtaine de salariés permanents de la structure. « Pour 2019, nous tablons sur la rentabilité avec un chiffre d'affaires de 3 M€, sur 170 abonnés à l'étape de prototypage, dont une cinquantaine ira jusqu'à la production d'une présérie, et sur près de soixante produits conçus et industrialisés à la Cité. » Quant à la deuxième structure, dédiée à la production, elle pourrait avoir une cinquantaine de salariés et faire plus de 20 M€ de chiffre d'affaires. Bien sûr, ces chiffres sont des projections, donc à prendre avec précaution ! « En parallèle du développement interne de la Cité, c'est tout un écosystème qui devrait graviter autour d'elle, avec des entreprises sous-traitantes pour le volet industriel, mais aussi des entreprises de service (juridique, financier, R&D, bureaux d'étude, conseil) et des écoles. « Nous estimons que cela pourrait induire environ 500 emplois au total, sans compter le surplus d'activité pour l'hôtellerie, la restauration, le tourisme, le logement », conclut le directeur.
Avec 50 milliards d'objets connectés annoncés pour 2020 dans le monde, l'Internet des objets pourrait représenter un marché de 14.000 milliards de dollars. La Cité de l'objet connecté, qui ouvrira ses portes en mai à Angers, est un outil de premier plan pour capter ce marché.